(fil-fax 28/05/14)
2012 avait été une année de « décrochage », 2013 aura été celle de « la crise installée ». François Gitton, chef du service Etudes de l’Insee de Haute-Normandie, résume par ces deux formules le Bilan économique des deux dernières années en présentant celui de l’année passée. 2013 a été « une année difficile, très difficile », sur le marché du travail, même si d’autres indicateurs « sont plus nuancés ». L’emploi salarié qui a perdu 5.700 emplois recule plus en Haute-Normandie (-1,4%) qu’en France métropolitaine (-0,2%). Le chômage de longue durée explose : à la fin 2013, un demandeur d’emploi sur deux est inscrit à Pôle-emploi depuis plus d’un an et un sur quatre depuis plus de deux ans. Trois secteurs sont particulièrement concernés. La construction qui est la plus touchée en raison d’une chute des mises en chantier a perdu 1.500 salariés en 2013 (-3,4% contre -1,8% en France) après 1.800 salariés en 2012. L’hôtellerie restauration a vécu une « année noire », comme l’ensemble des activités du tertiaire (-3.600 salariés hors interim). Le commerce (-1,8% de salariés) a subi la répercussion de la baisse du pouvoir d’achat des ménages. En revanche, l’industrie haut-normande souffre moins qu’en moyenne nationale, notamment l’agro-industrie. L’ouverture internationale de l’économie régionale lui permet de mieux réagir à la reprise de la croissance dans le monde. Les activités portuaires sont dans une bonne dynamique, notamment sur les points forts de chaque établissement : les conteneurs pour Le Havre, les céréales pour Rouen. A cela s’ajoute maintenant un afflux de touristes plus importants pendant l’été 2013 en raison d’événements particuliers comme l’Armada. En revanche on observe hors saison, un tassement de l’activité hôtelière.
En Haute-Normandie, « on est passé au-dessus de la ligne de flottaison pour la production. Malheureusement, c’est sans conséquence pour l’emploi », constate François Gitton.
2013 a été malheureusement remarquable par une installation du chômage de très longue durée, une augmentation du nombre de personnes inscrites à Pôle-emploi depuis plus de deux ans, ce qui témoigne d’un retour à l’emploi « toujours plus long et plus difficile ». Sur un an, les trois catégories A, B et C confondues, le nombre des inscrits depuis plus d’un an a progressé de 11,8% et s’établissait à 72.000, soit près de la moitié des demandeurs d’emploi (46,1%). Celui des personnes inscrites depuis plus de deux ans a augmenté de 25%.
Moins d’auto-entrepreneurs, plus d’Eirl
Le fort repli de nouvelles auto-entreprises (-18,4%) explique une baisse du nombre total de créations en 2013. En revanche, les créations d’entreprises individuelles à responsabilité limitée (Eirl) a fortement progressé (+19,1%), une poussée qui est une des plus fortes parmi les 22 régions métropolitaines. Sans pouvoir si elles seront pérennes, l’Insee a constaté les plus fortes hausses dans le secteur de la construction, et les services aux particuliers, plus particulièrement les soins de beauté et la coiffure.
Toutes formes d’entreprises confondues, les défaillances sont en forte augmentation et progressent plus qu’ailleurs (+12,7% contre 2,1% pour la France). Le plus fort mouvement de défaillances concerne les services de proximité, le commerce y prend une large part.