(fil-fax 26/09/13)
Pour les partisans de « l’économie positive » réunis depuis ce mercredi matin, pour trois jours, aux Docks Océane du Havre, pour le LH Forum, il faut en finir avec un modèle économique fondé sur des ressources qui seraient « illimitées ». Virginie Raisson, chercheur en géopolitique, estime que le déséquilibre entre la progression démographique et celle de la consommation devient insoutenable. « La population de la planète a progressé de 55 % au cours des trente dernières années, mais la production et la consommation ont cru trois fois plus vite », assure-t-elle. La génération actuelle consommerait ainsi « une planète et demi par an » et vivrait largement « à crédit », au détriment des générations futures.
Mais pour autant cette augmentation des richesses ne bénéficie pas à toutes les couches de la société. Loin de là. Selon l’économiste Joseph Stiglitz, 90% de la croissance dégagée lors de la reprise de 2009-11 aux Etats-Unis, après la crise financière, a profité à 1 % de la population alors que les 99 autres ont connu une chute de leurs revenus. Ce prix Nobel fustige les raisonnements trompeurs fondés sur le PIB, un instrument de mesure selon lui illusoire. « Le PIB monte mais les revenus de la plupart des gens baissent ou stagnent », assène-t-il. Il souligne que dans cette crise la jeunesse paye un lourd tribut avec des taux de chômage (50% en Espagne, 60 % en Grèce) qui atteignent des sommets tout en devant faire face à d’importantes inégalités en terme d’accès au savoir et d’opportunités. « La réussite des jeunes ne dépend par de leurs capacités mais de la capacité de leurs parents à payer leurs études », résume Joseph Stiglitz.
Dans ce contexte de crise, il n’est pas facile d’envisager l’avenir. Le président de PlaNet Finance, Jacques Attali, organisateur du LH Forum, avance que ce XXIème siècle pourrait ressembler à celui de la chute de l’Empire romain. « L’Occident perd le pouvoir sur la planète mais tout le monde s’occidentalise comme lorsque l’Empire Romain a disparu tout le monde est devenu romain », affirme-t-il. Il fait une place à part à l’Afrique dont la population passera d’un milliard à deux milliards d’individus, une croissance qui profitera incidemment au français qui triplera son nombre de locuteurs dans le monde. Globalement, il imagine une société du mouvement, où la population sera végétarienne, plus âgée et moins féminine et où l’internet des objets, les nanotechnologies et les nanosciences offriront « des potentialités considérables ». Cette nouvelle donne « dans une économie d’abondance » induira une transformation physique de l’homme avec l’usage de prothèses et une atténuation de la différence entre les deux sexes. Mais elle laisserait aussi la porte ouverte à la démocratie ou au totalitarisme voire à « une somalisation » du monde avec une disparition de l’état de droit, selon les choix que feront les hommes. Il relativise toutefois son propos en demandant d’imaginer un tel exercice exactement un siècle plus tôt, en 1913… Qui en effet aurait eu la clairvoyance d’anticiper les deux guerres mondiales, la Révolution soviétique ou la montée du Nazisme ?