(fil-fax 30/01/14)
Le projet de l’éco-quartier Flaubert que porte la CREA (Communauté d’agglomération Rouen, Elbeuf, Austreberthe) manque de clarté pour pouvoir légitiment revendiquer le label “éco-quartier“ relève en plusieurs points l’avis que vient de produire l’Autorité environnementale (Ae) du Conseil général de l’Environnement et du développement durable (*). L’Ae avait été saisie pour avis par le préfet de la Seine-Maritime en octobre 2013. Son avis, rendu public le 22 janvie 2014, « ne porte pas sur l’opportunité » du projet d’éco-quartier, précise l’Autorité en préambule, mais sur « la qualité de l’étude d’impact présentée par le maître d’ouvrage et sur la prise en compte de l’environnement par le projet ». L’ensemble de l’éco-quartier a été confié au terme d’un concours, à l’atelier de l’architecte paysagiste, Jacqueline Osty.
Zone d’aménagement concerté (ZAC) d’intérêt communautaire de 68 ha située sur la rive gauche de la Seine sur les territoires de Rouen et de Petit-Quevilly, au débouché sud su pont levant Gustave-Flaubert, l’éco-quartier a dans les faits, déjà franchi le stade de projet. Une vingtaine d’hectares en bord de Seine ont été aménagés en parc urbain, particulièrement la presqu’île Rollet qui fut pendant des décennies « l’île aux charbons » du port de Rouen.
Les enjeux environnementaux les plus notables (pollution des sols, risques technologiques, déplacements, paysage urbain) que souligne l’Ae, ont bien été relevés par la CREA au fil des études qui se sont succédé ainsi que les travaux de Jacqueline Osty. Sans doute avec la seule volonté de rechercher la perfection, l’avis pointe à dessein les imprécisions, les objectifs encore confus, des incohérences., toutes choses qui pourraient à terme priver l’éco-quartier de la durabilité qu’elle revendique. L’Ae note ainsi que les axes stratégiques « ne font pas strictement référence à la charte des éco-quartiers disponibles sur le site du ministère, et les principes d’aménagement (…) apparaissent comme peu connectés à ses axes stratégiques ». Ce sont les aménagements « à prévoir au sein de la ZAC » qui font défaut dans la présentation du projet, que ce soit pour les transports en commun, la gestion des déchets et des eaux, les inondations.
L’avis demande que les études sur « l’état initial » du périmètre qui a vocation à devenir un éco-quartier, soit mieux connu et précisé. Quel était le niveau de la qualité de l’air, le degré de pollution des sols, la qualité des eaux, le bruit, les risques technologiques… ? L’avis cherche à évaluer les « impacts » de la reconfiguration du site et ne trouve pas toujours son compte dans la présentation du projet. Il cite les eaux souterraines et les parkings. Concernant le PPRT (Plan de prévention des risques technologiques) lié à l’usine Lubrizol, située immédiatement à l’est de l’éco-quartier, l’Ae recommande « de tenir compte des effets potentiels majeurs de cette installation dans l’élaboration fine du schéma d’aménagement de la ZAC ». S’agissant des transports en commun, avec un flux de déplacements au sein de la ZAC évalué à 50.000 déplacements quotidiens, l’avis regrette en l’état du projet un manque de précisions sur les caractéristiques des différents modes de déplacement.
Toutes ces recommandations doivent être lues à l’aune d’un principe que souligne l’Autorité environnemental du Conseil général de l’environnement qui ne se veut « ni favorable, ni défavorable au projet ». L’avis « vise à permettre d’améliorer la conception du projet et la participation du public à l’élaboration des décisions qui portent sur ce projet ».
(*) L’Ae est une autorité administrative au sein du Conseil général de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD), chargé de conseiller le Gouvernement dans les domaines de l’environnement, des transports, du bâtiment et des travaux publics, de la mer, de l’aménagement et du développement durables des territoires, du logement, de l’urbanisme, de la politique de la ville et du changement climatique.
Etienne Banzet