Le nouveau conseil de la Crea est en ordre de marche. Pour cette mandature présidée par Frédéric Sanchez, la mission est claire: mettre l’agglomération rouennaise sur les rails de la future métropole. Il n’y aura pas eu de coup de théâtre lors de l’élection du président de la Crea. Pour les 156 conseillers communautaires réunis le 14 avril au hangar H2O à Rouen, il n’était pas tant question de contester la candidature unique de Frédéric Sanchez que de poser les jalons d’une feuille de route qui vise à la mise en œuvre par décret de la métropole en janvier 2015.
Signe encourageant, ce nouvel exécutif resserré autour de vingt vice-présidents mise sur l’ouverture. Et même si le Parti socialiste détient la majorité absolue avec treize sièges, il faudra compter avec deux vice-présidents pour le Front de gauche, deux pour la Droite républicaine, un pour Europe écologie Les Verts et deux sans étiquette. Aussitôt élu, Frédéric Sanchez s’est voulu rassurant en exprimant son souhait de "travailler avec tous les élus municipaux, du Trait à Elbeuf", issus des 71 communes qui composent la Crea. Il a également précisé les principaux enjeux de cette mandature durant laquelle il souhaite privilégier l’emploi, la qualité de vie et une gestion économe. Au-delà, le président de la Crea a affiché son ambition en faveur d’un projet qui assume "la compétition avec les autres territoires" et qui s’appuie sur une image attractive, clairement identifiée par une "marque". Projet phare dans ce registre, l’organisation d’une exposition internationale sur la mobilité durable dans le cadre de la prochaine Armada prévue en 2019.
Du côté de l’assistance, même si l’heure était d’une manière générale au consensus, plusieurs élus n’ont pas manqué de manifester leurs inquiétudes concernant un avenir bien incertain. Pour Jean-Marie Masson, au nom des sans étiquette, "le challenge reste encore de dévoiler les vertus de la métropole". Selon Gilbert Renard, pour la Droite républicaine, il faudra "être inventif" pour relever le défi d’une "gestion commune et rationalisée".
De son côté, Noël Levillain, au nom du groupe Front de gauche, a insisté sur la nécessité de rester "humble et de prendre la mesure du mécontentement qui s’est exprimé lors du scrutin municipal du 23 et du 30 mars. Car il nous appartient de bâtir le projet métropole au plus près des intérêts des communes".
Dans cet esprit, le maire, Hubert Wulfranc, troisième vice-président de la Crea en charge de l’habitat et de la politique de la ville, s’inscrit dans cette démarche où la vigilance est de rigueur. "L’une des questions majeures de cette mandature sera bien celle de la relation de la future métropole aux usagers et aux communes. Certes, les enjeux liés à l’économie, à l’écologie et à l’emploi ont été cernés. Mais il faudra être attentif à la méthode. Les projets communaux seront-ils respectés? Le maire conservera-t-il ses pouvoirs ?" Des pistes sont déjà à l’étude notamment avec un Plan local d’urbanisme intercommunal où la marge de décision du maire pourrait être rognée. Frédéric Sanchez lui-même
a évoqué lors de son élection la possible mutualisation des moyens entre la métropole et la Ville de Rouen. Et si ces transferts de moyens humains s’appliquaient demain à toutes les communes ? "Chaque ville risquerait alors de se dévitaliser et de perdre sa propre expertise de terrain. Or nous aurons toujours besoin d’interlocuteurs locaux qui savent ce qui est bon et juste pour la commune, répond Hubert Wulfranc. Parce que Saint-Étienne-du-Rouvray est au cœur d’enjeux majeurs à l’échelle de tout le territoire, avec des projets comme l’aménagement de la zone Seine Sud ou le contournement Est, nous pouvons prétendre à une véritable co-construction. Au final, tout dépendra de notre capacité à conjuguer les projets métropolitains et les projets locaux."