Antoine Robin et Nan, ils ont essayé de faire un docufiction polar sur Marilyn Monroe. C’est loin d’être une mauvaise idée. Antoine Robin et Nan, ils l’ont écrit par dessus la jambe leur docufiction polar sur Marilyn Monroe. C’est loin d’être un bon film.
Le pré-film
Avant la diffusion du docu le 16 janvier au soir, France 5 a fait du teasing plusieurs jours à l’avance sur Twitter. J’ai cru naïvement que ces tweets très « petit clicheton de polar foireux » étaient pas à prendre au sérieux.

En fait si. Le film c’est précisément ça. Du Dan Brown. Du Dan Brown sans intrigue.
Pré-générique : « Marilyn Monroe a été inhumée le 8 août 62 à Los Angeles. Et pourtant, elle est encore tellement vivante. Ce jour-là, elle a emmené avec elle bien des secrets. Et moi, j’en ai découvert un récemment, dans une malle, une très vieille malle. Je m’appelle Ho Chi Hai. Je suis japonais. Une malle. Marilyn. Le Japon. Les premiers indices d’une énigme que seule la grande Marilyn a été capable d’écrire. » Le petit japonais parle avec une grosse voix très grave très virile (et monocorde) alors qu’il a la carrure de Christian Clavier.
02:16 : « Tout a commencé à Tokyo. Ce matin-là je me souviens du silence. »
04:18 : Le petit japo bosse pour « la princesse », qui collectionne des trucs, et elle veut revoir la plus belle pièce de sa collecti LA MALLE EST VIDE ?! MAIS PUTAIN
04:50 : Bon du coup l’enjeu ça va être « d’où vient cette malle ? est-ce que c’est une vraie ? »
05:15 : Première étape, le petit japo va voir le type qui a organisé la vente de la malle en… 2005. Attends, ça veut dire que la princesse a attendu sept ans pour lancer mollement le processus de vérification ? Elle a pas un prince pour lui coller une mandale quand elle balance 10 000 dollarz à la flotte sans vérifier ce qu’elle achète, cette bouffonne ?
10:57 : La plus nulle énumération de l’histoire des énumérations, « Ils sont nombreux à avoir suivi les cours de Lee et Paula Strasberg : Brando. James Dean. Et tant d’autres. »
12:05 : Petit Japo s’est totalement paumé là. Il s’est mis à nous expliquer qui étaient les Strasberg, pour justifier que c’est eux qui ont hérité de la malle, et du coup il est allé voir Lois Banner, historienne, et il s’est mis à nous expliquer sa méthode, et du coup elle est en train de montrer une carte de Noël envoyé par Montand et Signoret à Marilyn LA MALLE PUTAIN
12:20 : Je viens d’avoir une idée de blague. Comment ça s’appelle quand tu fais Noël avec Montand ? The Christmas Yves.
13:57 : Après avoir lu le testament de Marilyn, Petit Japo dit « Ce 14 janvier 1961, Marilyn pensait-t-elle déjà à la mort. » (je me suis pas trompé dans la ponctuation, il fait vraiment ça comme intonation).
14:50 : Donc à peu près 6 minutes pour nous expliquer qui étaient les Strasberg. La prochaine fois, Petit Japo, tu peux dire ça : « Lee et Paula Strasberg étaient ses professeurs de théâtre ; comme ils lui étaient très précieux, elle leur légua une part importante de ses biens. » 20 secondes montre en main, et encore c’est en parlant posay.
15:00 : Le commissaire-priseur confirme que la malle a bel et bien appartenu à Marilyn.
15:15 : « Voilà donc où j’en suis. Nulle part. »
15:34 : Lois Banner n’a pas de trace de l’achat de la malle par Marilyn.
20:40 : Petit Japo a eu l’idée de demander de l’aide à la team Louis Vuitton, car c’est une malle Louis Vuitton. Cette malle a été achetée par Cornelius Vanderbilt le 16 juin 1909.
21:51 : « Vanderbilt. Monroe. Franchement, je ne vois pas bien le rapport entre les deux. À voir. » Putain il aurait tapé ça sur Google, le film aurait pu s’arrêter.
