(fil-fax 21/09/13)
L’association Les Amis de Jules Durand, créée au Havre en septembre 2012 pour réhabiliter la mémoire de cette figure emblématique du mouvement ouvrier, passe la vitesse supérieure en ouvrant un site internet et en organisant une conférence et une journée d’études. Jules Durand, syndicaliste accusé de meurtre en 1910, condamné à mort puis innocenté est « la victime oubliée de la plus grande erreur judiciaire du XXe siècle » selon l’ethnologue Jean-Pierre Castelain, président de l’association, et le doyen des juges d’instruction du Havre Marc Hédrich, son secrétaire.
C’est « l’affaire Dreyfus du pauvre », assurent Les Amis de Jules Durand. En toile de fond de grèves sur le port du Havre, ce jeune secrétaire du syndicat des ouvriers charbonniers avait été condamné à mort pour le meurtre d’un contremaître non gréviste. Après une campagne internationale, il sera reconnu innocent et gracié par la Cour de Cassation en 1918, mais devenu délirant l’ouvrier mourra à l’asile de Sotteville-lès-Rouen, en 1926, à 46 ans. Depuis, Jules Durand a donné son nom à un boulevard, à une école primaire, à une pièce de théâtre, à des romans. Plus récemment, une plaque a été apposée sur sa maison, quai de Saône par Antoine Rufenacht, alors maire UMP du Havre, et des cérémonies se sont déroulées sur sa tombe mais aussi devant le Palais de justice de Rouen où se déroula son procès.
Mais c’est tout. L’association veut aller plus loin en visant à « promouvoir toute recherche ou production sur l’affaire Jules Durand et le contexte socio-économique dans lequel s’inscrit cette tragédie judiciaire ». S’affirmant « indépendante à l’égard de tout parti politique et de toute organisation syndicale », l’association compte une centaine d’adhérents parmi lesquels les petites-filles de Jules Durand et de René Coty, qui fut son avocat. Pour Marc Hédrich, cette affaire symbolise « l’instrumentalisation de la justice et sa dépendance au parquet ». Pour d’autres, Durand a été la victime d’une machination patronale et d’une justice de classe. Pour tous, il convient de réparer une erreur judiciaire par une réhabilitation, pourquoi pas accompagnée d’un hommage solennel de la République ?
• Site internet (www.julesdurand.fr) ouvert le 24 septembre.
• Conférence à l’université du Havre le 13 novembre et journée d’études le 14, à la maison de l’étudiant, avec le maire UMP du Havre Edouard Philippe et l’avocat Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme.