(fil-fax 08/02/14)
Ils s’appellent Constantin Hansen, Dankvart Dreyer, Jorgen Roed, Lorenz Frolich ou encore Nicolaï Abildgaard. Leurs noms disent probablement peu de choses au public français d’autant que la critique de notre pays ne fut pas tendre à leur égard en leur temps. Ce sont des peintres du siècle d’or de la peinture danoise qui s’étend de l’ère napoléonienne à la Belle époque. Au début de la période, cette peinture connait une dynamique florissante sous l’influence d’artistes comme Abildgaard et Eckersberg qui feront le voyage d’Italie ou de France. L’histoire, la mythologie et la religion constituent comme ailleurs en Europe les principales sources d’inspiration de cette peinture néo-classique. Mais les toiles sont ici transcendées par la lumière nordique, l’omniprésence de la mer et un relief peu vallonné.
Cette période s’achève avec la perte en 1864 des duchés du Schleswig et du Holstein au profit de la Prusse qui s’ajoute à la perte de la Norvège au profit de la Suède au début du XIXème siècle. Le Danemark qui contrôlait un immense territoire de part et d’autre de la Baltique se trouve réduit à cette presqu’île qui nous est familière aujourd’hui. Mais les Danois conçoivent une profonde amertume de cette amputation. C’est l’heure du repli sur soi. « Il s’agit de retrouver à l’intérieur ce qu’on a perdu à l’extérieur », dit Jonathan Lévy, l’un des commissaires de l’exposition. Les étudiants ne sont plus encouragés à étudier en France mais plutôt à s’intéresser à l’âme danoise. Comme dans toutes les époques nationalistes, la terre devient alors le sujet de référence. Se singularisent des peintres comme Christian Dalsgaard (Etude d’intérieur de grenier), Andreas Hunoeus (Jeune paysanne devant un bord de mer) ou encore Thorald Brendstrup (Extérieur de ferme).
Les 200 toiles présentées au Muma après un passage au Musée d’art et d’industrie de Roubaix ont été prêtées par un collectionneur français passionné de ce pays et qui a souhaité rester anonyme. Elles font écho aux collections havraises centrées sur le XIXème et le XXème siècle. « Cela permet de montrer ce que partagent les peintres européens de cette époque comme la découverte de la nature et d’interroger les ressorts d’une collection comme nous l’avons fait avec la donation Senn-Foulds », explique Annette Haudiquet, conservateur du Muma.
• Le siècle d’or de la peinture danoise. Une collection française. Exposition au Musée d’art moderne André Malraux (Muma), du 8 février au 24 mai.