25:00 : Le biographe des Vanderbilt explique que c’est l’actrice et amie de Marilyn Gloria Vanderbilt qui aurait donné la malle. Petit Japo : « J’ai l’impression qu’il dit ça pour me faire plaisir. » ÇA SUFFIT POUR INVALIDER L’HYPOTHÈSE APPAREMMENT
25:46 : Petit Japo est allé voir l’hôtel Vanderbilt dans lequel Marilyn a logé… et vu qu’il n’y a pas de malle dans l’ex-chambre de Marilyn, ça confirme son intuition.
26:30 : « Tu sais quand Marilyn et Joe DiMaggio se sont mariés, ils sont venus ici au Japon pour leur voyage de noces. C’est peut-être lui qui le lui a offerte » propose la princesse après le rapport de Petit Japo. Et Petit Japo trouve ça recevable comme hypothèse. Avoir fait ton voyage de noces au Japon ça prouve qu’à un autre moment de ta vie tu as racheté une malle Louis Vuitton à Cornelius Vanderbilt pour l’offrir à ta gow.
26:44 : Ah ouf, j’ai cru que c’était totalement irrationnel, mais en fait c’est un prétexte scénaristique pour faire une digression indispensable sur Marilyn et Joe.
29:31 : Petit Japo décide d’aller parler avec un intime de Marilyn. MAIS PUTAIN LA PISTE DES VANDERBILT
30:33 : Nouvelle digression, sur la relation entre Marilyn et Jim machin truc son pote.
31:54 : « Le début d’une amitié qui continue encore aujourd’hui. » MAIS ELLE EST MORTE PUTAIN ARRÊTE DE DIRE N’IMPORTE QUOI
33:03 : Nouvelle digression dans la digression, sur la relation avec Miller. LA MALLE PUTAIN
37:00 : Comme prévu, Jim avoue ne rien savoir sur la malle… « Jim ne voulait pas me laisser comme ça, reprend Petit Japo le coeur en fête, alors il m’a orienté vers un type qui possède une malle. » OH PUTAIN MAIS PAYE TA PISTE POURRIE
37:15 : « J’y suis allé, franchement. Au point où j’en suis. » La piste des Vanderbilt ? Toujours pas ?
40:16 : Le type à la malle était un collectionneur aussi, et il a servi à rien. Maintenant, Petit Japo parle avec Anthony Summers, un des premiers biographes de Marilyn. Quand je dis il parle, crois pas qu’il se renseigne sur la malle, ils discutent de sa mort, de son psy…
42:26 : Summers dit qu’en 1961 Marilyn est allée acheter des trucs au Mexique. Petit Japo : « C’est ma dernière chance. Je dois aller au Mexique. »
44:51 : Digression de deux minutes pour causer avec le photographe qui a saisi furtivement la chatte de Marilyn Monroe à son arrivée à Mexico. Petit Japo : « Bon évidemment, il ne sait rien sur ma malle. » …
46:24 : La caméra vacille. Un mexicain qui a écrit un bouquin sur le séjour mexicain de Marilyn révèle qu’elle a côtoyé un Vanderbilt pendant son séjour.
47:08 : « J’ai beau cherché, je ne vois toujours pas le lien avec Marilyn. Et ma malle. » PUTAIN PETIT JAPO TU ME SAOULES
49:53 : Anthony Summers révèle tout, Frederick Vanderbilt Field, un gros bourge coco réfugié au Mexique, a eu une liaison avec Marilyn, et c’est lui qui a lui a envoyé les trucs qu’elle a achetés à Mexico aux States… dans une malle Vuitton. Le pire c’est que Summers dit ça kilou comme s’il avait tout pigé depuis le début.
51:10 : « Voilà. C’est la fin de mon histoire. Enfin pas complètement. Car je n’ai pas tout dit à ma princesse. » Va crever.
Le post-film
Merde, ça partira jamais. C’est la plus grosse connerie de ma vie, elle va m’engueuler pendant un an, peut-être si je frotte OH NON MERDE C’EST PIRE C’EST PIRE MERDE ohlala
– HO CHI HAI, TU VIENS ICI TOUT DE SUITE
Oh noooon.
