Le retrait de Daniel Paul de la vie publique fait la Une du la presse normande dans son édition du 3 avril.
Politique. L’ancien député, figure régionale du PCF, quitte la vie publique. Il a adressé sa démission à Édouard Philippe et s’en explique.
1977-2020… Daniel Paul n’ira pas au bout de son sixième mandat municipal. Le doyen en longévité au conseil depuis le départ d’Antoine Rufenacht a écrit en début de semaine à Édouard Philippe pour lui faire part de sa démission. Il s’en est expliqué mardi au téléphone avec le maire du Havre. « J’en ai d’abord parlé avec Nathalie (NDLR : Nathalie Nail, qui conduisait la liste soutenue par le PCF aux municipales), avec mes amis, mes camarades. Cela ne les a pas surpris ». De fait, l’ancien homme fort du parti communiste dans l’agglomération havraise n’avait pas fait mystère de son aspiration à se retirer de la vie publique. C’était en 2012, lorsqu’il avait décidé de ne pas briguer un quatrième mandat de député.
« En bonne place »
« J’avais dit que je quitterai le conseil municipal en 2014, tout en restant à la disposition de mes amis pour la campagne. » Des amis qui ne l’ont pas exactement entendu ainsi, à commencer par Nathalie Nail. Daniel Paul n’a pas su résister aux arguments de son ancienne attachée parlementaire, qu’il avait précocement repérée dans les rangs des jeunes militants du PCF havrais. Choisie pour conduire la liste soutenue par le parti communiste, la conseillère municipale et générale a beaucoup insisté auprès de son mentor pour qu’il figure « en bonne place » sur sa liste. Cinquième de cette liste, Daniel Paul a donc été élu conseiller municipal le 23 mars dernier… pour quelques jours seulement. On l’a vu discuter avec Édouard Philippe samedi dernier (notre photo) au cours de l’installation du nouveau conseil municipal. « Ce n’était ni le lieu ni le moment. J’ai préféré lui écrire lundi et nous nous sommes parlé mardi », confie l’ancien chef de file de l’opposition municipale, candidat malheureux à deux reprises face à Antoine Rufenacht, en 2001 et 2008.
Après trente-sept années d’une vie municipale bien remplie faites de grands soirs et de lourdes déceptions, Daniel Paul répond sans un instant d’hésitation à l’évocation de son meilleur souvenir. « C’était en 1984, après des années d’une bataille acharnée contre le gouvernement de Raymond Barre, contre l’hostilité de la droite et du patronat havrais, nous avons enfin obtenu de l’État la création de l’université du Havre. Notre ville était la seule de cette importance à n’en pas être dotée. Pour André Duroméa, pour moi, pour toute notre équipe, avoir une université de plein exercice allait constituer l’un des piliers de l’avenir du Havre. Qui aujourd’hui pourrait seulement imaginer Le Havre sans université ».
Derrière la fine monture, le regard pétille… la fac, le campus, le développement des filières font encore toute sa fierté. Au moment de tourner la page, l’ancien instituteur se remémore un certain soir de juin 1995. «J’arrivais à l’hôtel de ville avec sous le bras ma mallette de président de bureau de vote. D’autres redescendaient l’escalier la mine sombre. J’ai très vite su pourquoi », se souvient celui qui fut l’adjoint d’André Duroméa durant dix-sept ans.
Rester militant
« Il faut changer pour que rien ne change », glisse-t-il en citant Giuseppe Tomasi de Lampedusa. Pour l’ancien questeur de l’Assemblée nationale, la dernière phrase de l’écrivain sicilien dans son magistral « Guépard » sied à merveille à la nomination du gouvernement Valls. « Ce n’est pas ainsi que reculera l’abstention » juge celui qui entend rester militant. Cette culture, cette profonde connaissance des dossiers havrais – mais pas seulement – vont sûrement manquer dans les rangs d’une opposition à reconstruire. CHRISTOPHE PRETEUX
Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : Du tableau noir à l’Assemblée – Daniel Paul s’en va