Petroplus : « N’ayons plus peur des mots nationalisation et planification ! »

Nathalie Nail s’est rendu hier sur le site de Petroplus, l’occasion de s’adresser aux salariés en lutte depuis de nombreux mois, à l’heure où  est discuté le projet Bolloré.

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Pour tout vous dire, je suis un peu gênée d’intervenir aujourd’hui  devant vous car pendant d’autres campagnes électorales beaucoup sont venus vous faire des promesses et des grandes déclarations, ils vous ont parlé ré-industrialisation, développement, puis, les élections sont passées et ils sont devenus sourds à vos revendications, où sont-ils les fossoyeurs de l’industrie d’hier et d’aujourd’hui ? Alors oui je suis gênée, car je suis une femme politique engagée et alors que la politique est nécessaire à notre quotidien car elle conditionne nos vies, ceux-là ont fait tant de mal que votre déception est proportionnelle aux espoirs portés…

Alors je suis gênée pour eux, mais je n’ai pas honte, non je n’ai pas honte car je suis communiste… et  si j’interviens aujourd’hui devant vous, salariés de Petroplus, en tant qu’élue communiste et candidate sur la liste du Front de Gauche avec Yvon pour les élections européennes sur la liste conduite par mon camarade et ami député européen Jacky Hénin, c’est parce que nos combats, ceux que nous portons pour défendre le monde des salariés  sont en phase avec le vôtre !

Et je veux vous dire combien votre combat contre la rapacité financière, pour le développement et la sauvegarde de l’industrie du raffinage en France est un symbole, une illustration.

Ce combat, votre combat montre qu’en France les salariés, les techniciens, les ingénieurs portent dans le cœur et dans leurs consciences l’intérêt général. Oui vous avez des compétences, des savoir-faire, une intelligence collective et c’est malheureusement bien ce capitalisme parasitaire qui tente de les détruire, de vous détruire pour satisfaire les appétits des puissances financières.

Votre lutte elle n’est pas isolée. Partout en France et en Europe les salariés font face à ces logiques de casse, le cœur battant de notre pays qu’est l’industrie est enfoncé dans le dogme d’une concurrence aveugle.

Partout sur le continent les salariés luttent et s’organisent pour défendre leur outil de travail, pour défendre l’avenir de leur pays, car un pays sans industrie est un pays mort, dépendant des importations des pays émergents.

Si je peux vous assurer d’une chose, c’est que tous les élus de la liste Front de Gauche que vous enverrez à Bruxelles  seront d’ardent défenseurs de l’industrie, comme ils l’ont toujours été et nous sommes toujours disponibles pour échanger, créer avec vous les conditions du relèvement productif de notre pays.

Notre tête de liste, Jacky Hénin, siège depuis maintenant cinq ans au sein de la Commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Energie. Son action peut être ainsi résumée : sortir les politiques industrielles et énergétiques de la course au profit et de l’ornière de la concurrence….

Il a porté l’idée que notre appareil productif était nécessaire et que le dépecer pour des raisons financières n’était que folie. Aujourd’hui nous devons faire en sorte que ces idées soient portées majoritairement au Parlement Européen !

Bien souvent Jacky Hénin a interpellé la Commission européenne afin que le soutien public aux industries soit possible, il a déposé nombre d’amendements autorisant les collectivités locales à soutenir les projets de reprises coopératives par les salariés dans les entreprises en difficulté. Les socialistes alliés à la droite s’y sont opposés. En faisant grandir le score de notre liste, de votre liste, la concrétisation de tels projets sera possible, renforcer le nombre de parlementaires communistes et du Front de Gauche et de notre groupe est un enjeu pour la défense de tous les salariés.

Savez-vous qu’un jour, le Commissaire européen en charge de l’industrie a déclaré, en Commission de l’industrie ? « C’est le marché qui doit décider de qui doit vivre ou mourir ».

Au-delà du cynisme, au-delà de l’injustice, il est clair que cette stratégie est inapte à protéger et à relancer nos empois industriels.  C’est pourtant cette vision qui guide toutes les actions de l’Union européenne avec la recherche de la sacro-sainte « compétitivité industrielle », objectif clé de la construction européenne depuis les années 1980 ; et pendant ce temps … notre appareil productif n’a fait que décliner, détruit par des parasites uniquement intéressés par la rentabilité maximum.

Au plan international, nos pays réunis dans le collectif de l’Union perdent du terrain face aux autres compétiteurs et les délocalisations continuent. Des dizaines de milliers d’emplois sont en jeux, des savoirs faire unique sont en passe de nous être dérobés, des territoires entiers vont se retrouver dans des situations sociales dramatiques…

L’industrie européenne a besoin d’autres réponses. Des réponses qui prennent d’abord en considération les besoins des salariés et des populations avant de répondre aux impératifs de rentabilité financière des groupes internationaux.

Certains secteurs devront être priorisé. Il s’agit notamment de la sidérurgie européenne, victime d’une vampirisation financière sans précédent mais aussi de l’énergie, et des technologies propres au niveau environnemental.

Et ici, dans notre département, le raffinage joue un rôle clé : dans un monde de tensions et d’oppositions, il ne serait pas simplement grave, il serait criminel pour l’avenir de notre pays et de nos populations de nous priver de capacités de raffinage. C’est important ici à Petit-Couronne, mais aussi à Notre-Dame-de-Gravenchon et à Gonfreville-l’Orcher.

Ce secteur est nécessaire pour nos populations et nos territoires, c’est pour cela que la reprise de Petroplus n’est pas que nécessaire, il s’agit, parmi d’autres, d’une priorité absolue !

Le projet Bolloré ne va pas dans ce sens, au contraire, il hypothèque encore plus l’avenir du raffinage en France, avec toute les conséquences néfastes qui sont liées et je pense entre-autre  au Port du Havre.

Comme vous dans de nombreuses entreprises, les forces vives existent qui réclament une alternative, qui aspirent à d’autres chemins pour permettre le redressement industriel en Europe. Les salariés avec leurs organisations syndicales portent des revendications très concrètes, et ont travaillé à des projets de reprise. Et vous salariés de chez Petroplus n’avez pas ménagé votre peine pour trouver des solutions : aujourd’hui le projet déposé par Terrae doit être examiné sérieusement !

Oui, pour retrouver le chemin du progrès et de la ré-industrialisation il faut sortir du tout marché, du cantonnement de la subvention publique à certains secteurs de pointe. Rappelons que les grandes réussites industrielles comme Airbus et Ariane n’ont pu se développer que par le soutien et la volonté politique des États membres.

Il est nécessaire de proposer un plan de relance industriel dans notre pays et en Europe. Salariés, élus, citoyens, tous doivent être associés à la définition des enjeux et des besoins d’aujourd’hui et de demain et tous doivent être associés aux objectifs à atteindre.

Le politique doit reprendre la main sur les marchés financiers, c’est bien là la seule manière de développer l’industrie dont nous avons besoin.

N’ayons pas peur de dire qu’il existe des dumpings auxquels il faut mettre fin !
N’ayons plus peur des mots nationalisation et planification !

Partir des  besoins des populations et des territoires et définir démocratiquement et collectivement les objectifs pour mieux les satisfaire, voilà une perspective d’avenir pour la l’industrie européenne général et le raffinage en particulier, c’est celle-là que nous défendons !

Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : Petroplus : « N’ayons plus peur des mots nationalisation et planification ! »

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