Monsieur Bourguignon, que pensez-vous de la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République ?
La question de l’Ecole, de son organisation, de l’enseignement en général est une question primordiale depuis des décennies. Et c’est un vrai débat dans la société car l’école concerne tout le monde, et tout le monde a un avis sur ce qu’il faudrait faire.
Nous avons subi ces dernières années une très grave attaque du système scolaire : suppression de postes d’enseignants en masse, méconnaissance et minimisation du rôle des instituteurs en petite section de maternelles, volonté de minimiser la formation initiale des enseignants dans les IUFM, suppression de la matinée de classe le samedi matin….
Un rapport de l’OCDE de 2011, étudiant le système éducatif français, a été en ce sens révélateur sur au moins deux points : le nombre de semaines de cours est plus élevé en France que dans les autres pays européens, et la journée de classe est la plus chargée, c’est-à-dire qu’elle est plus dense.
Et cela fait plus de trente ans que des spécialistes de l’enfant comme François Testu ou Hubert Montagner expliquent que les temps de la vie de l’enfant, et non de l’élève, leurs rythmes, leur environnement, sont à prendre en considération si l’on veut qu’ils puissent acquérir les connaissances dans les meilleures conditions, lorsqu’ils sont en situation d’élève.
D’ailleurs, pour être tout à fait honnête le dernier Ministre de l’éducation du gouvernement précédent était conscient de la question des rythmes, puisqu’il avait commandé une étude, qui a aboutit à la Conférence Nationale des Rythmes scolaires.
Cette conférence a préconisé un certain nombre de choses dont des journées moins denses, et non moins longues, donc le retour de la semaine de 5 jours, une pause de midi suffisamment longue, un temps d’accompagnement éducatif pour tous et des activités favorisant l’épanouissement et l’égalité des chances.
Ce travail a été un support aux débats ave le monde de l’éducation qui ont eu lieu durant la préparation de l’élection présidentielle.
Et François Hollande a fait de l’Education, en commençant par l’école primaire, la priorité du quinquennat.
La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République dont l’organisation de la semaine de classe est une première étape va donc dans le bon sens pour permettre à tous les enfants une meilleure réussite.
Pourquoi avoir voulu appliquer cette réforme dès la rentrée 2013 à Sotteville ?
A Sotteville, la réflexion sur la place de l’enfant de sa naissance à l’âge adulte, sur la manière de l’accompagner pour un développement harmonieux, est permanente et ancienne : l’aide aux parents dans leur recherche du mode de garde adapté, les dispositifs tels que City Jeunes, City Vacances, le Contrat Partenaires Jeunes, le Ludosport, le Conseil Municipal d’Enfants, l’accueil de loisirs, ..sont autant d’éléments qui vont dans ce sens.
Nous considérons donc l’enfant comme un être social et socialisé.
Mais nous devons aussi prendre en compte la dimension de l’enfant –élève. Et le rôle de la Ville, dans ses responsabilités, est de mettre cet enfant dans les meilleures dispositions physiques et intellectuelles pour que, en position d’élève avec les enseignants, il puisse bien apprendre.
Dans le temps scolaire, la Ville a un certain nombre de responsabilités et notamment celle de l’organisation de la pause méridienne. Et dès 1989, la pause du midi est passée à 2 heures dans toutes nos écoles, car nous connaissions l’importance pour les enfants d’avoir plus de temps pour se ressourcer.
De plus, Sotteville a fait partie des 80 villes pilotes qui en 1990 a mis en place le programme d’aménagement du temps de l’enfant, selon les souhaits de la circulaire dite Bambuck-Jospin-Lang.
Et c’est à ce moment là que nous avons travaillé plus en profondeur sur l’aménagement de la pause de midi. Cela a aboutit à la création des Ateliers du Midi, ateliers sportifs, culturels, d’arts plastiques, sur le principe de la libre participation chaque jour. Car il ne s’agit pas de créer un dispositif pour dire qu’on l’a créé, mais pour qu’il corresponde à des besoins. Et pour les enfants, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Il est donc important que chaque jour l’enfant ait le choix de participer à des activités encadrées ou simplement de rester avec les copains. Parce que le moment du midi est un formidable moment de socialisation, ce qui est une des missions de l’école.
La question d’un éventuel report de l’application de cette réforme était donc sans fondement à Sotteville, puisque nous ne partons pas de rien, loin s’en faut, et qu’il s’agit d’adapter et de revisiter nos dispositifs.
Pour arriver à la nouvelle organisation, comment avez-vous organisé la réflexion ?
Nous avons été en mouvement dès la réception du décret fin janvier, dans lequel il était précisé que la demi-journée supplémentaire devait être placée le mercredi matin. Nous savions que les parents avaient besoin de connaître rapidement cette information pour leur propre organisation familiale.
J’ai donc écrit dès le 1er février à tous les parents pour leur dire que nous appliquerions la nouvelle organisation de la semaine dès septembre 2013.
Ensuite, il nous était demandé à travers ce décret de réfléchir à une nouvelle organisation de la journée de classe, sachant que la durée de l’enseignement devait être de 3h le matin et de 2h15 l’après midi, et que la pause du midi devait être de 1h30 minimum. Ces données posées par l’Education Nationale, dégageaient par rapport à l’organisation actuelle, 45 minutes, durant lesquelles, les communes devaient proposer des activités dites « périscolaires ».
J’avais besoin d’entendre les préoccupations de tout le monde : parents élus et non-élus, enseignants, DDEN, le personnel municipal qui travaille au plus près des enfants dans les écoles, les animateurs, les associations intervenant dans les écoles et celles intervenant sur le temps extra-scolaire, les associations de garderies parentales….
Bref en tout, ce ne sont pas moins de 25 réunions qui ont été organisées pour aboutir au 15 avril à une organisation qui a été proposée au Directeur de l’Académie et des Services de l’Education Nationale, et validée.
Dans une interview de La Gazette (4 février 2013) Vincent Peillon disait d’ailleurs la chose suivante : « Je ne peux bien évidemment rendre obligatoires les activités périscolaires. Mais je souhaite qu’elles soient accessibles au plus grand nombre d’enfants. Je dis donc ceci aux collectivités : je ne peux vous y contraindre, certes…, mais vous pourriez vous y obliger, et nous vous aidons pour cela ».
« Rendre accessible au plus grand nombre » …nous sommes sur la même longueur d’onde.
Cette réforme nous a donc permis de revoir nos dispositifs existants et de le faire intelligemment c’est à dire pour que cela profite au plus grand nombre, car n’oublions pas que les objectifs de la réforme sont améliorer la réussite scolaire et réduire les inégalités. Et pour cela il faut mettre en place des actions qui touchent le plus d’enfants possible.
La classe du mercredi matin a également modifié l’organisation des dispositifs municipaux existants, comme le Ludosport, qui se déroulera désormais le samedi matin.
Sans oublier que cette réforme coïncide avec la fin du long processus de réflexion entamé il y a 18 mois sur l’organisation du travail des agents municipaux dans nos écoles.
Tout cela participe de la mise dans de bonnes conditions des uns et des autres pour le meilleur travail possible.
Le document ci-dessous que l’on peut télécharger est mon aide-mémoire qui retrace les 4 mois qui viennent de s’écouler, et qui présente la nouvelle organisation de la semaine de classe à partir de septembre prochain.
Je souhaite une bonne lecture à tous.
Pierre Bourguignon, je vous remercie.
Les rythmes scolaires à Sotteville