Blacks, blancs, beurs et bleus.

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Que n’a-t-on entendu sur la bande de losers qu’était censée être
l’équipe de France de foot. Si l’ambiance sur les plateaux télés était au
lynchage, à l’éructation depuis quelques jours et même quelques mois, les
commentateurs auto-autorisés, les experts autoproclamés, les analystes de haute
reprise de volée devraient se la boucler…

Mais rien n’est moins sûr. En effet, le football n’est pas en dehors de la
société, en tous cas dans notre pays. Les bleus sont au sport ce que le
gouvernement est à la politique. C’était d’ailleurs l’analyse de François
Hollande après le match. Examinons les points communs entre ces deux champs qui
sont souvent ceux des passions pour celles et ceux qui les pratiquent. Nos
commentateurs politiques ou footballistiques possèdent en commun des
caractéristiques, qui, si elles nous agacent au quotidien peuvent, avec un peu
de recul, largement prêter à rire.

Outre le fait que ces deux corporations adorent s’écouter parler, elles
possèdent sur certaines chaînes d’info continue des espaces de paroles
vertigineusement longs et vides. Si dans les deux disciplines, la critique est
facile et l’art difficile, on remarquera que bien souvent ces commentateurs
sont des joueurs ou des politiques ratés et donc ont tendance à égratigner, et
je pèse mes mots, celles et ceux à la place desquels ils voudraient être.

On pourrait gloser longtemps sur les péroraisons de ces verbeux sans verbe
ou de ces penseurs sans pensée qui ont micro ouvert comme d’autres ont table
ouverte et, tout en s’écoutant parler n’écoutent finalement pas ce qu’ils
disent eux-mêmes, tant les contre-vérités, les erreurs factuelles et même les
contradictions sont monnaie courante.

C’est donc tout naturellement que l’on peut entendre des propos, par exemple
dans la bouche d’un journaleux qui se prévaut d’être d’origine algérienne pour
revendiquer le droit de nous asséner un : « l’équipe de France,
tu l’aimes ou tu la quittes
», ce qui dans sa bouche s’adresse bien sûr
aux joueurs, et notamment à ceux qui ne hurlent pas la Marseillaise au début
des matches, nonobstant les fausses notes ou autres couacs.

Certes, ils peuvent rétorquer que les politiques ou les joueurs de foot
disent aussi des conneries, mais eux, au moins courent sur le terrain ou dans
les allées du pouvoir à défaut de disserter de longues heures en nous en
apprenant finalement plus sur eux-mêmes, ce qui bien souvent, voire toujours,
ne présente absolument aucun intérêt.

On remarquera que les atmosphères dégagés par ces parleurs possèdent des
relents putrides si ce n’est nauséabonds, où les origines soi-disant ethniques
ou sociales des fauteurs de trouble, des cailloux dans la chaussure, des
retours de manivelle, des chantres de l’anti-France, des « caïds immatures
», des profiteurs du système, sont pointés du doigt. Comme la demi-mesure
n’existe pas chez les péroreurs professionnels, les joueurs, hués, vilipendés
voire même crucifiés sur l’autel d’une certaine forme de pureté au mieux
rétrograde, au pire réactionnaire avant la victoire, ils seront vantés, loués
ou encensés après avec la même ferveur.

Ainsi, les blacks et les beurs de l’équipe de France sont-ils soudainement
redevenus français à la faveur du 3-0 qui leur permet d’aller l’an prochain au
Brésil participer à la fameuse coupe du monde. Leurs complices blancs dont les
origines sociales sont régulièrement épinglées à cause d’une prosodie hésitante
ou d’une syntaxe défaillante, devraient également par effet rebond redevenir de
bon petits gars courageux grâce aux contradicteurs, terme qui peut s’écrire en
deux mots, qui transpirent sous les spots des studios télés.

Le mot de la fin à Jérôme Latta des Cahiers du Football qui a bien observé
le milieu des consultants et autres journalistes sportifs et ne parle pas pour
ne rien dire : « Ils hisseront de nouveau leur séant rougi de cette
nouvelle fessée, après toutes celles déjà subies, sur les tabourets des
émissions de télé, avec la conscience à peine troublée des imposteurs, poussant
l’absence de vergogne jusqu’à dire que c’est un peu grâce à eux: leurs têtes
ont à peine changé depuis quinze ans, leurs arguments pas du tout. Et pour la
énième fois, ils ont enregistré une défaite avec une victoire des Bleus

».

Et oui, Jérôme, une victoire de bleus blacks, blancs et beurs.

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