– Je suis très en colère, Ho Chi Hai.
J’ai pas fait exprès je jure.
– Je suis humiliée.
Je me doute bien Votre Altesse pardonnez-moi oh oui pardonnez-moi.
– JE SUIS LA RISÉE DE TOUS !
Ohlalalalala.
– Ma malle, elle est fausse.
– Euh ?
– Hier soir, lors de mon gala annuel, j’ai organisé un concours avec mes comparses. Chaque invité devait apporter la plus belle pièce de sa collection.
– Je sais, Votre Altesse, c’est moi qui ai fait les invitations
– NE SOIS PAS INSOLENT !
Oula non plus jamais.
– Philippe m’a ridiculisée devant l’assemblée. Ma malle Louis Vuitton n’a jamais appartenu à Marilyn Monroe. Pourquoi tu n’as pas procédé aux vérifications nécessaires lors de l’achat ?
– Oh mais j’y ai procédé, Votre Altesse. Quels sont les arguments de Sa Majesté Philippe de Belgique ?
– Il n’y a pas de preuve qu’elle lui ait appartenu.
– Nous avons un certificat, Votre Altesse.
– Un certificat, tu te moques de moi ? Qu’est-ce que ça prouve un certificat ? Il me faut quelque chose de concret.
– Euh. J’avais discuté avec Monsieur le Commissaire-Priseur, Votre Altesse. La malle a été mise en vente par les Strasberg, on peut voir leur signature sur les papiers.
– C’est NUL ! Tu es NUL !
– C’est concret une signature, Votre Altesse !
– C’est concret s’il s’agit de prouver que la malle a appartenu aux Strasberg, oui ! Pour le reste, ça ne vaut RIEN. Il me faudrait, je sais pas, une photographie.
– Monsieur m’a expliqué qu’il n’existait pas de photo de Madame avec la malle, et que c’est même pour cela que vous l’avez eue à un prix si raisonnable. Il faut voir le bon côté des choses, Votre Altesse
– TAIS-TOI !
…
– Il faut que tu cherches dans les livres.
– Dans les livres, Votre Altesse ?
– OUI. Si cette malle a appartenu à Marilyn, elle est forcément mentionnée dans une de ses biographies.
– Ah bin justement euh. Monsieur m’avait dit que non.
Là elle lâche un hurlement que je ne saurais pas retranscrire. Peut-être : iiiiiiiiiiiiraaaaaaaaaaaaahggrrlllhhhhrrr, en majuscules et quelques points d’exclamation très aigus.
– Votre Altesse ?
– Venge-moi, Ho Chi Hai. Lave la souillure. Biographe-moi cette malle. Elle a appartenu à Marilyn ? Je veux savoir quand. On lui a offerte ? Je veux savoir qui, où, pourquoi, et tout le reste. VENGE-MOI.
– Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, Votre Altesse.
– NON. Tu feras plus !
Comment je vais me démerder moi ? Bon, d’abord je pourrais AH AU FAIT
– Votre Altesse, j’ai renversé de la cire sur votre robe favorite.
Elle refait le cri.
– Allô Mme Banner ?
– Qui est-ce ?
– Euh c’est Ho Chi Hai.
– Connais pas.
– Je travaille pour Son Altesse la princesse Tenko.
– Ça me dit rien.
– Euh, c’est la fille de Sa Majesté impériale Akihito. Du Japon.
– Vous voulez quoi ?
– Je vous envoie par mail les photos d’une malle qui aurait appartenu à Miss Monroe. Faudrait que vous me disiez si vous avez des infos dessus.
– Mais pourquoi moi ?
– Euh. Vous êtes une spécialiste ?
– Mouais.
– Attendez, c’est pas vous qui travaillez sur Miss Monroe à partir de ses factures et autres documents privés ?
– Si.
– Bin alors du coup, si, vous êtes un peu spécialiste. Non ?
– Je sais pas.
– …
– Ma fille m’a dit de me méfier des étrangers qui envoient des mails pour demander des trucs. C’est des arnaques, il paraît.
– Oh non là non, c’est pas une arnaque !
– Facile à dire.
