La Ligne Nouvelle Paris-Normandie verra-t-elle le jour ? Au Havre, les élus de la majorité sont inquiets (photo d'illustration : Flickr/cc/Eric Lecaroubier).
Le devenir de la LNPN (Ligne Nouvelle Paris Normandie) inquiète les élus de la majorité du Havre. Lors du conseil municipal du lundi 11 mars, le groupe de la majorité municipale a formulé le vœu qu’elle reste la préoccupation première de la commission Mobilité 21, constituée au lendemain des élections présidentielles de mai 2012, chargée de hiérarchiser les projets inscrits dans le Schéma national des infrastructures de transport (SNIT).
Ce dernier comprend de nombreux projets de liaisons ferroviaires, routières et fluviales ainsi que des opérations d’intervention sur les réseaux existants. L’ampleur des investissements est évalué à 245 milliards d’euros (hors Grand Paris), sur 25 ans.
Verdict au printemps prochain
« Le niveau de participation de l’État nécessaire serait de l’ordre de 90 milliards d’euros, alors que les dépenses annuelles de l’État pour les infrastructures sont de l’ordre de 2 milliards. De même le SNIT prévoit 56 milliards d’euros à la charge des collectivités locales, ce qui est également hors de proportion. Le SNIT n’est pas compatible avec l’objectif de retour à l’équilibre des finances publiques », explique le gouvernement.
Pour la commission Mobilité 21, il convient maintenant de hiérarchiser et de définir les priorités. C’est au printemps que cette instance présidée par le maire de Caen, Philippe Duron, qui est aussi le président de l’Agence de financement des infrastructures de France, doit présenter ses conclusions. Sauf que la méthode retenue par la commission « Mobilité 21 » pour trier, parmi ces 70 projets, ceux qui doivent être prioritaires, inquiète le président de la Codah (Communauté d’Agglomération du Havre), qu’est Édouard Philippe.
Édouard Philippe, soucieux de la méthode
Dans un courrier en date du 26 février à Philippe Duron, il écrit :
« La méthode retenue pour parvenir à cette sélection suscite ma plus vive inquiétude. En effet, la diversité des projets inscrits au SNIT serait d’autant mieux appréciée par des auditions et avec des outils d’évaluation adaptés. Le formulaire que vous m’avez envoyé – totalement uniformisé – laisse craindre que la LNPN puisse être ramenée au rang d’un simple projet d’équipement parmi d’autres. »
L’élu regrette aussi que la commission n’ait pas souhaité auditionner les élus, de tous bords politiques, qui le lui avaient demandé. La majorité municipale du Havre relaie le message de la Codah, martelant que :
« La LNPN, c’est une réponse à la situation inacceptable que subissent les usagers normands. C’est, en outre, un projet national pour développer l’emploi et l’industrie. C’est enfin une chance en matière de développement durable . »
La Codah réserve, dès 2013, 5 millions d’euros à la LNPN
La LNPN n’est pas un équipement comme les autres, c’est vrai, ne serait-ce que par son coût de plus de 11 milliards d’euros.
« Mais diverses solutions de financement existent pour ce projet dont les externalités sont considérables », défend Édouard Philippe dans son courrier à l’intention du président de la commission Mobilité 21, « pour sa part, la CODAH a d’ores et déjà décidé l’inscription annuelle, à partir de 2013, de 5 millions d’euros à son budget afin de marquer son plein engagement. »
La majorité UMP du Havre témoigne de son assentiment entier à l’instauration d’une liaison Paris-Le Havre en 1h15. Elle pourrait être rassurée par les précédentes déclarations de Frédéric Cuvillier, le ministre des Transports qui confirmait en février dernier « la poursuite des études lancées par Réseau Ferré de France » sur la fameuse LNPN. Elle pourrait être rassurée aussi par les récents commentaires de Philippe Duron qui déclarait : « L’amélioration des conditions de desserte des grands ports maritimes ainsi que des conditions de transit des marchandises des principaux ports français, et notamment du Havre-Rouen, Marseille mais aussi Dunkerque, apparaît comme devoir être considérée comme une priorité. » Mais Codah et majorité municipale, par leurs écrits, prouvent qu’elles ne le sont pas.