LE MONDE | | Gilles van Kote
L’incinération des déchets ménagers a de beaux jours devant elle. Selon une étude prospective du cabinet international Frost & Sullivan, le volume du marché mondial des installations de valorisation énergétique – ainsi que les industriels préfèrent désormais présenter les incinérateurs – pourrait atteindre 28,5 milliards de dollars (21 milliards d’euros) en 2016, en croissance de 59 % par rapport à 2012.
Combattue par de nombreuses ONG écologistes, l’incinération ne cesse de gagner du terrain, au fur et à mesure que la mise en décharge tombe en disgrâce. Ce mode de traitement des déchets, généralement considéré comme le moins durable, ne suffira pas en effet à répondre à l’explosion du volume mondial des ordures ménagères, qui devrait doubler d’ici à 2025, selon la Banque mondiale.
« Cette croissance et la chute des capacités de mise en décharge dans certaines régions-clés stimulent la croissance du marché des installations de valorisation énergétique », affirme l’étude, qui estime que les incinérateurs constituent par ailleurs « une source alternative de production d’énergie verte ».
Un argument qui fait souvent mouche auprès des collectivités locales qui constituent la clientèle des professionnels des déchets : les incinérateurs modernes permettent d’éliminer les ordures, mais aussi de produire, à partir de leur combustion, de l’énergie, sous forme de vapeur ou d’électricité.
DEMANDE EN ÉNERGIE
La montée en puissance de la valorisation énergétique est une bonne nouvelle pour les groupes français Veolia Environnement et Suez Environnement, deux poids lourds mondiaux du traitement des déchets. « Si on prend l’exemple de la Grande-Bretagne, nous y exploitons huit incinérateurs, nous en avons trois en construction et d’autres encore en cours d’autorisation », relève Laurent Auguste, directeur innovation et marchés chez Veolia, qui confirme la tendance soulignée par Frost & Sullivan.
Selon l’étude, le gisement de déchets incinérables atteindra un milliard de tonnes dans le monde en 2016. Les marchés les plus prometteurs sont l’Asie – notamment la Chine, l’Inde et la Malaisie – et l’Europe. La Pologne, où la mise en décharge reste très majoritaire, est en passe de se convertir à l’incinération.
« Les zones les plus dynamiques sont celles qui cumulent des contraintes croissantes d’urbanisation et une demande élevée en énergie : avec la valorisation énergétique, elles font d’une pierre deux coups », estime Christophe Cros, directeur général adjoint de Suez Environnement, qui trouve « très optimistes » les chiffres avancés par l’étude.
Dans ce contexte favorable à l’incinération, la France fait bande à part. Si le gouvernement a fixé un objectif de réduction de la mise en décharge de 50 % d’ici à 2020, sans préciser cependant comment il compte l’atteindre, l’incinération y est au point mort, en raison de sa mauvaise image dans l’opinion publique.
- Gilles van Kote
Journaliste au Monde