– Je vous demande rien !
– Bin si, carrément.
– Oui non, mais pas de l’argent.
– Ah ouais. Mais vous voulez quoi du coup ?
– Juste des infos.
– MES COORDONNÉES BANCAIRES ?
– Pas du tout. Des infos sur la malle.
– J’ai cliqué sur Emails. C’est pas un virus j’espère ?
– Non non.
– Je vois pas de photo.
– C’est en pièce jointe.
– Hein ?
– En pièce jointe. C’est pas intégré au corps du mail.
– Je comprends rien.
– Il doit y avoir un bouton pièce jointe.
– Euh.
– Ça doit être en haut à peu près.
– Ah oui… Ça marche pas.
– C’est normal, j’ai entendu, vous avez double-cliqué. Faut faire un seul clic.
– Comme ça ?
– Non, c’est double aussi, j’ai entendu clic clic.
– Et là ?
– Toujours pas.
– Là ?
– NON J’ENTENDS CLIC CLIC MADAME
– J’Y ARRIVE PAAAS
– MAIS C’EST PAS DUR, FAUT JUSTE SE RETENIR DE CLIQUER UNE DEUXIÈME FOIS
– …
– Vous pleurez ?
– Je voulais pas d’ordi, vous savez. C’est ma fille qui
– Oh pardon. Pardon Mme Banner.
– Snif. Vous me trouvez nulle ?
– Oh non, Mme Banner.
– Vous me trouvez comment ?
– Euh.
– Géniale ?
– Sympa.
– Et géniale ?
– Oui d’accord oui.
– Merci. Snif. On va s’occuper de votre malle, M. Tenko, vous en faites pas. Vous avez les numéros de série ?
Aucune trace de la malle dans les achats de Miss Monroe. Son Altesse avait donc vu juste : la malle lui a été offerte.
– Patrick-Louis Vuitton, j’écoute.
– Bonjour, je vous appelle de la part de Son Altesse la princesse Tenko.
– Ah le Japon ! Ça me rappelle cette fois où Grand-père a dîné avec Kurosawa ! Vous le connaissez ?
– Non…
– Ça n’était pas franchement un bout-en-train haha.
– Je vous appelle concernant une de vos malles. J’ai le numéro de série et tout, je voudrais savoir qui l’a achetée.
– La princesse Tenko.
– De quoi ?
– C’est la princesse Tenko qui l’a achetée, d’après ce que vous me dites. D’ailleurs, elle serait pas en famille avec la branche Ozu ? Je crois qu’il y a des Tenko dans les cousins.
– Non mais elle l’a achetée d’occasion, c’est une malle qui aurait appartenu à Marilyn Monroe.
– Marilyn Monroe.
– Oui, Marilyn Monroe.
– D’après ce que vous me dites, c’est Marilyn Monroe qui l’a achetée. Ça me rappelle d’ailleurs nos vacances dans le Kentucky. Père avait fait un golf avec Arthur Miller. Je vous laisse deviner qui avait gagné hahaha.
– C’est pas Marilyn Monroe qui l’a achetée non, justement, c’est ça le souci.
– Ah d’accord ! Hm. Faudrait qu’on ailler fouiller dans les registres, du coup.
– C’est ça.
– Pfff.
– Ça pose problème ?
– Non mais. Pfff. Va falloir aller à la réserve, chercher la bonne clef, chercher le bon tiroir, chercher la bonne ligne sur la bonne page… Pfff.
– Ah mais euh, j’en ai vraiment besoin, M. Vuitton.
– Vraiment combien ?
– Euh.
– Sur une échelle de 1 à 10.
– 9 ?
– Oh, le ton est hésitant, ça sent le 6 ça.
– Non non 9, c’est sûr, c’est 9.
– 5 ?
– 9.
– J’avais compris 4.
– 9.
– Pfff. Bon bah on se rejoint demain, à 15h, à l’adresse que je vous transmettrai.
– Euh mais je suis à Tokyo là.
Il a raccroché. Coup d’œil rapide au prix des billets d’avion pour la France : je peux pas m’en payer la moitié d’un.
