(fil-fax 27/09/14)
L’économie circulaire pourrait être la clé d’une bonne croissance en « créant de la performance », a-t-on entendu vendredi à Rouen lors des premières Assises régionales de ce concept où la production de biens et de services est indissociable d’une consommation la plus faible possible de matières premières, d’eau et de sources d’énergie. La clé est le réemploi, le recyclage, l’échange… Mais attention, le modèle économique n’a rien d’une rêverie utopique…
« Nous voulons démontrer aux entreprises qu’elles y trouveront de la valeur ajoutée », a lancé devant une assistance composée en bonne partie de dirigeants d’entreprise, le président-fondateur de l’Institut de l’Economie Circulaire, François-Michel Lambert, député EELV des Bouches-du-Rhône. Voulues par le président du conseil régional, le socialiste Nicolas Mayer-Rossignol, et le vice-président écologiste Claude Taleb, ces assises étaient les premières organisées en région depuis les Assises nationales de juin 2014.
Un des premiers exemples d’économie circulaire pourrait remonter à 1977, dans la plaine industrielle du Havre où des entreprises se sont regroupées sous la bannière de l’Etat pour réaliser une usine de valorisation énergétique de déchets spéciaux à une époque où la mise en décharge commençait à devenir socialement insupportable. Aujourd’hui, la SEDIBEX (Société d’élimination de déchets industriels de Basse-Seine) exploitée par Veolia Propreté est implantée à Sandouville, produit 250.000 tonnes de vapeur et plus de 6 millions de KwH par an. « Demain on peut imaginer toutes les pistes, recycler les molécules », envisage son président, Bertrand Bellanger. On pense notamment à la réalisation d’un site pilote pour la production de gaz carbonique à partir des rejets de CO2.
En partant du raisonnement simple où il ne faut pas jeter ce qui peut encore servir, sont apparus des programmes de recherche appliquée comme le cluster CosmétiLab à Evreux autour de la production de cosmétiques sans conservateurs. Ou encore le projet Valtex porté par les pôles de compétitivité Moveo et Nov@log pour le compte de Renault qui met en place une ingénierie d’éco-conception des matériaux utilisés dans l’automobile. Ce peut être également la Région de Haute-Normandie qui prend en compte le cycle de vie des vêtements professionnels des personnels ou la fiche environnementale des matériaux pour l’équipement des lycées (bois, peintures…). A la business school Neoma – Rouen-Reims, l’association intermédiaire ENVIE propose aux étudiants la location, la maintenance et l’enlèvement en fin d’année de leur réfrigérateur, lave-linge…
L’économie circulaire ne veut donc pas renvoyer l’image d’une économie de la pénurie. François-Michel Lambert, le député écologiste qui a passé plus de quinze ans comme cadre chez Pernod-Ricard, avertit qu’il faut aussi « repenser l’enseignement, notamment dans les écoles de management où la culture dominante est encore celle du gaspillage : je construis, je jette ».
En Haute-Normandie, le président du conseil régional, brandissant l’ambition d’être « première éco-région de France » place l’économie circulaire comme un des vecteurs « de la transition énergétique qui contribue à la fois à la qualité de l’environnement et à la dynamique économique du territoire ». La Région va d’ailleurs adhérer à l’Institut de l’Economie Circulaire. « Pour qu’elle soit dans les radars », précise Nicolas Mayer-Rossignol. Question d’image en quelque sorte.