D’une phrase, retour sur les méfaits des conseillers de quartiers. Mon journal quotidien (vous savez lequel) m’apprend qu’en plus de leur saccage du jardin Jean de Verrazane, lesdits s’attaquent à celui de l’Hôtel de Ville. On projette d’y installer des agrès, une table de pique-nique et autres inutilités en forme de supplices. A cette annonce, des usagers du jardin se sont plaint de l’état des allées. Paraît-il que les nids de poule abondent. A ceux-là, les fameux triolets ont répondu que l’état des allées n’était pas de leur compétence. On verra par là qu’ils connaissent leurs limites. Point final.
Ce qu’il faut dire aussi, c’est que le jardin de l’Hôtel de Ville est mal en point. C’est presque son image de marque. Vieux refrains : les feuilles mortes se ramassent à la pelle. Parce qu’au printemps, les nouveaux mariés viennent ici faire de la photographie ; plus tard, leurs enfants y font du toboggan. Et encore plus tard, devenus adolescents, ils y arrachent les fleurs. Au fil des saisons, les deux dragons chinois à nous offerts par la ville de Ningbo, se désolent. Ils songent à leur contrée natale et regrettent le palais d’été. Nous étions plus tranquilles sous le camarade Lin Piao disent-ils. Oui, tandis que sous le camarade Yvon Robert, n’est-ce pas, on doit se contenter de points de suspension.
Ainsi va le monde. Je sais que j’ai tort de gloser sur ces braves gens. Moi qui ne fait rien sinon râler devant mon clavier d’ordinateur, qui suis-je ? Faire le bel esprit ne coûte rien. Ma parole vacharde manque de légitimité. Tandis que les municipaux et leurs reîtres (voir ce mot) agissent plus qu’ils n’écrivent. Comme on dit : ils sont dans l’action. Ceci dispense de réfléchir. Ainsi du président Mao disant : on fonce, on verra après (pas certain de l’authenticité du propos). Etre homme ou femme d’action demande peu de capacité. Au pluriel ou au singulier. Nous autres, nous réfléchissons trop. Réfléchir trop, ce n’est pas assez.
Vous me voyez en conseiller de quartier ? Mes pauvres, je ne ferais rien. Incapable d’une décision, d’un choix, d’une résolution. Au lieu d’étudier les dossiers, je serais là à rêvasser, couper les cheveux en quatre, comme on dit : enculer les mouches. A supposer qu’un projet soit retenu, qu’une décision soit prise, aussitôt je regretterais. Alors, Yvon Robert serait fondé à me dire : Félix, tu ne sais pas ce que tu veux ! Et à par soi, murmurerait : ce garçon ne sera jamais maire de Rouen !
Tandis que Bruno Bertheuil, alors là, pardon, c’est comme si c’était fait. Un tour en Chine, trois riz cantonais, quatre canards laqués, et nous voilà avec des appareils de musculation dans nos squares. Vive Ningbo, vive la Chine et gloire à qui savez. Bruno Bertheuil en Chine, c’est Philippe Sollers et Roland Barthes réunis (la littérature en moins).
J’arrête là car je sens que mes références datent. Dame, l’âge ! Et puis on ne peut pas fêter le centenaire de la Grande Guerre tous les jours.