– Votre Altesse, j’ai besoin d’aller en France pour votre malle ; pourriez-vous me payer le billet ?
– Tu trouves que je ne te paie pas assez, c’est ça ?
– Pas du tout, Votre Altesse. C’est juste que, concrètement, en l’état, je n’ai pas assez pour le voyage.
– Tu n’économises donc pas ?
– Je n’en ai pas les moyens, Votre Altesse.
– Arrête de te plaindre, ça me fatigue.
– …
– Allô, je suis bien au standard de Philippe ?
– De Son Altesse Philippe de Belgique, oui, à qui ai-je l’honneur ?
– Ici Ho Chi H euh non ici le mari de la princesse Tenko – le prince euh Tenki. J’ai un message super urgent, vous avez de quoi noter ?
– Oui, Monsieur, allez-y.
– Je dicte. Les… belges… sont… les belges sont… des… petits… zizis… C’est noté ?
Deux heures plus tard, le hurlement maintenant régulier de la princesse retentit à nouveau.
– Votre Altesse ?
– Paris Match ! Ils viennent de parler de moi sur leur site ! Ils se moquent ouvertement de moi, et de ma malle ! L’affront est désormais public ! Ho Chi Hai, tu as, à partir d’aujourd’hui, et jusqu’à ce que tu découvres le fin mot de l’histoire, un accès illimité aux comptes. Va où tu dois aller, peu importe le prix. Mon honneur est en jeu.
M. Vuitton arrive au rendez-vous à 17h49. Il explique qu’il avait mis son réveil à 14h, mais qu’il s’est rendormi. Il me fait mettre une blouse, des gants, des trucs en plastique sur les cheveux et les chaussures. Il me dit que ça lui rappelle quand Grand-père avait la leucémie, qu’ils allaient lui rendre visite avec Martin Heidegger. À 23h05, on avance enfin : cette malle a initialement été achetée par Cornelius Vanderbilt le 16 juin 1909.
J’ai déjà entendu le nom des Vanderbilt lié à celui de Miss Monroe… Gloria Vanderbilt, je crois, actrice elle aussi, et petite-fille de Cornelius. C’est donc elle qui aurait offert la malle à Miss Monroe.
Anthony Summers m’avait beaucoup aidé lorsque j’avais dû déjouer les astuces d’un commerçant libanais qui prétendait vendre la sueur été 53 de Miss Monroe. Je l’appelle pour qu’il valide.
– Ça fonctionne pas comme hypothèse. Elles fréquentaient les mêmes cercles, mais elles n’étaient pas amies. Les Vanderbilt sont pas du genre à offrir des cadeaux à des connaissances vagues, navré. Je pencherais plutôt pour un truc en rapport avec Frederick Vanderbilt Field. Je sais de source sûre qu’elle a beaucoup fricoté avec lui, et en particulier lors de son séjour à Mexico. Si tu veux j’ai l’adresse d’un journaliste de là-bas qui a écrit un bouquin sur le voyage. Il devrait pouvoir t’en dire plus.
– Je peux pas l’appeler ?
– Non. Il capte jamais.
– Ah bon.
– Euh par contre, fais gaffe, il est obsédé. À la moindre occasion, il essaiera de te parler de
– La chatte de Marilyn ! J’ai les photos, j’ai les flacons de décolorant qu’elle se foutait sur les poils pour assortir le tapis aux rideaux, j’ai même quelques uns de ces poils, et certaines de ses serviettes hygiéniques usagées – oh douloureuses ses règles hein, pas tous les jours faciles d’être une femme.
– Vous vous égarez, Señor Carbot. Je vous demandais des infos sur Frederick Vanderbilt Field.
– Bah c’est pas hors sujet, paraît qu’il adorait sa chatte ! Comme quoi, on peut être coco et avoir une sexualité normale !
– Il était communiste ?
– Un peu ouais ! C’est pour ça qu’il était exilé ici.
– D’accord… Et est-ce que ça pourrait être lui qui a offert la malle à Miss Monroe ?
– Mais carrément ! Son prétexte pour partir en voyage, à la Marilyn, c’était la redéco de son salon. Elle a fait les marchés avec Frédo, et quand elle est repartie, Frédo lui a envoyé ses emplettes à New York – c’était à coup sûr dans cette malle.
