Le livre dans les oreilles

Les bibliothèques municipales disposent de 500 livres audio. Encore peu utilisée, cette manière de "lire" tout en vacant à ses occupations, en voiture ou dans le lit, gagne des adeptes. "Au lieu de lire des pavés, j’emprunte des livres sonores, j’écoute ça la nuit, tranquillement." Ahmed Amejdki a écumé le rayon des livres audio de la bibliothèque Elsa-Triolet. Il a "écouté" les dizaines d’heures de "La Contrehistoire de la philosophie de Michel Onfray", "un contestataire, c’est toujours bon à prendre", sourit-il. Sont également passés par ses oreilles un cycle de conférences sur l’islam au Collège de France. – "C’était avant les révolutions arabes, ajoute-t-il, c’est étonnant de voir comment toutes ces sommités intellectuelles se sont trompées !" – et tant d’autres livres, comme ceux de Robert Badinter ou de Le Corbusier… "Plus facile d’accès et plus ludique", raconte ce lecteur, par ailleurs grand consommateur d’ouvrages papier, le livre audio permet de "lire" des textes que nous n’oserions peut-être pas aborder autrement.
François Appert est, comme son concitoyen stéphanais, un fervent "écouteur" de Michel Onfray et admet être un peu tombé par hasard dans la marmite sonore, "mais quand on y a goûté, on ne peut plus s’en passer". Il écoute les CD de la bibliothèque lorsqu’il bricole ou lors de ses déplacements professionnels en Allemagne. "J’ai de longues heures de route, c’est l’idéal pour écouter Onfray."
Ces deux "audio-lecteurs" stéphanais avouent également avoir un intérêt particulier pour la voix des lecteurs. "Jankélévitch a une voix qui vous transporte, apprécie Ahmed, j’aime aussi la voix d’Hubert Reeves." Les textes lus par des comédiens ouvrent pour leur part sur des univers différents, explique Ahmed, "l’acteur André Dussollier lisant Proust, ça donne de la valeur ajoutée au texte".
Pascale, l’épouse de François, raconte être passée du papier au sonore sur un même livre, "ça prenait d’un coup une dimension différente". Sans compter que le livre audio laisse les mains libres pendant ce temps-là. "Ils permettent de faire deux choses à la fois, ça aide à faire passer les corvées comme le repassage, par exemple." Chacun trouve ainsi l’usage personnel qu’il peut faire de cette littérature dans le creux de l’oreille. Ahmed confie s’en servir comme somnifère et s’être endormi sur des textes de Léopold Sédar Senghor ou de Blaise Pascal. "Ça remplace les somnifères et je dors comme un bébé."
Les usages qu’on peut faire du livre audio sont donc assez étendus, et, comme le souligne avec humour Ahmed, les livres audio peuvent parfois, et sans danger pour la santé, remplacer la pharmacopée. Mais de là à ce qu’ils soient remboursés par la sécurité sociale, c’est une autre histoire. Une chose demeure toutefois certaine, assure François: "Les livres audio ne remplacent pas le livre papier, c’est quelque chose en plus!"

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