des entreprises paradis…..

Vers 8h30, Antoine, Charlotte, Bastien… entament leur journée de boulot à Boulogne-Billancourt. Des salariés lambda ? -Non ! Des
« trublions du goût » qui participent collectivement à une aventure, celle de « Michel et Augustin », une boîte d’agro-alimentaire créée par deux copains de collège il y a 9 ans.

 L’ambiance est potache, l’esprit « Club med », mais les objectifs à atteindre
précis. Cette année, le chiffre d’affaire de la société devrait augmenter de 39% et la famille Pinault, l’actionnaire des débuts, vient de rafler 70% du capital ! Ces jeunes trentenaires, qui
sortent ensemble le soir en boîte et enfilent le jogging à midi pour courir au parc de Saint-Cloud, ont appris à ne pas compter leurs heures et ne s’en émeuvent pas. « J’ai tout fait pour venir
ici, j’aimais l’ambiance qui s’en dégageait », raconte Emmanuelle en peaufinant une recette de riz au lait au cœur de La Bananeraie.

Cette manière de travailler en tribu est pain béni pour les employeurs : des salariés « copains », donc heureux de venir bosser,
même tard, sont évidemment plus performants que des cadres qui se tirent dans les pattes et s’ennuient dans leur job ! Dans les années 90, les week-ends au château, séances de paintball ou de
karting et autres stages de motivation, n’avaient d’autre but que de renforcer, artificiellement si besoin, la cohésion des troupes. « Aujourd’hui, précise la sociologue Danièle Linhart,
spécialiste de la souffrance au travail, ces grands raouts sont dépassés.

 Finies donc les joyeuses colonies de vacances, bienvenue dans le monde des
conciergeries, le nouveau must have des entreprises. Au siège de Microsoft, elle jouxte une cafétéria design et permet de poster son courrier, recevoir ses colis, acheter un collant ou dégoter
une mousse à raser avant de s’envoler, impromptu, pour Seattle.

Dans un best seller paru aux Etats-Unis en 2010 « L’entreprise du bonheur »Tony Hsieh, fondateur de Zappos, explique comment des
salariés heureux ont contribué à la fulgurante ascension de sa petite boîte de vente en ligne de chaussures. Parmi une multitude de conseils pratiques, on lira avec intérêt celui qui consiste à
mettre à disposition des employés des ouvrages « susceptibles de favoriser leur croissance professionnelle et personnelle ».

 « Dans les réunions de RH aujourd’hui on parle philosophie, bouddhisme, et même
chamanisme », ironise Danièle Linhart en mettant en garde contre « ces ressources humaines bienveillantes qui ne sont que la version moderne du paternalisme d’antan ». Ce monde merveilleux de
l’entreprise-cité, dans laquelle on a ses amis, et où les loisirs se mêlent au travail, n’est évidemment pas sans risque. Si l’on perd son job, on perd tout !

Dans un imposant bâtiment de verre posé sur les quais de Seine, les employés de Microsoft- France goûtent un luxe sans
ostentation dans de sages open-space. Ca et là, des cadres se défoulent sur des consoles X Box maison ou s’isolent pour travailler dans des cabines au confort personnalisé (là un sofa, ici des
tables hautes…)

Plus que dans le décor, la patte du géant de l’informatique s’imprime dans la souplesse de l’organisation du travail. En prenant
ses fonctions, chaque employé (des cadres à 95 %) est doté d’un PC portable et d’un smart phone dernier cri. Libre à lui de concilier sa vie personnelle et professionnelle comme il l’entend,
pourvu qu’il atteigne ses objectifs. Certains y verront une dangereuse abolition des frontières entre la vie privée et le monde professionnel, d’autres une autonomie propice à leur épanouissement
personnel.

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