
La République Centrafricaine vient de renouer avec ses pas si
vieux démons que ça : le pouvoir a changé à Bangui suite à une attaque de
la rébellion. Après l’épisode tragi-comique vécu par le Mali, on peut se
demander à quoi servent les armées en Afrique, et même
ailleurs…
Legs de la colonisation ou fierté retrouvée aux indépendances ? Chaque
pays africain s’est doté alors d’une armée, plus ou moins équipée et entraînée
pour défendre la souveraineté de son territoire. Un demi-siècle après ces
indépendances on ne peut que constater que lesdites armées n’ont pas servi à
grand-chose lorsque l’on considère le bien-être ou tout simplement la sécurité
des populations.
En effet, on a quand même la vague impression qu’un certain nombre de
dirigeants africains a toujours été issu des rangs des armées d’abord
coloniales, ensuite nationales. On ne compte plus les généraux qui sont devenus
présidents, voire les colonels, capitaines. On compte même quelques maréchaux
dans leurs rangs, tels les inoubliables Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za
Banga ou encore Idi Awo-Ongo Angoo plus connu sous le nom de General Idi Amin
Dada.
Formées souvent par l’ancien colonisateur, appuyées du temps de la guerre
froide par l’aigle américain ou l’ours soviétique, ces armées, si elles ont
fourni aux états africains nombre de ses présidents ont surtout été destinées à
assurer une certaine vision de l’ordre intérieur. On remarquera que ces armées
tiennent souvent plus de la passoire que de l’hermétisme lorsqu’il s’agit de
boucler des frontières à toute tentative d’invasion ou pour le moins
d’intrusion. Ainsi, récemment, l’armée malienne s’est-elle contentée dans le
meilleur des cas d’observer l’armée mauritanienne et les différents groupes
para-militaires ou fondamentalistes circuler puis s’installer dans le nord du
pays.
De plus, outre la situation « militaire », l’armée malienne s’est dans
le même temps autoproclamée garante de la vie politique à Bamako. Lorsque les
groupes des divers fondamentalistes ont voulu se créer un accès au sud du pays,
ceux-ci se sont vus stoppés par l’armée française qui allait être soutenue par
l’armée tchadienne. Or, cette armée malienne que l’on n’accablera pas plus que
ses homologues continentales ou d’ailleurs, a eu un coût financier pour la
société qu’elle était censée défendre…
D’ailleurs, depuis une cinquantaine d’années, on ne compte plus les
versements d’urgence des ex-métropoles à certaines administrations peu
regardantes sur leurs comptes de pouvoir régler les soldes avant que l’armée ne
se mette à putscher, pardon, à bouger.
Donc, la question mérite d’être posée : à quoi servent ces armées,
entretenues à grand frais, aux dépens par exemple de l’éducation et de la
santé, qui au lieu de défendre des territoires supposés souverains, préfère
rançonner la population, voire commettre d’autres exactions plus terribles
encore ?
Prenons par exemple le cas de l’armée zaïro-congolaise. Celle-ci, créée et
organisée par Mobutu qui transforma l’ancienne Force Publique du colonisateur
en armée d’abord au service des commanditaires (Belgique, Usa, France …)
contre, déjà, les premières rebellions, celle-ci donc, sut très bien vivre aux
dépens du peuple que l’on appelait alors zaïrois. Entre 1990 et 1994, dans le
pays voisin, au Rwanda, cette armée vint prêter main forte à l’armée rwandaise
du Général Habyarimana, qui, finalement, lui demanda de se retirer, la
population rwandaise souffrant et se plaignant du comportement des militaires
du pays voisin qui avaient également exporté ses méthodes, pillage, rançonnage,
viols et autres joyeusetés.
Aujourd’hui, la situation est inversée et cette armée n’a toujours pas
réussi à assurer la souveraineté désormais et à nouveau congolaise de l’est du
pays.
Le mot de la fin à Max Stirner, philosophe allemand du 19ème siècle :
« Considérez un instant le peuple, que protègent de dévoués patriotes.
Ceux-ci tombent en de sanglantes batailles, ou bien victimes de la faim ou de
la misère. Le peuple s’en inquiète-t-il seulement ? Ne devient-il pas un
«peuple florissant» grâce à l’engrais de leurs cadavres ? Les individus
sont morts «pour la grande cause du peuple», le peuple leur consacre quelques
mots de remerciement et…tire profit d’eux. Voilà bien ce que je nomme un
égoïsme lucratif ! »
Sur tous les continents et à toutes les époques, cher Max…