Deux réacteurs nucléaires belges défectueux de nouveau mis à l’arrêt

 

LE MONDE | | Par

 

Electrabel, filiale de GDF-Suez et principal exploitant du parc nucléaire belge, connaît de nouveaux soucis. Le groupe a pris connaissance, mardi 25 mars, des résultats de tests de résistance menés sur un acier semblable à celui des deux réacteurs – Tihange 2 en Wallonie et Doel 3 en région flamande – mis à l’arrêt durant de longs mois après la découverte en 2012 de microfissures sur les cuves. Ce qui avait alors privé le royaume de 2 gigawatts, soit un tiers de la capacité nucléaire du pays.

La centrale belge de Tihange, le 16 mars 2011.

Les tests visaient à déterminer la solidité de l’acier et sa réaction au vieillissement et aux radiations continues. Leurs résultats ont été jugés « non conformes aux attentes ». Electrabel, évoquant « le principe de précaution, primordial pour tout exploitant responsable », a annoncé dès lors une nouvelle mise à l’arrêt, relançant du même coup la polémique sur l’état exact des cuves. Tihange 2 et Doel 3 ne fonctionneront plus jusqu’au 15 juin, au moins. D’ici là, ils seront soumis à de nouvelles expérimentations.

Les premiers examens, réalisés dans un réacteur du Centre d’étude de l’énergie nucléaire à Mol, auraient engendré de sérieux motifs d’inquiétude, confirme une source scientifique anonyme. Ils ont été conduits sur une pièce provenant d’un générateur de vapeur fabriqué par Areva qui présentait des microfissures dues, selon des experts, à l’hydrogène. Ce sont ces défauts qui avaient été détectés en Belgique avant la mise à l’arrêt de l’été 2012.

DÉCISION « HÂTIVE ET DANGEREUSE »

Le contenu précis des tests n’a pas été divulgué mais ils auraient indiqué que la cuve était moins résistante que prévu. Selon le journal Le Soir, son passage de l’état ductile (déformation sans rupture) à l’état fragile se ferait à un niveau de température moins élevé qu’attendu. Son acier pourrait dès lors se rompre si de grandes quantités d’eau froide devaient y être injectées en cas d’intervention d’urgence destinée à refroidir le cœur du réacteur.

L’Agence fédérale belge de contrôle nucléaire (AFCN) a réagi avec prudence refusant toute conclusion avant la réception du dossier d’Electrabel, qui lui sera remis après les tests complémentaires. Un responsable de l’agence souligne toutefois que ces tests de résistance de l’acier étaient l’une des conditions posées au moment où Electrabel a reçu, en mai 2013, l’autorisation de redémarrage.

L’attitude des autorités de contrôle ne convainc pas les organisations de défense de l’environnement, qui pensent toujours qu’Electrabel n’aurait pas dû recevoir l’autorisation de redémarrer les réacteurs litigieux. Les Verts européens estiment que la Belgique a pris une décision « hâtive et dangereuse » même si l’AFCN soulignait à l’époque l’absence de dangerosité et que l’exploitant concluait à un défaut de fabrication dénué de risque.

L’agence se défend en affirmant avoir obtenu toutes les garanties nécessaires, après consultation d’experts nationaux et internationaux. En réalité, ces experts n’étaient pas unanimes et certains responsables soulignaient que les anomalies des unités belges pourraient se reproduire dans une vingtaine d’installations étrangères.

L’enjeu de sécurité est, aussi, un enjeu économique pour Electrabel qui perd, selon les estimations, quelque 30 millions d’euros par mois quand ses deux réacteurs sont à l’arrêt. Le gouvernement belge maintient, de son côté, le principe d’une fermeture définitive de sept réacteurs du pays, étalée entre 2015 et 2025.

 Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)
Journaliste au Monde

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