Le Département de l’Eure rachète la papeterie M-Real pour la céder à des repreneurs

(fil-fax 11/12/12)

Le Conseil général de l’Eure va racheter pour 22 millions d’euros le site de la papeterie M-Real d’Alizay (Eure) fermée en avril dernier pour le découper, dans la minute qui suit, en trois lots qui seront remis à des repreneurs. Le premier lot sera racheté pour quinze millions d’euros par le papetier Double A basé à Hong-Kong qui veut relancer l’activité d’origine, la fabrication de ramettes de papier A4. Le deuxième d’une valeur de trois millions d’euros sera loué, aux termes d’un bail emphytéotique de trente ans, au producteur français d’énergie Neoen, filiale du groupe Direct Energie qui exploitera la centrale bio-masse fournissant l’énergie aux machines. Le troisième destiné au développement de projets de long terme comme un port fluvial dédié aux vracs, en bord de Seine, reviendra pour quatre millions à l’Etablissement public foncier de Normandie (EPFN) qui sera chargé de son aménagement.

Cette transaction hors norme, qui doit être paraphée dans les prochains jours, est l’aboutissement de négociations discrètes entamées en août dernier. « La reprise de l’activité (…) démontre qu’il est possible d’agir pour sauvegarder les perspectives industrielles d’un territoire, les renouveler, et qu’il ne faut jamais renoncer », a déclaré lundi le président du conseil général Jean Louis Destans (PS) en présentant l’opération aux élus. De son côté, Gaëtan Levitre, maire et conseiller général PCF d’Alizay, n’a pas boudé son plaisir à l’annonce de cette « formidable » bonne nouvelle. « Aujourd’hui, il souffle bel et bien comme un vent de victoire sur notre territoire même si les évènements passés nous rappellent que la prudence et la vigilance sont de mises », a-t-il déclaré.

Selon l’intersyndicale CGT-CFE/CGC, présente sur les bancs du public, ce bref « portage » était la seule solution pour parvenir à une relance de l’activité. « M-Real éprouvait en effet énormément de difficultés à parler avec les repreneurs potentiels », a précisé Eric Lardeur, délégué CFDT. Il permet à l’industriel finlandais de simplifier et sécuriser sa vente en ayant un seul interlocuteur, qui plus est, une collectivité publique à la signature garantie. Pour l’intersyndicale, il ouvre la porte à un redémarrage à brève échéance des installations avec 150 à 200 salariés, un effectif qui pourrait être porté à moyen terme à 250, sur les 330 que comptait le site. « Mais ce qui nous intéresse, c’est que des projets industriels vont pouvoir à nouveau se développer sur le site », a estimé Eric Lardeur.

S’il est confirmé, ce sauvetage constituerait l’un des rares cas de victoire syndicale dans la région – avec La Chapelle Darblay dans les années 1980 – après l’annonce d’une fermeture. Pourtant personne ne croyait vraiment à une telle issue lorsque M-Real a fait part au printemps 2011 de son intention de se désengager du papier pour recentrer ses activités sur le carton d’emballage. Les choses paraissaient d’autant plus inéluctables que, l’année précédente, le groupe avait arrêté, sans coup férir, l’unité de production de pâte qui faisait vivre une centaine de salariés.

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