Plus de santé au ministère

Chacun en était persuadé : il y aurait un grand ministère de la Santé. Dans son allocution télévisée de l’avant-veille, le président de la République l’avait pourtant assuré : "Le second (objectif), c’est la sécurité sociale, avec la priorité donnée à la Santé". Le cap était ainsi fixé, englobé dans un "pacte de solidarité" avec d’immenses défis (loi de santé publique, réforme hospitalière, bioéthique, stratégie nationale de santé, financement de la protection sociale,…) : la santé sera une des trois priorités du Premier ministre Valls.

Même s’il semble évident qu’un ministre aura la Santé dans son champ d’action, comment peut-on afficher un objectif comme prioritaire le lundi pour en supprimer toute représentation gouvernementale le mercredi suivant ? Marisol Touraine n’est donc plus ministre des Affaires sociales et de la Santé mais simplement des Affaires sociales. Le portefeuille de la santé semble s’être volatilisé.

La Santé, priorité des priorités, ne figurera plus au fronton du ministère. Les professionnels du milieu et les patients apprécieront. Une erreur ? Improbable. Un oubli ? Impensable ! Le ministère de la Santé vient tout simplement de disparaître, et ce n’était plus arrivé depuis plus de 10 ans (Bernard Kouchner était à l’époque ministre délégué à la Santé avec pour tutelle un ministère de l’Emploi et de la Solidarité). L’entourage de feu la ministre de la Santé s’est empressé d’indiquer que le périmètre de compétences ne changeait pas, la Santé compris. Il n’est ainsi pas exclut une possible nomination d’un(e) ministre délégué(e) ou d’un(e) secrétaire d’État à la Santé. Mais le mal est fait. Même si madame Touraine reste en charge des Affaires sanitaires, la disparition de son titre retentit comme un gigantesque pied de nez fait à l’ensemble des acteurs du monde de la santé.

Un lien rompu entre les professionnels de la santé et leur ministre C’était dans ce climat qu’à l’automne 2012, les internes et les jeunes médecins étaient descendus massivement dans la rue pour faire entendre leurs difficultés, dénoncer des conditions de travail qui nécessairement impactaient la qualité des soins (des internes corvéables à merci dans les hôpitaux, non application du repos de sécurité après 24h de travail d’affilées,…) et refuser la création des réseaux de soins qui rompt cette relation si particulière entre un patient et son médecin. Après cette première phase de grande tension avec le ministère de la Santé (et de nombreux changements dans l’entourage de la ministre), le dialogue s’est progressivement instauré. Madame Touraine a peu à peu réussi à créer les conditions d’un dialogue notamment avec les jeunes professionnels. Un échange difficile parfois, avec peu d’actions concrètes. Mais un contact soutenu tout de même

Cette jeune génération de médecins, aux aspirations nouvelles, demeure vigilante aux signaux envoyés par "leur" ministre. La présence d’un ministère de la Santé de plein exercice semble ainsi une condition a priori nécessaire (mais certainement pas suffisante) pour nouer une relation avec les professionnels… de santé. Un abandon, même d’affichage, du ministère de la Santé, c’est quelque part rompre ce lien qui unit le monde de la santé avec leur ministre. Avec la disparition de son ministère, la santé ne semble exister que sous le prisme économique. Bercy n’est-il pas suffisant pour cela ? C’est ainsi les objectifs fondamentaux de la prévention et du soin aux malades qui semblent se volatiliser.

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