Le numérique deviendrait-il incontournable dans le spectacle vivant ? 

(fil-fax 06/12/14)

Quand Frédéric Deslias, le chorégraphe et musicien caennais, déclare que« la plupart des jeunes préfère sonder l’avenir plutôt que d’aller vers le passé », il reflète le point de vue de nombreux jeunes créateurs de spectacle vivant qui placent le numérique au cœur de leur création artistique.

Il s’exprimait lors du colloque Hybridations organisé dans le cadre d’Automne en Normandie, dernière édition, dont le thème L’humain e(s)t l’artificiel, aura été incontestablement le plus novateur.

On y a vu une adaptation de La métamorphose de Kafka, du japonais Ozira Hirata avec un robot dans le rôle principal, ou encore la chorégraphe espagnole Blanca Li, qui fait évoluer ensemble danseurs et robots. Avec Germinal de Halory Georger et Antoine Defoort, les acteurs muets pendant la première demi-heure communiquent par le biais de leur clavier d’ordinateur et l’affichage de leurs dialogues sur écran. Fabien Prioville dans The smartphone project invite le spectateur à télécharger une application dans son téléphone portable pour être lui-même acteur d’un spectacle interactif. Frédéric Deslias invente un mutant bardé de capteurs biométriques et la création de Mourad Merzouki immerge ses danseurs hip hop dans les espaces virtuels créés par les vidéastes Adrien Mondot et Claire Bardainne.

Esotérisme, avant-gardisme zélé diront les puristes. Pourtant, en 2014, la place du numérique dans la création artistique est devenue incontournable et pose deux questions majeures. Du côté de “l’offre“ culturelle, l’évolution technologique élargit considérablement le champ de la création artistique. Elle bouleverse l’économie du spectacle vivant, contribue à la multiplication des partenariats qui conduisent à une création collective et interfèrent donc avec le droit de la propriété intellectuelle : qui est créateur d’une œuvre collective ?

Autre question posée, la création artistique numérisée saura-t-elle trouver un large public. Pour les générations les plus âgées, le téléphone portable sert avant tout… à téléphoner ; or, chez les ados, il n’est pas rare que le temps consacré à téléphoner ne dépasse pas 5% du temps d’usage global de l’appareil. Selon les générations ou les milieux culturels, le rapport au numérique diffère énormément, que ce soit pour la lecture, l’écriture ou le spectacle vivant tant les images de soi et les modes de vie diffèrent, malgré les modèles dominants.

Dans ce festival 2014, les puristes auront peut-être préféré Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, mais la mécanisation outrancière et le travail déshumanisé qu’engendre la société industrielle ne préfiguraient-ils pas les mutations contemporaines ?

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