Charles de Courson au Havre : Redresser les finances publiques en évitant l’explosion sociale.

Charles de Courson a animé une conférence au Havre lundi 31 janvier sur le thème "les français face à la Crise". Député du Nouveau Centre et Vice-Président de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, Charles de Courson est connu et redouté pour son franc parlé en matière budgétaire.
Selon le journal l’express "Charles de Courson fait l’unanimité à gauche comme à droite sur ses compétences pointues".
Au cours de cette conférence Charles de Courson décrypte la crise, ses remèdes ainsi que les enjeux de l’élection présidentielle de 2012.

Quelles sont les origines de la crise ?

1) La dérive du secteur bancaire et de la finance où la recherche de
bénéfice à court terme fut la règle. Ainsi la spéculation a représenté
60% des bénéfices des banques anglo-saxones mais "seulement" 40% des banques
françaises.

2) La vie à crédit des ménages américains dont l’épargne
est nulle. Les Français se distinguent des citoyens américains sur ce point,
probablement lié au moindre taux de propriétaires en France (58% des Francais
sont propriétaires contre 65% aux USA).
A propos de l’immobilier, Charles de Courson prévoit une
baisse de l’immobilier dans les années à venir compte tenu de la montée des
prix au-delà des capacités d’achat des Français.

3) La gestion des finances
publiques
.
Les Etats-Unis sont trés endettés au niveau national mais également
au niveau des états constituant les USA. Ainsi, la Californie est en quasi-
faillite.
La France présente un taux de 90% (de son budget) d’endettement. La
dette, détenue à 2/3 par des créanciers étrangers, ne peut dépasser le montant
du budget de la France sous peine de catastrophe.
Ainsi avec 1% de croissance,
l’endettement est stabilisé si le budget est à l’équilibre.
Avec moins de 1%
de croissance, le budget doit être excedentaire pour ne pas aggraver l’endettement.
Or il est déficitaire depuis l’élection de François Mitterand en 1981.
En effet,
le dernier budget à l’équilibre fut en 1980 sous un gouvernement centriste.

L’endettement français s’est constitué par une accumulation de déficit de
fonctionnement avec un budget d’investissement relativement faible de l’ordre
de 20 milliards/an.

La crise que nous vivons est une crise structurelle dont
les causes appartiennent à la même logique : privilégier le court terme et sacrifier
le long terme. Les efforts à entreprendre pour rétablir les comptes publics
sont vertigineux.

Quels ont été les remèdes mis en oeuvre
?

1) Sauver les banques pour sauver les épargnants. Ce sauvetage n’a pas
coûté à la France car les banques ont remboursé (avec intérêt) l’Etat des sommes
prêtées.

2) Réformer la taxe professionnelle qui, globalement, pèse moins
sur les entreprises et leur a donné une bouffée d’oxygène pour passer la crise.

3) Aider les ménages en difficulté grâce aux procédures d’aide au surendettement
et de faillite personnelle.

4) Réduire la dépense publique. Ainsi l’Etat
a diminué sa masse salariale de 150 000 fonctionnaires en 5 ans.
En Espagne,
en Angleterre les mesures sont beaucoup plus drastiques : baisse des salaires
des fonctionnaires, forte diminution des effectifs et diminution massive des
dépenses publiques.
L’Allemagne a augmenté les impôts et la TVA.

Quels sont les enjeux de l’élection présidentielle
?

Redresser les finances publiques par une augmentation des recettes de
l’Etat (voir ci-dessus) et une diminution indispensable des dépenses publiques.
La seule augmentation des impôts et autres taxes ne peut suffire à restaurer
les finances publiques. Chaque candidat devra se prononcer sur ces choix en
matière de fiscalité et de réduction de la dépense publique.

Jusqu’où aller
dans la solidarité ?
Eviter le déchirement du tissu social par des mesures
trop brutales. Le drame français consiste dans son incapacité à dégager une
entente sociale, un consensus sur des mesures à prendre (qu’elle quelles soient)
et le risque d’explosion sociale en période de crise est permanent.

Relancer
la croissance
par des mesures structurelles de croissance. En premier lieu restaurer
la compétitivité des entreprises francaises. La France a perdu 1/3 de ses positions
à l’exportation en 10 ans avec le risque de détruire le tissu des entreprises
françaises.
Le protectionnisme ?
Il serait naif de penser que les autres
pays ne prendront pas des mesures identiques envers les produits francais.
Relancer
la consommation ?
Ce type de mesure se traduira par une augmentation des
importations. Les bonnes solutions sont du côté de l’assouplissement du droit
du travail, la baisse du coût du travail et des mesures fiscales pour inciter
les investissements dans les entreprises.
D’autre part, des investissements
publics (dans des infrastructures par exemple) seront également indispensables
pour relancer la croissance. Le Japon a une croissance nulle car elle n’est
pas alimentée par des investissements structurants.

Relancer la construction
européenne
: il est trés étonnant que le thème de l’Europe ne soit pas plus
présent dans la campagne électorale. Charles de Courson est favorable à un fédéralisme
économique européen à partir d’un petit groupe de pays autour de la France et
l’Allemagne.

Sur le plan politique : Charles de Courson pense qu’un parti
centriste pourra se constituer après l’élection présidentielle à partir du Nouveau
Centre, du Modem et des Radicaux de l’UMP. Pour lui, Nicolas Sarkozy « souffre
de la classique usure du pouvoir, mais il est étonnamment combatif et déterminé
». François Hollande ? « Il est politiquement radical et aura beaucoup de
mal à contrôler ses alliés et les promesses qu’il a faites.
»

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