Normandie
Réunifier les deux Normandie ! Celle de Caen et celle de Rouen. Ce sont les premières régions citées lorsque les politiques parlent de réduire le millefeuille territorial français.
Un serpent de mer de quarante ans. Les Bas Normands, élus et citoyens, y sont plus favorables que les Hauts Normands. Nicolas Mayer-Rossignol, nouveau jeune président PS de la Haute-Normandie, aussi fabiusien que son prédécesseur, noie le poisson et propose une région Normandie-Picardie peu crédible. Joaquim Pueyo, député-maire d’Alençon, si près de la Sarthe, enchérit avec une Normandie-Maine.
Laurent Beauvais, président PS de la Basse-Normandie, pragmatique, appelle « à ne pas compliquer les choses » et « à commencer par les deux Normandie ».
Après l’annonce de François Hollande, hier matin, et une rencontre avec Manuel Valls, Laurent Beauvais sait que « le gouvernement veut aller vite. Il faut nous préparer. Je vois souvent le président haut normand. Comme le président de la République, je pense qu’il vaut mieux reporter les élections d’un an dans un cadre nouveau à douze régions que dans le cadre ancien à 22. Mais rien n’est encore décidé sur les périmètres. C’est un travail qui commence ».
Se posera très tôt le choix de la capitale. Les Hauts Normands n’imaginent pas un autre scénario que Rouen.
Les Bas Normands ne rejettent pas l’idée innovante de quinze géographes d’une métropole tripolaire avec un partage des institutions, administrations et sièges entre Caen, Rouen et Le Havre. Mais on n’en est pas encore là.
Bretagne
L’annonce d’une grande réforme des territoires a redonné bien des espoirs aux partisans de la réunification. Autrement dit, le retour de la Loire-Atlantique au sein des frontières de la Bretagne historique, celle à cinq départements. La revendication est ancienne. C’est sous le régime de Vichy que la Loire-Atlantique de l’époque, La Loire-Inférieure, fut enlevée à la Bretagne.
Depuis, les manifestations n’ont cessé, à Nantes en particulier, pour revendiquer cette Bretagne à cinq. Un sujet sur lequel les élus politiques bretons sont à peu près tous d’accord. Comme d’habitude, c’est à l’unanimité, en février, que le conseil régional de Bretagne a adopté à l’unanimité un voeu en faveur de la réunification. Mais si Pierrick Massiot, le président (PS) de la Bretagne, estime que cette réunification « va dans le sens de l’Histoire », son homologue des Pays de la Loire, Jacques Auxiette (PS), est vent debout contre cette perspective (lire plus bas).
Il n’y a pas que la réunification qui fait beaucoup parler en Bretagne, une région qui se verrait bien en laboratoire de la grande réforme territoriale. Jean-Jacques Urvoas, député (PS) du Finistère, a lancé l’idée d’une assemblée unique de Bretagne qui serait le fruit de la fusion du conseil régional et des quatre conseils généraux. Le projet fait son chemin. Le conseil régional, en tout cas, a lancé des études pour mesurer les conséquences d’une telle révolution territoriale.
Pays de la Loire
À chaque occasion, les partisans de la Bretagne historique à cinq départements (lire plus haut) rêvent d’en finir avec ces Pays de la Loire faits de bric et de broc… Mais un sondage Ipsos réalisé en 2013 a enseigné que deux tiers des habitants de la région étaient confiants dans l’avenir de leur territoire. Au printemps précédent, 93 % étaient contents de vivre ici et c’est en Loire-Atlantique qu’on exprimait la plus forte satisfaction.
En trente ans, la greffe a pris dans une région qui affiche de bons résultats. On y enregistre l’un des plus faibles taux de chômage et l’une des plus fortes progressions démographique avec 32 000 Ligériens nouveaux chaque année, dont la moitié de nouveaux arrivants. Le Grand fleuve a su créer des liens.
« C’est sûrement imparfait mais on a appris à travailler ensemble », constate Bruno Retailleau à la tête du conseil général de la Vendée. Il s’oppose à tout démembrement et n’entend pas se retrouver avec l’Aquitaine. Le Mayennais Jean Arthuis, lui, ne veut pas d’un exil à Orléans. Leurs homologues de la Sarthe et du Maine-et-Loire sont sur la même longueur d’onde.
Ces élus de droite et du centre préviennent que rien ne saurait se faire sans un référendum ouvert à l’ensemble des populations ligériennes. Jacques Auxiette, le président de Région PS, est très remonté contre François Hollande et « les penseurs parisiens qui coupent d’en haut quand il faudrait en finir avec les doublons de l’État ». Il est vent debout contre la « vision étriquée » du seul rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, mais accepte un mariage des Pays de la Loire avec sa voisine ou d’autres. Le Centre a dit chiche… En Pays de la Loire, un front droite-gauche est en passe de se constituer…
Xavier ORIOT, Didier GOURIN et Thierry BALLU.