France-Rwanda : 18 ans d’impunité

Alors que le Rwanda s’apprête à commémorer le 18ème anniversaire
du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994, on peut constater 18 ans après que la
justice française n’a pas été aussi résolue et efficace que la justice
allemande, belge ou canadienne, notamment en ce qui concerne les génocidaires
présumés sur leurs territoires respectifs… L’association Survie a publié un communiqué sur ce problème
récurrent…

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France-Rwanda : Complicité française dans le génocide des
Tutsi, 18 ans d’impunité

Communiqué de l’association Survie, le 5 avril 2012

Le 7 avril prochain est le dix-huitième anniversaire du déclenchement du
génocide des Tutsi au Rwanda. Depuis 18 ans, aucun présumé génocidaire vivant
dans notre pays n’a encore été jugé, pas plus que leurs complices français.
Depuis 18 ans, Survie réitère ses revendications de vérité et de justice, et
demande l’instauration d’un véritable contrôle de la politique de la France en
Afrique.

L’instruction des six plaintes contre X, déposées en 2005 par des victimes
tutsi pour « complicité de génocide et complicité de crime contre
l’humanité », visant des militaires français ayant participé à l’opération
« humanitaire » Turquoise, pourrait continuer à être retardée si le
pôle judiciaire « génocides et crimes contre l’humanité », opérationnel
depuis le 1er janvier 2012, n’est pas rapidement doté de moyens plus
conséquents. Par ailleurs, des éléments essentiels permettant d’éclairer
l’implication française dans le génocide des Tutsi restent toujours couverts
par le secret défense. Un acteur aussi central que Paul Barril n’a toujours pas
vu son rôle, pendant et après le génocide, éclairci par la justice ou par des
parlementaires : il n’a même pas été entendu par la Mission d’Information
Parlementaire de 1998.

Le 10 janvier 2012, le rapport d’expertise sur l’attentat du 6 avril 1994,
remis aux juges Trévidic et Poux, a posé les bases d’une réorientation complète
de l’instruction sur l’événement qui servit de prétexte à un génocide planifié
depuis de longs mois. Les vives réactions à ce rapport de la part de plusieurs
acteurs de la politique menée par la France au Rwanda entre 1990 et 1994
témoignent une fois de plus que le génocide des Tutsi fait partie de l’histoire
de notre pays. Il apparaît de plus en plus clairement que nos concitoyens ont
été victimes de manipulations concernant tant l’identification des auteurs et
commanditaires de l’attentat, que le lien entre cet événement et le génocide.
L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a été
utilisée pendant des années par certaines personnalités du monde
journalistique, universitaire ou politique pour servir une désinformation
permettant de faire oublier ou de justifier la politique de soutien de
l’exécutif français aux génocidaires. Un soutien qui a perduré avant, pendant
et après le génocide. Un soutien confirmé par les nouveaux éléments qui n’ont
cessé d’apparaître ces dernières années, et qui jettent une lumière crue sur ce
scandale d’État.

Des citoyens français de plus en plus nombreux, maintenant rejoints par
certains partis politiques, estiment que le travail de vérité et de justice sur
ce passé douloureux est indispensable à notre démocratie. C’est aussi en
acceptant de regarder en face la page la plus sombre de la politique africaine
de la France que notre pays saura en tirer les conséquences et se doter
d’institutions renforcées, notamment par un véritable contrôle parlementaire.
Ce travail de vérité nécessite des parlementaires courageux.

Concernant le génocide des Tutsi au Rwanda, Survie demande :

  • une prise de position publique des partis politiques, à l’occasion des
    élections françaises de 2012, pour soutenir la recherche de la vérité sur
    l’implication française dans le génocide des Tutsi ;
  • la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la politique de la
    France au Rwanda, qui complétera le travail partiel de la Mission d’information
    parlementaire de 1998, pour déterminer les responsabilités politiques et
    militaires, et devra notamment obtenir et rendre publics les documents encore
    occultés par le pouvoir exécutif, ainsi que les archives de François
    Mitterrand ;
  • la dotation du pôle judiciaire spécialisé dans les crimes de guerre, crimes
    contre l’humanité, génocide et torture créé le 1er janvier 2012, en moyens
    permettant l’avancée sans délai de toutes les instructions liées au génocide
    des Tutsi du Rwanda : plaintes contre les présumés génocidaires présents
    sur notre sol et plaintes contre des militaires français de l’opération
    Turquoise ;
  • une justice indépendante des pressions politiques, en particulier dans
    l’instruction sur l’attentat du 6 avril 1994.
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