Le Football club de Saint-Étienne-du-Rouvray compte trois cents licenciés. Parmi eux, une vingtaine de vétérans. Chez ces joueurs, le nombre des années n'a en rien émoussé le plaisir de jouer et l'envie de gagner. Les week-ends précédents, les terrains de football avaient été déclarés impraticables. Mais en ce dernier dimanche de janvier, le ciel est dégagé et le mercure frôle les 10 degrés. Sur la pelouse, les vétérans du Football club de Saint-Étienne-du-Rouvray – en rouge – et leurs adversaires – en bleu –, venus de La Londe, s'affrontent pour un match de championnat. Les tribunes sont vides. Le public familial est resté à la maison. Peu importe, pour ces mordus du ballon rond, qui jouent le plus souvent depuis l'enfance, pas question de raccrocher les crampons. Sauf la mort dans l'âme quand le corps dit vraiment stop. Sur le banc de touche, plusieurs téléphones portables professionnels sont alignés. Certains joueurs d'astreinte sont susceptibles de quitter la partie en cas d'appel d'urgence.
Les plus jeunes ont la trentaine bien sonnée et les aînés pas loin de 60 ans. Si tous n'ont plus des physiques de grand sportif et si la vitesse de pointe, balle au pied, n'est parfois plus ce qu'elle était, l'envie, le plaisir de jouer et l'engagement sont bien au rendez-vous. "Et puis, il ne faut pas croire, les plus vieux compensent avec une meilleure vision du jeu et une plus grande technique", précise Cyril Andrieu, responsable technique du club qui ne perd pas une miette de la rencontre.
Reste que pour certains, passer chez les vétérans marque une étape dans un parcours sportif quand le physique, la famille ou le boulot ne permettent plus d'assurer les trois entraînements hebdomadaires, les matches et les déplacements en équipe seniors. L'effectif est conséquent, une bonne vingtaine de licenciés, et les joueurs plus facilement interchangeables. Cela donne la possibilité de faire relâche de temps en temps et de profiter pleinement d'une invitation à faire la fête le samedi soir.
Debout, au bord du terrain, les mains derrière le dos, le coach peste contre ses joueurs qui pourtant ont déjà mis trois buts au fond des filets des visiteurs. "Bon, d'accord, c'est un match de reprise, mais les gars ! Je m'emm… Le score est là, mais pas la manière, bougez-vous !" s'agace Joa Pereira. "Mourinho" – comme ses joueurs l'appellent, du nom du célèbre entraîneur du Real Madrid – peut toujours s'égosiller, il ne reçoit pour toute réponse que quelques sourires et des gestes fatalistes. D'ailleurs ses coups de gueule font partie du jeu. "Chez les vétérans, le rôle de l'entraîneur est évidemment moins éducatif que chez les jeunes. Je suis là pour faire tourner l'effectif, pour que tout le monde joue et puis pour les booster aussi."
Sur la pelouse, son relais auprès des joueurs c'est Abdel Farik, le capitaine : "Un titre qui n'a rien à voir avec mon niveau de jeu, mais plus avec mon caractère. J'ai un rôle de sage. La plupart du temps, le vétéran est râleur. Il n'accepte pas d'être moins bon physiquement alors… il râle. Ce n'est pas méchant, il faut juste que l'ambiance reste bonne. Mais quand on est “footeux”, quel que soit l'âge, on joue pour la gagne !" De ce côté-là, tout va bien pour l'équipe qui tutoie les cimes de son championnat.
Sur la pelouse, maçon, médecin, policier municipal, informaticien ou dentiste, tout le monde est logé à la même enseigne. Les marqueurs sociaux restent aux vestiaires. Ne se retrouvent sur le terrain que de grands enfants qui veulent se faire plaisir et quand même se mesurer à l'adversaire.
Au coup de sifflet final, la partie n'est pas encore complètement terminée. Reste encore la fameuse troisième mi-temps, à la buvette du club. "L'esprit vétéran, c'est un peu comme l'esprit rugby : il y a l'envie de gagner et le côté convivial de l'après-match qui est recherché", signale le coach.