A l’occasion du 70ème anniversaire du droit de vote des femmes, Véronique CHRISTOL et les communistes de Sotteville ont célébré cet anniversaire en deposant une gerbe de fleur après une prise de parole rappelant le contexte dans lequel ce droit a été obtenu en 1944.

Voici l’interventiion de Véronique Christol :
8 Mars 2014
Journée Internationale du droit des femmes
70ème Anniversaire du droit de vote des femmes
Sotteville-lès-Rouen
Mesdames, Messieurs,
Cher(es) ami (es), Cher(es) camarades,
Nous sommes aujourd’hui le 8 mars 2014 pour célébrer la journée internationale du droit des femmes.
Nous sommes également rassemblés rue du 8 mai, ce qui n’est aucunement une « faute de frappe », mais bien parce qu’il y a un lien entre ces deux éléments.
2014 est l’année du 70ème anniversaire du droit de vote des femmes. C’était là un élément du programme du Conseil National de la Résistance que d’aucun voudrait voir remis en cause.
Le 8 mai 1945, c’est aussi la victoire des alliés sur le régime nazi en Allemagne et en Europe. C’est la victoire sur la peste brune qui, avec le régime de Vichy et ses soutiens, sévissait en France. C’était enfin la fin de la seconde guerre mondiale.
C’est donc grâce à cette victoire du peuple, à cette victoire de la résistance, que le programme du CNR a pu se mettre en place.
2014 est un donc anniversaire pour toutes les femmes.
En effet, il y a 70 ans, pendant l’Occupation de nombreuses femmes ont rejoint les rangs de la Résistance. Un engagement qui conduira la France libre du Général de Gaulle à reconnaître l’égalité économique et politique des sexes.
Les 23 et 27 mars 1944, le député et résistant communiste, Fernand Grenier préside une commission de l’Assemblée consultative siégeant à Alger qui étudie un texte sur l’éligibilité et le vote des femmes « dans les mêmes conditions que les hommes ».
Il y présente un amendement visant à parfaire une égalité complète de droits politiques entre les deux sexes, défendant ainsi fermement et avec obstination les droits politiques de la Française à l’assemblée.
Il y a polémique sur la date de la première élection à laquelle les femmes auront le droit de s’exprimer, mais comme le souligne Fernand Grenier « l’éloignement de leur foyer de nombreux prisonniers et déportés qui ont été remplacés dans leurs tâches par leurs femmes confère à ces dernières un droit encore plus fort de voter dès les premières élections ».
L’assemblée adopte cet amendement instituant le principe du droit de vote des femmes par 51 voix « pour » et 16 voix « contre ». Parmi les signataires, outre Fernand Grenier, on retrouve notamment Raymond Aubrac, François Billoux, Florimond Bonte ou Ambroise Croizat.
Un mois après, le 21 avril, le Général de Gaulle ratifie une ordonnance qui, à l’article 17, prévoit le vote des femmes et leur éligibilité : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».
Les Françaises obtiennent enfin le droit de vote et celui d’être élues. Elles voteront pour la première fois en 1945 et entreront au Sénat en 1946.
Il s’agit la de l’aboutissement d’un long combat, d’un combat de 2 siècles …
En effet, on parle beaucoup de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789. C’est un texte qui est « révolutionnaire » par essence même mais qui ne concerne que les hommes. Ce sont eux qui « naissent libres et égaux … ».
C’est ce à quoi Olympe de Gouges a répondu en 1791 avec sa « Déclaration des droits de la Femme te de la citoyenne ».
En France, le suffrage universel « masculin » prévaut depuis 1848. Malgré des projets de loi en 1901 et en 1909, et l’adoption du droit de vote pour les femmes par la Chambre des députés en 1919, 1922, 1925, 1927, 1935 et 1936, le Sénat fait à chaque fois obstruction (ne présentant pas le texte à l’ordre du jour ou refusant d’en débattre) et ne permet pas à une loi permettant le suffrage féminin d’être adoptée par les deux chambres.
Plusieurs femmes ont été candidates sans avoir le droit de vote. Dès 1925, le PCF présentait déjà des femmes.
