(fil-fax 24/06/14)
Le mouvement sportif normand célébrera lundi le 120ème anniversaire de la renaissance de l’Olympisme, en 1894. La cérémonie aura lieu au château de Mirville, qui appartient toujours à la famille du baron Pierre de Coubertin, le principal artisan de cette rénovation. La date célébrée correspond à l’organisation d’un congrès à la Sorbonne à Paris qui décida de créer le Comité international olympique (CIO) et de lancer deux ans plus tard, à Athènes, les premiers jeux de l’époque moderne. « On a un peu oublié que du point de vue patrimonial, culturel, historique et sportif, tout cela vient un peu de chez nous », souligne Didier Polin, président du Comité régional olympique et sportif (Cros) de Haute-Normandie.
Cette commémoration s’organisera autour d’un « fil conducteur », l’exposition Au cœur de l’Olympisme qui retrace l’histoire des JO, de l’Antiquité à Sotchi. Cette exposition qui compte une vingtaine de panneaux didactiques a déjà beaucoup circulé en France mais elle a été récemment actualisée. Après Mirville, elle a vocation, jusqu’en 2016, à se déplacer dans la région à Neufchâtel-en-Bray, au Havre, à Elbeuf… Cette commémoration aura d’autres prolongements avec le Tour pédestre de Mirville, les journées du patrimoine et le semi-marathon du Pays de Caux. La volonté est de « valoriser le territoire » qui a contribué à cette renaissance de l’Olympisme mais aussi plus généralement au développement du sport en France. Venus d’Angleterre, le football, mais aussi le tennis et le rugby se sont en effet acclimatés dans la pointe du Havre avant d’essaimer dans le reste du pays.
Le Cros profitera de la journée de lundi pour remettre à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris la partie des archives de Pierre de Coubertin stockée au château de Mirville. Elles comprennent des documents papier mais aussi des drapeaux, des flammes… Ces archives seront triées et analysées par Patrick Clastres, un historien du sport, enseignant de l’IEP.
Cette commémoration s’inscrit enfin dans une actualité : la fusion annoncée des deux régions normandes. Dans cette perspective, les deux présidents des Cros de Normandie signeront une convention mettant en place « la commission olympique de Normandie » préfigurant leur propre fusion. Cette mutation ne surgira pas ex nihilo : sur 70 ligues sportives, 30, parmi lesquelles le rugby, le tennis et la gymnastique sont déjà bi-régionales.
Une famille de l’aristocratie normande
Né à Paris en 1863 et mort à Lausanne en 1937, Pierre de Coubertin a partagé son enfance entre la capitale et le château de Mirville, la résidence d’été de la famille. Ce joli manoir aux proportions harmonieuses se situe dans un vallon menant à Bolbec, à l’ombre d’un viaduc de la ligne ferroviaire Paris-Le Havre.
La demeure venait non de la branche paternelle de la famille, les Fredy de Coubertin, mais de la branche maternelle, les Gigault de Crisenoy dont la légende dit qu’elle descendait d’un des compagnons du premier duc de Normandie Rollon. Elle fut vendue par son frère ainé Charles peu avant la mort de Pierre puis racheté dans les années 1960 par leurs neveux et petits-neveux qui s’attachèrent à perpétuer la mémoire de leur ancêtre.
Sportif, Pierre de Coubertin a passé la plus grande partie de son enfance, de sa jeunesse et le début de sa vie d’adulte dans cette partie de la Normandie. Propriétaire d’une maison à Sanvic, sur les hauteurs du Havre, il organisa le deuxième congrès olympique dans ce port en 1897. Il justifia alors le choix du lieu non par « les traditions familiales » – belle dénégation – mais par « le cosmopolitisme sain et le vibrant patriotisme de la cité », alors en pleine expansion. Ce congrès auquel participèrent essentiellement des Français ne resta pas dans les annales. Les débats ont tourné autour du thème Hygiène, pédagogie et histoire de l’exercice physique. Pierre de Coubertin voulait ainsi que soit reconnue la nécessité de « mener de front l’activité physique et l’activité cérébrale ».