(fil-fax 21/02/14)
La vingtaine de salariés sous contrat d’Adaptation à la vie active (Ava) de la Ferme des Tilleuls à Grémonville, près d’Yvetôt, ont au moins un point en commun : Leurs trajectoires de vie les ont durablement éloignés de l’emploi et ils ont tous à coeur de défendre le projet de la maison baptisé “De la graine à la vente“. Gilbert a 61 ans. Il a travaillé chez Renault à Sandouville puis à la centrale de Paluel avant d’accepter des petits boulots chez les forains. Gage de la confiance que l’association lui accorde, il est le seul à conduire depuis un an le tracteur. Eric, 43 ans, est à la production des légumes depuis 7 mois. Cet ancien restaurateur près de Rouen est comme l’on dit pudiquement un accidenté de la vie. « A cause de sa gentillesse » ajoutent ses camarades. Claude, 60 ans, fait figure d’ancien. Il vit à la ferme depuis 2004. Il a travaillé des années à Robertot comme commis auprès d’un couple d’agriculteurs. A la retraite de ses patrons, il s’est retrouvé « orphelin » dans sa caravane. A la ferme, il a retrouvé ce qu’il aime par dessus tout : « la plaine » ! Yohan, 20 ans, est le plus jeune des compagnons. En rupture familiale, un peu rêveur, il aime l’écriture et faire les marchés aux côtés de Charlotte, animatrice chez Emergence’s, la structure à laquelle appartient la ferme.
La ferme héberge plusieurs enfants d’agriculteurs, célibataires depuis toujours, et qui ont perdu tous leurs repères après le décès de leurs parents. « C’est une misère cachée, sans menaces sur la société donc ignorée. Désocialisé, inadapté à l’administration et à la vie quotidienne en général, on meurt seul à la ferme, au bout de sa table, avec à la main une bouteille de calva. C’est la dernière génération à vivre cela. Les jeunes agriculteurs sont différents », explique Stéphane Eyrignoux, chef de service à la Ferme des Tilleuls. Cette antenne ouverte au cœur du Pays de Caux en 1984 répond à une réalité souvent passée sous silence : l’exclusion en milieu rural. « A ma connaissance nous sommes les seuls en Seine-Maritime, avec la communauté d’Emmaüs à Esteville, à prendre en charge cette exclusion rurale », ajoute le chef de service. Sur le marché d’Yvetot, Claude, Eric, Gilbert et les autres saluent d’un geste de la main des passants. Il y a les clients habituels et les anciens de la Ferme devenus autonomes. « Ceux là ont été réinsérés dans leur histoire », souligne Stéphane Eyrignoux. Lui et une partie des salariés seront présents samedi au salon international de l’agriculture de Paris sur le stand officiel de la Seine-Maritime.
Des volailles et des légumes certifiés
La vocation du projet “De la graine à la vente“ est bel et bien sociale. Sa dimension économique n’en est pas moins réelle. La Ferme des Tilleuls vend ses productions les mercredis sur le marché d’Yvetot et le jeudi midi à Rouen à la Résidence des Cèdres (1 rue du moineau). Elle fournit légumes et volailles à plusieurs établissements scolaires et à titre expérimental à quelques restaurateurs. La qualité des produits est certifiée par les Défis Ruraux, une association qui fait la promotion de l’agriculture durable et des filières courtes. La ferme produit bon an mal an quelques 700 volailles de races normandes, 3.000 œufs, 25 tonnes de pommes de terre, 4 de tomates, 3 d’oignons, échalotes et cucurbitacés.
• Salon de l’agriculture du 22 février au 2 mars Porte de Versailles Paris (Hall 7.2 allée D).