– Cette malle a été originellement achetée par un Cornelius Vanderbilt. Y’a un lien ?
– Ouaip. C’est son arrière-grand-père. Pas étonnant qu’il l’ait récupérée. Par contre, tout ce que je dis s’est passé en 62, et si on se fie aux dates, c’est tout à fait possible que Marilyn ait été morte avant que la malle atteigne New York.
– Ok… Bon bin je vous remercie. Ça règle mes problèmes.
– Vous allez pas partir sans jeter un œil à ma collec ?
Un frisson me parcourt l’échine, mon souffle se coupe : j’ai une révélation. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? À qui en parler ? Señor Carbot ? Il ne saura pas m’écouter. Son Altesse ? Encore pire. Je sors. Il me faut du réseau, vite, pour rappeler Anthony.
– Allô ?
– Ho Chi Hai ! Tu t’en sors ?
– Je crois pouvoir prouver que Marilyn Monroe a été assassinée.
– Calme-toi, Ho Chi Hai, assieds-toi.
– Non, Anthony, je vais pas m’asseoir, j’ai déjà dû me contenir pendant tout le voyage !
– Désolé, mais c’est grave ce que tu dis, on allait pas avoir cette discussion au téléphone.
– Oui bon bah me voilà : tu vas m’écouter ou pas ?
– Je te préviens, t’es pas le premier à te poser la question, et personne n’a jamais su aller plus loin que ça : on peut pas savoir, on saura jamais, c’est vrai que c’est douteux mais c’est tout ce qu’on peut dire.
– C’EST PAS PAREIL, ANTHONY, je tiens quelque chose – et avec ton aide, ton savoir, tes tuyaux, je pense qu’on peut éluder le mystère à jamais.
– … Je t’écoute.
– Marilyn Monroe était secrètement communiste.
– Woooh.
– LAISSE-MOI FINIR ! Elle était secrètement communiste, et elle s’est mise à coucher avec les Kennedy pour leur soutirer des informations. Sauf qu’à force de coucher avec eux, elle s’est prise d’affection. Vanderbilt l’a fait venir à Mexico pour la rappeler à l’ordre. Mais ça n’a servi à rien, ça n’a fait que renforcer son dilemme. Jusqu’au jour où les Kennedy ont rompu. Elle s’est démasquée et les a menacés de tout dire à ses chefs. Ils l’ont tuée.
– C’est absurde, ça repose sur rien.
– Mais si, si on étaye avec les thèses de Don Wolfe, ça tient debout, j’en suis sûr.
– Laisse tomber s’il te plaît, tu vas te ridiculiser.
– MAIS PUTAIN
Anthony tape du poing sur son bureau. Je l’ai jamais vu dans cet état.
– Bon d’accord, j’avoue, tu as tout compris, c’est comme ça que ça s’est passé. Il faut que tu me promettes de ne jamais rien dire à qui que ce soit.
– Quoi ?
– Il faut que cette information reste SECRÈTE.
– Mais non, c’est
– Promets, PUTAIN.
– Je peux pas te promettre ça, désolé
PAN !
On m’a tiré dans le dos. Je me retourne.
Patrick-Louis Vuitton.
– Je t’ai suivi, je me doutais que tu finirais par découvrir le pot-aux-roses. Mais les Kennedy étaient des amis de Grand-père, et je ne laisserai personne souiller leur mémoire.
– Vous pouvez rien faire, il est trop tard, Son Altesse la princesse Tenko m’attend. Elle enverra d’autres gens sur ma piste.
– Eh non. Je viens de lui envoyer un mémo de ta part. Tu lui expliques que tu démissionnes, et que tu as décidé de refaire ta vie en Europe.
– ET ANTHONY ? IL PARLERA À MA PLACE !
– Anthony ? Hahaha ! Il est avec moi !
Non…
– Désolé, Ho Chi Hai. J’ai réussi à faire en sorte qu’il ne te tue pas immédiatement en m’engageant à obtenir ton silence, mais j’ai échoué…
Non !
Vuitton me tire une balle dans la tête.