
Le dossier sexe fait réagir. C'est bien. C'est ce à quoi devrait servir tout article d'informations. Tenter d'apprendre et apprendre davantage avec les réactions de protagonistes qui peuvent apporter des expertises ultérieures très intéressantes.
J'ai eu un bel échange mail avec le Dr Yvon Graïc, président du comité Seine-Maritime de la Ligue contre le cancer. Celui-ci m'indique avoir lu avec intérêt mon papier sur le sexe et la cancer du sein, mais tenait à apporter la précision suivante : "Concernant la reconstruction mammaire le mieux quand même c'est UN SEUL CHIRURGIEN oncologue plasticien et ceci dans un établissement public avec prise en charge 100% et éviter les dépassements d'honoraires (1800€) à Rouen !"
En effet, il semblerait que certains dépassement d'honoraires frôlent des sommes astronomiques pour des reconstructions… J'ai entendu parler d'un dépassement d'honoraires de presque 3000 euros pour un sein reconstruit par Diep sur Paris…
Bien sûr, j'ai été interpellée par cette idée de n'être suivie que par un seul chirurgien. Et Yvon Graïc d'enfoncer le clou : "Si je me fais faire un costume sur mesure je fais faire l'ensemble par le même tailleur ! Un même chirurgien pour une meilleure prise en charge car le chirurgien peut définir ses incisions en pensant d'emblée aux deux temps , ablation et reconstruction. Je vous donne ma position basée sur 30 ans d'expérience en senologie et les pratiques des centres spécialisés."
"J'ai pallié au plus urgent"
J'entends bien ce propos mais pour cela il faudrait être informée… "J'ai su le vendredi 13 septembre que j'avais le cancer, lui ai-je répondu. J'ai rencontré un excellent chirurgien (pas plasticien mais travaillant en étroite collaboration avec une équipe de plasticiens et aussi une équipe d'oncologues) 5 jours après, je n'ai pas cherché à comprendre, j'étais paniquée, je voulais me débarrasser de la "bête". Le cancer, pour la personne touchée, ce n'est pas un projet comme construire une maison. C'est une tuile qui vous tombe sur la tête et on veut à tout prix faire vite pour tenter de sauver sa peau. Les réflexions que je pose sur mon blog, je peux le faire car depuis bientôt 5 mois je suis seule 24 heures sur 24 avec moi-même pour réfléchir à la question, une fois que j'avais paré au plus pressé : me débarrasser du cancer !"
Ai-je commis des erreurs ? Je ne le crois pas. Je n'ai pas eu le temps de faire des devis, des comparatifs, j'ai suivi les conseils de ceux qui me semblaient mieux informés que moi. Je ne regrette rien. C'est ainsi que ça devait se dérouler en l'état où les choses se sont présentées à moi.
Le sexe : un pavé dans la mare ?
Et d'ajouter à propos des questions relatives au sexe, qu'il m'avait semblé avoir jeté par moment comme un pavé dans la mare. "Le problème vient sûrement aussi du fait que la majeure partie des structures voient les journalistes comme des médias porteurs de leurs infos, ai-je écrit au Dr Graïc, ce sur quoi elles veulent communiquer. Elles ont comme qui dirait perdu l'habitude d'être interpellées avec des questions dont elles n'ont pas préparé des réponses politiquement correctes.
Et c'est vrai que demander à des oncologues-chirurgiens-plasticiens-gynécologues, "euh, excusez-moi monsieur ou madame, comment ça va se passer pour moi dans le lit pendant et après mon cancer ?" semble incongru, presque déplacé. Alors que l'amour, c'est tout simplement la vie et que comme je le dis dans mon papier, ce cancer (du sein) est particulièrement symbolique de ce point de vue."
J'ai de la chance d'avoir travaillé sur moi-même (en analyse) et d'être mariée au même homme depuis 22 ans. Homme avec lequel je communique sans aucune barrière. Tout ceci fait que je suis une privilégiée de la communication. Ceci explique en partie ce blog que j'écris. Je suis surprise des retours ; tant de femmes et des hommes aussi (ex-malades, malades ou pas) me disent que mes mots résonnent en elles/eux et qu'ils semblent sortir de leur bouche, si bien que j'ai la sensation de pouvoir peut-être apporter, modestement, ma pierre à l'édifice.
Le Dr Graïc me disait l'autre jour au téléphone que le cancer serait d'ici 2020 une maladie chronique et c'est une bonne nouvelle, je trouve. "Un jour, moi, j'aimerais qu'on évoque le cancer autrement que comme un symbole de mort, de souffrances, de traitements difficiles, mais plutôt comme une étape de la vie, une parenthèse, qui redonne aux gens touchés le sens des priorités, l'envie de vivre mieux après, lui ai-je dit. Et l'amour physique aussi bien que moral doivent être pris en compte dans un ensemble. Ça se fait déjà avec les docs de la Ligue par exemple. Mais quel médecin en parle ? Quel patient se sent autorisé à en parler? Cela ne me semble pas incongru d'espérer cela. C'est comme ça en tout cas que je compte que les choses se passent pour moi."
Et toi lecteur, lectrice, ça te semble incongru d'en parler ?
Illustration : La penseuse de Kurtz