Le MuMa met à l’honneur les paysages de Nicolas de Staël

(fil-fax 07/06/14)

Des superpositions de carrés gris, des rouges étalés en aplats, des rectangles jaunes ou bleus. La mer est vert amande, la terre jaune vif ou pourpre dans ces paysages normands ou du sud de l’Italie : 130 œuvres de Nicolas de Staël réalisées les trois dernières années de sa courte vie (1914-1955) sont exposées par le MuMa du Havre, prêtées par des musées français, allemands et américains ainsi que des collectionneurs privés. Pour fêter le centenaire de la naissance du peintre, si l’exposition d’Antibes est dédiée à « La figure à nu », au Havre, le thème du paysage s’imposait : l’une de ses œuvres ultimes, offerte au musée en 2009 dans le cadre de la donation de la collection d’Edouard Senn, est Paysage, Antibes, 1955.

« Il faut travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience », disait le peintre, en recherche permanente. On le croit, à voir la diversité des techniques, compositions, lumières, tonalités. Le parcours chronologique commence en 1951, année charnière : de Staël a vendu une toile au musée national d’art moderne de Paris, obtenu la nationalité française, il expose à New York, a vu les mosaïques de Ravenne et rencontré le poète René Char. Il laisse les entrecroisements de droites et d’obliques pour libérer l’espace, le construire en aplats de couleurs, avec une ligne d’horizon et un ciel. Il veut aussi « s’intéresser à la matière en mouvement ». Le sujet revient, mais ces Toits, 1952 sont aussi un Ciel de Dieppe. La peinture doit être « abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace ».

Il y a les gris et les bleus du Nord et de la côte normande où il visite son ami Braque, avec une juxtaposition d’horizontales et de grands ciels inspirés des peintres hollandais du XVIIe. Puis l’épisode solaire de la Sicile où il voyage avec femme et enfants, croque les paysages qu’il peindra plus tard avec des couleurs qui flamboient dans une profusion de jaunes, rouges et violets (Agrigente, 1954). La composition s’ordonne par blocs de formes massives quasi totémiques (Figures au bord de la mer, 1952) ou en verticales (Les mâts, 1954).

Au couteau, à la brosse, il triture sa pâte rugueuse, épaisse, accidentée puis la dilue, allège la matière, préfère le pinceau, étale la couleur à la gaze imbibée, se fait plus figuratif (Le Port de Dunkerque, 1954). Et cherche, écrit-il, « l’abouti de la transparence ». A Antibes, les formats sont monumentaux. Sur Les Mouettes, 1955, une aile ne devient-elle pas cette silhouette de femme, Nu couché bleu, 1955, du musée Picasso d’Antibes ? Là, en mars, Nicolas Vladimirovitch de Staëlvon Holstein, né à Saint-Pétersbourg, fils d’un général du régime impérial chassé de Russie par la révolution de 1917, orphelin à 8 ans, recueilli en Belgique, fou d’une passion malheureuse se jette du haut de son atelier, à 41 ans.

• Lumières du Nord – Lumières du Sud. Du 7 juin au 9 novembre 2014. MuMa Le Havre.

Viennent de paraître 

  • Nicolas de Staël Lumières du Nord / Lumières du sud
    Catalogue de l’exposition Editions Gallimard. 224 pages. 29 €
  • Nicolas de Staël ciels, terres, mers
    Jean-Louis Andral, directeur du musée Picasso d’Antibes. Présentation chronologique avec 23 illustrations d’œuvres dont beaucoup viennent de collections particulières et extraits des correspondances du peintre. Editions des falaises. 64 pages. 19 €

 

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