(fil-fax 28/11/12)
Elbeuf était ce dimanche plus que jamais une ville circassienne : le cirque Pinder Jean Richard proposait sa vision de ce spectacle vivant et ses animaux au moment même où le Cirque-théâtre accueillait l’Académie des arts du cirque de Tianjin dans le cadre d’Automne en Normandie auquel le public a rendu un accueil chaleureux.
Les circassiens chinois interprétaient Alice au pays des merveilles, revisité par Fabrice Melquiot. Celui-ci a doublement “adapté“ le roman de Lewis Carroll ; doublement car les adaptations au cinéma d’un roman comportent des dialogues plus ou moins inspirés du texte original alors qu’ici, le roman du britannique est devenu un spectacle sans texte. « J’ai écrit un canevas dramaturgique, une structure permettant d’imaginer les transpositions circassiennes des scènes du livre et insistant sur une Alice déplacée du centre de la terre au centre des villes », explique Fabrice Melquiot. « Ici, il n’y a pas de texte, on a versé le texte dans les corps, dans l’espace entre les corps, dans leur mouvement en scène », ajoute-t-il.
La technicité et la virtuosité des artistes chinois au service de cette volonté engendrent la magie, les enfants présents dans la salle en cet après-midi dominical adhèrent pleinement et se manifestent. Mais cette transposition d’Alice au sein de la grande ville chinoise d’aujourd’hui a aussi un sens, celui d’une ville sous le contrôle d’une reine qui inquiète par son exercice du pouvoir…
Autre lieu, autre thème dans cet automne 2012 « devant l’histoire » ; au Passage à Fécamp, c’est la question palestinienne qui est au cœur des interrogations de l’acteur palestinien de nationalité israélienne, Taher Najib, l’auteur de À portée de crachat mis en scène par Laurent Fréchuret. Mais celui-ci évacue volontairement le contexte politique lourd du conflit récurrent. Le crachat est un des sens d’un mot hébreu dont l’autre est le tir ; le crachat répété symbolise les tirs d’armes automatiques dans cet espace défini par des frontières alors que l’espace théâtral est infini. « Il est dans nos têtes, offert aux acteurs qui le parcourent et aux spectateurs qui le partagent » nous dit à l’issue du spectacle l’acteur unique Mounir Margoum, jeune français de parents maghrébins, issu du conservatoire National Supérieur d’art dramatique.
Les jeux de mots ironiques donnent sa force à un texte qui par l’humour s’immisce au sein des préjugés et se focalise sur la quête d’identité, bien servi par un acteur doté d’une excellente présence sur scène et d’un jeu efficace.
Les derniers spectacles :
• Mercredi 28 (20h30) jeudi 29 (20h) le Havre, le Volcan : Paul Desveaux et le Teatro San Martin de Buenos Aires : Sallinger
• Mercredi 28 (20h30), Saint Valéry, Rayon vert : Cie Ariadone/Carlotta Ikeda/Ko Murobushi, Un coup de don
• Mercredi 28 (20h), la Foudre, Petit Quevilly, O.Frjic : Un traître à sa patrie
• Jeudi 29 (20h), Eu, th du château : T.Williams/ J.de Charnacé : American blues
• Jeudi 29 (20h30), Vernon, esp Ph Auguste : Percussions de Strasbourg, Limbus Limbo
• Jeudi 29 Vend 30 (20h30), Evreux, le cadran : Ballet Preljocaj Ce que j’appelle oubli
