Ce samedi 15 février 2014 à Donetsk (Ukraine), Renaud Lavillenie, 27 ans, s’est emparé du record du monde du saut à la perche, effaçant des tablettes le vieux record de l’Ukrainien Sergueï Bubka (6,15m) datant de 1993.
Photo de Erik van Leeuwen (Wikimedia.org)
Après avoir commencé son concours à 5,76m, le français a franchi 5,91m à son premier essai pour ensuite buter par deux fois consécutives à 6,01m avant de franchir cette hauteur. Comme il l’avait annoncé quelques heures auparavant, Lavillenie était venu sur les terres du Tsar Bubka pour établir un nouveau record du monde sous les yeux de l’Ukrainien. Pari réussi, dès son premier essai, le pensionnaire du Clermont Athlétisme Club a effacé 6,16m avec une marge et une facilité déconcertantes pour devenir l’homme le plus haut perché de tous les temps. Comme si cette marque n’était pas suffisante, le tout frais recordman du monde a demandé une barre à 6,21m, histoire d’entrer un peu plus dans la légende de l’athlétisme. Manque de concentration, effets de l’euphorie ou de la fatigue, Lavillenie est vite revenu sur terre en tentant cette barre. Un retour de perche et le voilà rapidement projeté hors du tapis. Fort heureusement, sa blessure est sans grande gravité et ne viendra pas ternir la fête puisqu’il confiera quelques instants après sur sa page Facebook: »je suis encore dans les airs! ». Outre un record du monde, Renaud Lavillenie c’est aussi plusieurs années de suprématie mondiale à la perche. Retour en chiffres sur une carrière hors-norme.
Un record amélioré de 56cm en six ans
En tête des bilans mondiaux ces quatre dernières années, le perchiste au physique atypique ne cesse de progresser. Sa progression est phénoménale. En 2008, il réalise sa première performance de niveau international en franchissant 5,60m à Mondeville. Six ans plus tard, son record personnel a progressé de 56 centimètres. En 2008, le Clermontois franchit 5,81m mais ce n’est qu’en 2009 qu’il rejoint le cercle très fermé des athlètes ayant franchi la barre mythique des 6 mètres en franchissant 6,01m lors des Championnats d’Europe par équipes de Leiria (Portugal). Il devient alors très régulier et s’approche à plusieurs reprises des 6 mètres pour les franchir une seconde fois en 2011. Au mois de mars, il efface 6,03m lors des Championnats d’Europe en salle à Paris. En 2012, le français passe 5,97m pour devenir Champion Olympique à Londres et réalise sa meilleure performance de la saison. L’année suivante, le Français franchi deux fois cette barrière. Une première fois à Gotebörg (6,01m) puis une seconde lors du meeting Diamond League de Londres (6,02m). Cette saison, s’il n’a encore participé qu’à cinq concours, Lavillennie a déjà franchi trois fois les 6 mètres (Rouen (6,04m RF), Bydgoszcz (6,08m RF) puis Donetsk (6,16m RM)).
Meilleures performances de Renaud Lavillenie par années (Salle et plein air confondus).

Une moyenne de sauts à 5,82m en 2013
En 2013 Renaud Lavillenie n’a été vaincu que quatre fois sur les 27 concours auxquels il a participé. Le plus impressionnant n’est pas tant le ratio victoire/défaite du Français (85% de victoires) mais plutôt la moyenne de ses meilleurs sauts sur l’ensemble de ses concours de la saison salle et plein air confondus. Depuis 2010, sa moyenne de sauts dépasse tous les ans les 5,70m. En 2013, Lavillenie s’est envolé à 5,82m au-dessus du sol en moyenne. Une statistique d’autant plus impressionnante quand on sait que cette même année ces 5,82m constituaient la seizième performance mondiale de la saison en plein air. C’est d’ailleurs l’Allemand Raphael Holzdeppe qui était le 4ème performeur de l’année en ayant franchi cette barre à Rouen. En ce début de saison 2014, cette moyenne est moins représentative puisque Lavillenie n’a participé qu’à cinq concours en salle. Pourtant, c’est la meilleure entrée en matière de sa carrière puisqu’il a battu par deux fois le record de France (6,04m à Rouen puis 6,08m à Bydgoszcz) et le fameux record du monde à Donetsk (6,16m). Sa moyenne de sauts frôle les 6 mètres (5,97m), performance rarement réalisée à la perche.
Moyenne des meilleurs sauts de Renaud Lavillenie sur l’ensemble de ses concours année après année.

Un pourcentage de victoires ahurissant
La régularité de Renaud Lavillenie acquise au cours de sa carrière l’a rendu quasiment imbattable. Si en 2007 il remportait environ un concours sur deux, en 2013 il avait 85% de victoires à son actif. Cette saison (2014), Lavillenie est invaincu et compte donc 100% de succès. C’est dire si la défaite ne fait plus vraiment partie du vocabulaire du Français. Une statistique impressionnante, surtout au saut à la perche où toute erreur tactique ou technique peut rapidement inverser la situation.
Rapport victoire/défaite de Renaud Lavillenie par année.

Déjà 7 sauts au-dessus des 6 mètres
S’il détient à présent le record du monde du saut à la perche, Renaud Lavillenie ne détient pas le record du nombre de sauts au-dessus des 6 mètres. Sergueï Bubka, ancien détenteur du record du monde (il a battu 35 records du monde dans sa carrière), a franchit cette barre mythique par 44 fois de 1984 à 1994. Lavillenie, lui, n’en est qu’à 7. Si la comparaison n’est pas en faveur du Français, la performance n’en est pas moins stratosphérique. Avant lui, le seul athlète Français a avoir passé les 6 mètres était Jean Galfione. Champion Olympique à Atlanta en 1996, ce dernier ne s’est envolé qu’une seule fois à cette hauteur. C’est dire si Lavillenie, même s’il a encore du chemin à parcourir pour atteindre les 44 sauts au-dessus des 6 mètres de Bubka, côtoie régulièrement les cieux.
Le titre manquant
A seulement 27 ans, Renaud Lavillenie possède déjà un palmarès exceptionnel. Il est Champion Olympique en titre (Londres 2012), Champion du Monde en salle (Istanbul 2012), double Champion d’Europe (Barcelone 2010 et Helsinki 2012), triple Champion d’Europe en salle (Turin 2009, Paris 2011 et Gotebörg 2013) et septuple Champion de France du saut à la perche. S’il a presque tout gagné, le Français est encore à la recherche d’un titre de Champion du Monde puisqu’il a empoché l’argent à Moscou en 2013 et le bronze à deux reprises (Berlin en 2009 et Daegu en 2011) mais jamais l’or.
S’il aura à cœur d’empocher ce titre manquant, l’autre objectif sera aussi d’améliorer son nouveau record du monde. Bubka, lui, a amélioré 17 fois son propre record du monde en salle pour le porter à 6,15m en 1993. En imaginant que Lavillenie soit capable du même exploit, il finirait sa carrière avec un record du monde de 6,33m au minimum. Mais ça, c’est une autre affaire…
*Les différents chiffres et graphiques présents dans cet article ne tiennent compte que des concours lors desquels Renaud Lavillenie a franchi au moins une barre.*