Dès 1942, le 23 juin, le général de Gaulle déclare : « De même que nous prétendons rendre la France seule et unique maîtresse chez elle, ainsi ferons-nous en sorte que le peuple français soit seul et unique maître chez lui. En même temps que les Français seront libérés de l’oppression ennemie, toutes leurs libertés intérieures devront leur être rendues. Une fois l’ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale qui décidera souverainement des destinées du pays ».
Dans le Programme du Conseil National de la Résistance, dont le titre de la 1ère édition du 15 mars 1944 était « Les Jours Heureux », il y est précisé, dans les mesures à appliquer dès la libération du territoire, « l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel »
Le nouveau pouvoir politique, plus jeune, issu de la Résistance, reconnaît enfin aux femmes leur pleine responsabilité. En effet, dès la Libération, les femmes deviennent citoyennes et font leur entrée dans la sphère politique.
Cependant, on entend encore aujourd’hui, dans les manifs contre « le mariage pour tous » ou même dans l’Hémicycle, des propos comme « l’incompatibilité entre l’accès des femmes dans la vie politique et leur mission dans la famille » ou encore « la femme est inapte par nature à la vie politique ».
Oui Mesdames et Messieurs, on en est encore la et c’est pourquoi il nous semblait important de célébrer ce 70ème anniversaire du droit de vote des femmes.
Aujourd’hui, en 2014, dans 86,2% des communes, la seule femme qui trône dans le bureau du Maire, c’est Marianne. Et à l’assemblée Nationale il n’y a seulement que 155 femmes sur 577 députés (26,9%).
C’est un peu mieux au Sénat grâce à un scrutin intégrant la proportionnelle.
Faut –il rappeler que le groupe CRC, dans lequel siège les communistes est constitué d’une majorité de sénatrices et que c’est l’une d’elle, Eliane Assassi, qui préside le groupe.
8 mars, journée internationale des droits des femmes :
Une seule journée et pourtant les femmes représentent la moitié de l’Humanité.
Nous fêtons cette année le 104ème anniversaire de cette « Journée de la femme » instaurée en 1910, sans en fixer de jour précis par L’Internationale socialiste réunie à Copenhague. Cette journée doit avoir un caractère international, pour rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et pour aider à obtenir le suffrage universel des femmes.
Que de chemin parcouru depuis ! Que de luttes féministes, sociales, sociétales ou politiques menées en permanence pour s’émanciper de la domination patriarcale et de l’oppression capitaliste !
Quelques noms pour illustrer ces combats : Flora Tristan, Louise Michel, Simone de Beauvoir, Simone Veil … et bien d’autres …
Mais aussi que de luttes reste-il à mener en ce 21è siècle quand le travail féminin sert de laboratoire au patronat pour accentuer la précarité, quand les députées (au féminin) votent l’ANI qui renforce cette précarité et en premier lieu celle des femmes.
Faut-il rappeler que En France, selon des statistiques 2010, 4,7 millions de femmes avaient un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté soit 964 euros mensuels pour une personne seule. 70% des « travailleurs pauvres » sont des femmes et le risque de précarisation est aggravé pour les familles monoparentales dont 33% ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté.
La hausse sensible de l’accès des femmes aux emplois de cadres ne doit pas occulter le taux de féminisation de l’emploi non-qualifié qui atteint aujourd’hui 62 % contre 56% en 1990.
Plus des trois-quarts des 1,5 million de personnes en sous-emploi sont des femmes. Les deux-tiers des salariés à bas salaire sont des femmes.
L’écart de salaires femmes/hommes est encore de 27%.
Y compris dans la fonction publique où le « à travail égal, salaire égal » est la règle, la différence de salaire est nette, dans la mesure où ce sont les femmes qui sont pour l’essentiel à temps partiel. Le taux de féminisation de ces emplois à temps partiel dépasse 82% et pour 31% des intéressées, cette situation est subie.
Ces situations précaires ont un impact sur l’état de santé et le niveau des retraites des intéressées. Les femmes perçoivent une pension de droit direct presque deux fois plus faible que celle des hommes (879 euros contre 1657 euros mensuels) et elles constituent 57 % des bénéficiaires du minimum vieillesse (777 euros mensuels).
