Christophe Callat, 46 ans, est, avec deux associés, à la tête d’une grosse étude notariale à Elbeuf. Une affaire sans histoire jusqu’à ce coup de tonnerre mardi 24 juin : le placement en garde à vue de l’officier ministériel, pour être entendu dans une affaire d’escroquerie, d’abus de confiance et de détournements.
Une ex-comptable de l’étude, mise en cause elle-même dans des détournements au préjudice de son employeur (le montant est estimé par les enquêteurs à 1 280 000€), accuse Christophe Callat d’avoir exigé des « enveloppes » de sa part en échange de son silence, autrement dit de s’être transformé en maître-chanteur.
D’abord, Me Christophe Callat a tenu à préciser que le pot aux roses a été découvert en juin 2013 non pas par la Chambre des notaires, mais grâce à un audit qu’il a lui même confié à un expert comptable indépendant, après avoir constaté des anomalies dans la comptabilité de son étude.
« Depuis plusieurs années, il y avait des signaux d’alerte qui disaient que la comptabilité posait problème. A cette époque, Me Callat avait suggéré la mise en place d’un système informatique pour vérifier et pour régulariser ce problème par le jeu de rapprochements bancaires. Mais la personne chargée de la comptablité s’y est toujours opposée. On a mieux compris pourquoi lorsque en juin 1993 l’audit a révélé des détournements », souligne Me Frédéric Caulier.
Selon lui et son avocat, cette employée d’une cinquantaine d’années aurait mis en place un système de détournement relativement simple qui consistait à puiser des sommes d’argent plus ou moins importantes dans les dossiers de succession en attente. La mise en cause présumée endossait les chèques à son nom et les déposait sur ses comptes personnels qu’elle avait ouverts dans deux établissements bancaires. L’enquête aurait permis d’établir qu’elle détournait entre 6 000 et 7 000€ par mois, depuis au moins plus de vingt ans !
Lors de sa garde à vue qui a duré 29 heures en début de semaine dernière, le notaire a pu s’expliquer sur un certain nombre de points. A commencer par son train de vie confortable, ses investissements immobiliers et les flux financiers qui apparaissent sur ses comptes bancaires. Les policiers ont procédé à des perquisitions à son domicile et à l’office notarial.
Pour autant, Me Christophe Callat devrait être réentendu par les policiers dans les prochains jours. Il n’est pas exclu qu’il soit alors soumis à une confrontation avec son accusatrice. Il appartiendra ensuite au juge d’instruction, au vu des pièces du dossier, de prononcer ou non une mise en examen du notaire et son renvoi devant le tribunal correctionnel.