La ville du Havre a perdu un habitant sur cinq depuis 1975

(fil-fax 13/06/14)

Le Havre comptait 218.000 habitants en 1975. Elle était alors la onzième ville de France devant Rennes et Montpellier et juste derrière Lille. Quarante ans plus tard, elle n’apparaît plus qu’à la quatorzième place avec 176.000 habitants. Certes cette tendance n’est pas rare : la moitié des trente premières villes françaises ont vu leur population intra muros diminuer depuis 1975. Mais c’est au Havre que le phénomène a pris le plus d’ampleur avec une perte de 42.000 habitants, soit un sur cinq, juste après Saint-Etienne. Ce constat connu que vient d’analyser, dans le détail, l’Insee, prend d’autant plus de relief que ce recul ne profite pas aux communes de sa périphérie. L’aire urbaine du Havre a perdu 7.000 habitants alors que la quasi-totalité de celles des autres grandes villes en ont gagnés. Malgré ce recul le nombre de ménages a continué de progresser au Havre avant de se stabiliser ces dernières années. Ce phénomène se nourrit de l’augmentation des séparations, d’une mise en couple plus tardive et surtout du vieillissement de la population.

Ce comportement atypique ne s’explique pas par un manque de vitalité de la démographie naturelle. L’indice de fécondité havrais est même sensiblement supérieur à la moyenne nationale (2,1 enfants par femme contre 2,0). L’origine est à chercher dans le déficit migratoire qui sur la longue durée apparaît comme spectaculaire. Le Havre a perdu 2% de sa population par an par l’unique effet du solde migratoire entre 1975 et 1982 et 1% depuis. Même constat à l’échelle de l’aire urbaine : celle-ci a enregistré ces dernières années 28.000 sorties contre 18.000 entrées soit une perte de 10.000 habitants par an. Ce solde migratoire négatif profite au reste de la Haute-Normandie pour 37% (surtout des jeunes familles), aux régions du sud et de l’ouest pour 50% (toutes tranches d’âge) et à l’Ile de France pour 12% (plutôt des jeunes actifs). L’Insee note que ce solde migratoire est déficitaire ou à peine équilibré à tous les âges, sans exception, mais qu’il est relativement plus important parmi les jeunes. Alors que les autres villes attirent les jeunes avec un solde très largement positif, allant de 20 à 40%, Le Havre affiche un solde légèrement déficitaire. Si la ville avait un comportement similaire, elle gagnerait entre 1.000 et 2.000 jeunes par an. Pour expliquer ce phénomène l’Insee évoque l’attractivité de l’université « qui peut être mise en question » ou la situation géographique « excentrée » du Havre.

• Perspectives démographiques de l’Agglomération havraise à l’horizon 2030, Insee, dossier d’aval, mai 2014.

165.000 habitants à l’horizon 2030

Si ces tendances perduraient, la population de la ville seule tomberait autour de 165.000 habitants à l’horizon 2030. Le nombre de ménages baisserait sur la ville du Havre (- 600 par rapport à 2010) resterait stable sur le territoire de la Codah et progresserait à l’échelle de l’aire urbaine (+ 6.600). Des scénarii plus volontaristes font état sur cette période de 183.000 à 195.000 habitants, soit 400 à 700 ménages de plus par an sur la ville, qui n’induiraient pas des efforts de construction « très importants » selon l’Insee, au regard des décennies précédentes.

Selon le scénario tendanciel, les effectifs scolarisés diminueraient de 7 à 10% selon les tranches d’âge dans l’aire urbaine et de 14 à 16% dans la ville du Havre. Le nombre des personnes âgées augmenterait, comme partout ailleurs, pour atteindre la proportion de 29% contre 23% aujourd’hui à l’échelle de l’aire urbaine. Ce vieillissement serait toutefois moins sensible sur la ville du havre que dans les territoires péri-urbains. On recenserait 6.000 seniors de plus sur la ville du Havre, 12.000 de plus sur la Codah et 18.000 de plus sur l’aire urbaine. Les naissances baisseraient passant de 2.660 en 2010 sur la ville à 2.250 en 2030 et de 3.950 à 3.500 sur l’aire urbaine.

Enfin concernant les actifs, ils tomberaient de 132.000 en 2008 à 125.000 en 2025 sur l’aire urbaine, soit une perte de 400 par an. Si ce scénario se confirmait, il pourrait se traduire « par une forme de décompression du marché du travail local », dit l’Insee. Un mal pour un bien.

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