Oui, les femmes sont bien les premières victimes de la crise du capitalisme.
Mais elles sont également les victimes de tous les intégrismes qui, appelant à un ordre moral veulent gérer leurs vies, allant même jusqu’à l’indécence de dire que les femmes doivent répondre aux pulsions irrépressibles des hommes pour justifier leur accord sur le système prostitutionnel !, comme on l’a entendu lors du débat sur le « mariage pour toutes et tous », voudraient les faire rester chez elles.
Si, contrairement à l’Espagne notamment, le droit à l’avortement n’est pas officiellement remis en cause en France, force est de constater que pour y parvenir, c’est un véritable parcours « de la combattante ».
Le texte débattu il y a quelques jours en est la preuve. Il prévoit « l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) au fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher l’accès à l’information sur l’IVG ».
Un amendement propose également que la loi ne parle plus de « situation de détresse » pour justifier un IVG, mais seulement de volonté de ne pas poursuivre sa grossesse.
C’en est trop pour les « défenseurs de la famille » qui y voient une « banalisation du recours à l’avortement », une contradiction avec l’ordre moral.
Elles sont aussi victimes de la domination masculine, puisque une femme meurt en France, dans notre pays au 21ème siècle, tous les 2 ou 3 jours de violence conjugales, sans compter les arrêts de travail liés à ces violences.
Je ne parle pas non plus du harcèlement dont les femmes sont victimes dans le cadre de leurs activités professionnelle notamment.
Marie-George Buffet, avec les membres du groupe communiste, a d’ailleurs déposé le 11 décembre 2013, une proposition de loi « relative à la lutte contre les violences faites aux femmes, »sur le bureau de l’Assemblée Nationale. Ce texte reprend celui de la loi cadre de 2006 élaborée avec les associations féministes nationales.
Nous sommes à quelques jours des municipales qui seront marquées par une entrée de la parité dans les conseils municipaux dans les communes de plus de 1 000 habitants et de moins de 3500 habitants, pour qui ce n’était pas une obligation jusque la.
Après la loi sur la parité de juin 2000, qui semblait faire entrer les femmes en politique de manière très artificielle, on peut considérer aujourd’hui que cela peut favoriser l’égal accès aux fonctions électives.
Pour nous, ce n’est pas une nouveauté. Le bureau municipal de l’équipe sortante était à parité et pour ce qui concerne notre parti, nous avions deux adjointes et un adjoint.
Les mêmes représentations sont prévues si la liste, sur laquelle figurent les candidates et candidats présentés par notre parti, est élue.
Pour autant, au nom de la parité, le gouvernement a élaboré un système compliqué, éloignant les populations des centres de décision, avec les prochaines élections départementales. Il a redécoupé le territoire départemental en 2 fois moins de cantons et en installant dans chacun un binôme homme/femme ou femme/homme. Ce faisant, il, met en œuvre sa volonté d’aller vers un bipartisme en tentant de minorer autant que possible le courant de pensée que nous représentons.
Montré comme devant être un plus, en nombre, pour les femmes, il risque fort de s’agir d’un recul, politique, de leurs droits.
Pour nous, seule la proportionnelle aurait permis à la fois une réelle représentation des femmes, amis aussi celle des différents courants de pensée.
Car, le fait d’être femme, ne suffit pas en soi à mener une réelle politique au service des femmes, au service de leurs droits, une politique progressiste.
Pour conclure, si la journée de la femme a été instaurée en 1910, ce n’est qu’en 1977 que les Nations Unies reconnaissent, la « journée internationale des femmes ».
Ce n’est qu’en 1982 en qu’elle est reconnue officiellement par la France.
La Journée des femmes reste aujourd’hui d’une brûlante actualité, Car tant que l’égalité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte, nous aurons besoin de la célébrer.
Comme le souligne Marie-George Buffet dans l’Huma dimanche de cette semaine, « les femmes savent que c’est en se battant pour de nouvelles avancées qu’elles empêcheront tout retour en arrière ».
Je vous remercie.