(fil-fax 11/04/14)
Au travers de 180 chefs-d’oeuvre pour une soixantaine d’artistes de renommée internationale l’exposition Cathédrales 1789-1914, un mythe moderne, visible au musée des Beaux arts de Rouen du 12 avril au 31 août, apporte une image précise et didactique de la place du monument architectural cathédrale dans l’imaginaire artistique du XVIIIème au XXème siècle. Peintures, sculptures, mobilier, bijoux, photographies, maquettes, littérature, cinéma, art contemporain sont les supports de ce qui apparaît comme une inépuisable source d’inspiration pour de nombreux écrivains, compositeurs, artistes plasticiens ou décorateurs.
La série mondialement connue que Claude Monet consacre à la cathédrale de Rouen est le centre tellurique et chronologique de l’exposition. Quatre majestueuses Cathédrales de l’impressionniste sont là. A la fois immobiles et vibrantes. « Je l’ai peinte (la série de 20 Cathédrales ndlr), dans un grand inconfort, en regardant par la fenêtre d’une boutique située en face de la cathédrale. Il n’y a donc rien d’intéressant à vous en dire, si ce n’est l’immense difficulté de la tâche, qu’il m’a fallu trois ans pour accomplir », commentait modestement en 1895 à leur sujet Claude Monet.
En amont, l’exposition débute au moment où le gothique reprend pied dans l’art. « Ignorée des artistes pendant plusieurs siècles la cathédrale gothique a connu au XIXème siècle une renaissance inattendue incarnant un symbole de prestige pour la monarchie ou un emblème de l’identité nationale de part et d’autre du Rhin », explique Sylvain Amic, directeur du musée des Beaux Arts. Il y a le couronnement des rois de France dans la cathédrale de Reims. Il y a le romantisme allemand et la cathédrale imaginaire et utopique de Karl Friedrich Schinkel (1815), dressée en contre-jour comme un phare spirituel sur un rocher au bord de la mer. On apprend plus avant que les premières représentations de la cathédrale de Rouen sont restées longtemps l’oeuvre d’artistes Britanniques. En l’occurrence David Roberts adopte déjà en 1831 l’angle de vue choisi 60 ans plus tard par Monet pour immortaliser la façade magistrale et lyrique de la cathédrale de Rouen. En aval du maître impressionniste, La cathédrale (1954) de Nicolas de Staël est magistralement disposée et naturellement éclairée. Il y a enfin à l’autre bout du parti pris chronologique des organisateurs les Démonétisations de François Morellet inspirées en 2008 des Cathédrales de Monet et réalisées spécialement pour le musée de Rouen. Minimisées à l’extrême, les architectures sur toile de sa série Lightly réduisent les cathédrales à des formes essentielles faites de tubes de néon verticaux.
Détournement d’image
Placée sous le patronage des Ministères des Affaires étrangères français et allemand et labellisée par la mission du Centenaire de la Première guerre mondiale, l’exposition consacre également une part importante à l’image des cathédrales utilisées à des fins de propagande. Depuis Goethe et Hugo jusqu’à la destruction guerrière en 1914 de la cathédrale de Reims. Une courte vidéo illustre la destruction dantesque et aveugle de cet édifice tour à tour perdu, pris et repris, par les belligérants. Raymond Fournier-Sarlovèze réalise vers 1915 un triptyque des Prêtres aux armes où l’on découvre la cathédrale en flammes et un cortège de blessés. Une autre toile de Fernand Sabatté de l’intérieur de La cathédrale d’Arras en ruine (1916) laisse deviner ces cathédrales en guerre saccagées les unes après les autres par un dieu Thor (forcément germanique et barbare) frappant de son marteau les cathédrales françaises.
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