(fil-fax 12/06/14)
Le groupe de quinze géographes qui s’est mobilisé en faveur de la réunification de la Normandie vient de publier un nouveau texte sur la nécessité « d’inventer » une métropole pour la future région à partir des agglomérations de Rouen, de Caen et du Havre. Ils plaident pour « un moteur urbain puissant entraînant tout son territoire et créant une dynamique propre supérieure à ce que chacune des villes existantes ne peut faire ».
Ces géographes parmi lesquels Bruno Lecoquierre, Madeleine Brocard, Michel Bussi, Gérard Granier ou encore Sophie de Ruffray soulignent la singularité de la Normandie où trois agglomérations coexistent à moins d’une heure l’une des autres, avec chacune plus de 200.000 habitants. « Une telle configuration (…) se retrouve peu tant en France qu’à l’étranger ». Ils citent a contrario le cas de la Randstad hollandaise qui réunit Leyde, Amsterdam, La Haye, Rotterdam, Utrecht et Harlem. Cette configuration génère des inconvénients (étalements urbains, concurrence dans la captation d’activités…) mais aussi des avantages (activités complémentaires, réservoirs de ressources humaines, diversité et richesse des cadres de vie…).
L’un des fils conducteurs de la démarche est de tirer avantage de la proximité des trois villes entre-elles et avec Paris. Selon eux l’effort doit porter par exemple sur les capacités d’échanges immatériels ainsi que des personnes et des marchandises. « L’objectif d’un transport collectif tous modes, intervilles, cadencé toutes les 30 mn est un objectif réaliste à court terme », écrivent-ils. Mais il doit aussi s’exercer dans le domaine universitaire, dans celui de la santé ou de l’économie avec en particulier le développement du fluvio-maritime, une question « trop absente », disent-ils du débat autour de la liaison ferrée Paris-Normandie. A leurs yeux il faut aussi considérer qu’entre les trois villes l’espace n’est pas vide mais plein. « D’Etretat à Courseulles, le littoral quasi continuement occupé de communes de plus en plus liées entre elles, constitue la villégiature et la promenade privilégiée (…) des habitants, urbains comme ruraux, du triangle ».
• La Normandie en débat, une métropole à inventer, n°2, juin 2014.
La « fausse » question de la capitale
Dans ce texte, ces géographes abordent le sujet délicat de la capitale. Pour aussitôt dire qu’il s’agit d’une « fausse question » qui « coupe les jarrets de toute démarche concertée ». Ils estiment qu’elle a déjà conduit en 1956 « à découper deux régions de programme pour sortir du casse-tête Caen-Rouen ». A leurs yeux, la question est d’autant plus fausse aujourd’hui qu’il n’existe pas de métropole en Normandie au sens où ils l’entendent. Selon eux, le terme administratif métropole qui désigne depuis peu les grandes agglomérations françaises, dont Rouen, ne prend en compte que « le simple critère démographique » et pas « leurs capacités à exercer des fonctions supérieures, à polariser une aire d’influence étendue et à s’intégrer dans les grands réseaux internationaux ». Ils estiment enfin que la répartition des fonctions de pouvoir entre les trois villes qui découlerait de ce choix ne serait pas une difficulté à l’aune des réseaux d’aujourd’hui.