Les particuliers restaurent sous surveillance les immeubles Perret du Havre

(fil-fax 12/07/13) 

Dans la monumentale avenue Foch du Havre qui relie la place de l’hôtel de ville à la Porte Océane, l’îlot V2 est caché par d’immenses échafaudages. Jusqu’à septembre prochain, les façades de plus de 8.000 m2 de cet immeuble de quatre bâtiments sur cour d’une centaine de logements font l’objet d’une restauration. Entièrement à la charge des copropriétaires pour un montant de 550.000 €, le chantier situé dans le périmètre classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005 est suivi avec attention par la Ville. Cet immeuble datant de 1955 est l’exemple même du classicisme structurel voulu par Auguste Perret, l’architecte de la Reconstruction du Havre : lisibilité de la structure porteuse et jeu de matières (parement de comblanchien, pierre calcaire de Caen, béton bouchardé, brique de verre). Il s’inscrit au coeur des 150 hectares de la Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) signés du pape du béton. « Nous avons travaillé avec les services de l’urbanisme pour la recherche des granulats les plus proches de l’existant, le choix des coloris, la reprise du béton », racontent les responsables de l’entreprise Marteau, choisie par le syndic pour réaliser les travaux. « Nous sommes vigilants pour éviter les ravalements mal faits et travaillons de façon préventive, en amont des projets », précise Cyril Jamet, au service Urbanisme et prospective de la Ville du Havre.

« Le retour à l’origine », telle est la préoccupation actuelle du Havre. La Ville surveille de près, avec l’architecte des bâtiments de France, les restaurations effectuées sur les façades de ce centre ville. Objectif : se rapprocher de l’architecture et des matériaux d’origine. Il y a plus d’une dizaine d’années, la restauration était « dévalorisante », visant à camoufler les éléments architecturaux, notamment par l’application de toile chargée de résine et de peinture. A l’inverse, elle vise aujourd’hui à révéler le béton et cherche les matériaux et les teintes d’origine, laissés apparents. Pour honorer le cahier des charges, il faut utiliser des techniques pointues : sondage, décapage, nettoyage par hydro-gommage, reconstitution de la maçonnerie avec des bétons de gravillons lavés et des pigments naturels, enduisage au micromortier hydraulique…

Patrice Pusateri, architecte des bâtiments de France, constate « un changement positif depuis les années 90, avec une réelle prise de conscience de l’intérêt patrimonial de la ville par ses habitants, liée à la volonté de la municipalité de changer son image ». Le Havre constitue actuellement une base de données des immeubles inscrits dans la ZPPAUP : date du permis de construire, type d’immeuble, structure du bâtiment, matériaux… « Cette base sera utile aux entreprises de restauration », note Cyril Jamet. Un travail de longue haleine : 20 seulement des 200 îlots ont déjà été recensés.

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