La propriété ne met pas à l’abri du mal – logement, montre la Fondation Abbé Pierre

http://www.viva.presse.fr/LE-MAL-LOGEMENT-ELSA_14874.html

La Fondation Abbé Pierre veut éviter tout malentendu : elle n’est pas contre l’accession à la propriété. Reste qu’elle dénonce, dans son 16ème rapport annuel sur le mal-logement, la volonté de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de faire d’abord « une France de propriétaires ». « Un gouvernement qui s’occupe de l’accession à la propriété, c’est normal. Mais la propriété est en train de démontrer le clivage » entre les plus modestes et les plus aisés, dénonçait, hier lors de la présentation du rapport, Patrick Doutreligne, délégué général à la Fondation Abbé Pierre.
Selon cette dernière, 3,6 millions de personnes sont non ou très mal logées, et plus de 8 millions se trouvent en situation de mal-logement ou risquent de s’y trouver.
Devant des centaines de représentants associatifs et politiques réunis au Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, la Fondation a également rappelé que le fait d’être propriétaire n’excluait paradoxalement pas du mal-logement.
Les prix étant bien souvent exorbitants en ville, les ménages les plus modestes optent pour des propriétés en zones rurales. Propriétés dont le faible coût s’explique parfois par un mauvais état et qui nécessitent des rénovations. Les ménages aux revenus trop modestes ne peuvent alors pas remettre leur habitat en état et se retrouvent coincés dans un logement insalubre, sans possibilité de le revendre pour se reloger ailleurs.
Une « caricature » selon le secrétaire d’État
Cette tendance à l’éloignement des villes contribue également à l’étalement urbain : 47,5 % des accédants ayant acheté dans le neuf entre 2002 et 2006 l’ont fait en zone rurale, contre 29 % au début des années 90. Avec ce que cela implique de négatif : pollution, importantes dépenses en déplacement (résultat, il n’est pas toujours plus économique d’aller s’installer loin des centre-villes) et manque de mixité sociale.
Présent lors de la présentation du rapport de la Fondation Abbé Pierre, Benoist Apparu, le secrétaire d’État au Logement, a tenté à dédramatiser la situation, parlant même de « caricature » à propos de la façon dont la Fondation présente les choses. Il a reconnu « la réalité et l’importance du mal-logement dans notre pays », mais a tenu à préciser que « pour une majorité de nos concitoyens, ils sont satisfaits de leur logement ». Tollé dans la salle, qui n’a pas trouvé la précision de très bon goût et n’a pas hésité à crier « carton rouge ! », en référence au slogan adopté par la Fondation.
Ce 1er février, date anniversaire du célèbre appel de l’abbé Pierre, marque le coup d’envoi d’une nouvelle campagne de la Fondation Abbé Pierre pour lutter contre le mal-logement. Pour la première fois, elle a mis en place un site collaboratif où tous les citoyens sont appelés à faire des propositions pour mettre un grand coup de frein au mal-logement. Un document de synthèse devrait être remis au gouvernement fin juin, afin de lui faire signer un contrat social logement.

[02.02.11]   Elsa Maudet
Propriétaires : le poids de la dette
90 % des Français estiment que la propriété est la meilleure solution de logement*. Mais l’accession à la propriété se fait de manière inégalitaire : les ménages les plus pauvres sont de moins en moins propriétaires (37 % des 20 % les plus modestes sont aujourd’hui concernés, contre 47 % en 1988), alors que les plus aisés le sont de plus en plus (65 % en 1988, contre 76 % aujourd’hui).
Et lorsqu’ils le deviennent, les ménages les plus modestes s’endettent bien plus que les plus aisés : l’emprunt représente 5,3 années de revenu pour les premiers au milieu des années 2000, contre 2,4 ans pour les plus aisés. De même, la part du budget consacrée au logement est de 42,8 % pour les plus pauvres, 21,3 % pour les plus riches.
*D’après une étude AvendreALouer.fr/OpinionWay du 25 août 2010.

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