La Risle a retrouvé son cours normal un an après sa disparition

(ANI 27/07/13)

La Risle a retrouvé fin juillet son cours normal après un an de « disparition » près de Bernay, depuis les limites des communes d’Ajou et La Houssaye jusqu’à Beaumont-le-Roger. Le phénomène s’était produit le 28 juillet 2012. Brutalement l’eau de la rivière avait été entièrement aspirée par une bétoire (“bois-tout“ en cauchois) qui jusqu’alors n’en prenait qu’une partie. Sur une douzaine de kilomètres, le lit de la rivière s’était asséché en quelques heures. Tout un territoire avait été perturbé : les pêcheurs avaient perdu leur terrain de jeu, les animaux ne trouvaient plus d’eau dans leurs abreuvoirs et les propriétaires de maisons à vendre « au bord d’une rivière » n’avaient plus qu’un lit de galets à faire valoir.
Rapidement, élus et fonctionnaires se penchent sur le problème mais pas assez vite au gré des riverains. Pour forcer la main de l’Etat, les maires d’Ajou et de La Houssaye décident le 20 août de creuser à la pelleteuse un canal de dérivation pour contourner la bétoire et réalimenter le lit de la rivière. Mais en procédant ainsi, ils assèchent cette fois la bétoire qui alimentait en eau fraîche – parce que souterraine – une pisciculture située en aval et dont l’exploitant se plaint aussitôt au sous-préfet de Bernay. « A 17h, nous avions fini les travaux et à 20h30 j’avais les gendarmes à la maison », raconte Philippe His le maire de La Houssaye. Les élus concernés obtempèrent et rebouchent le canal sans être pour autant convaincus. « Nous avions fait les travaux dans une propriété privée avec l’accord du propriétaire », soutient Philippe His qui ne masque pas un certain agacement vis-à-vis de « l’administration ». Mais pour l’Etat une telle initiative aurait dû faire l’objet d’une demande d’autorisation auprès de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM). Tout un ensemble de textes encadre en effet les interventions sur les cours d’eau afin notamment que les riverains en amont ne s’approprient cette eau au détriment de ceux situés en aval.
Si les riverains sont pressés, l’Etat veut prendre son temps d’autant qu’avec le retour des pluies l’eau revient par intermittence dans le lit asséché. Missionné, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) préconise finalement le comblement partiel de la bétoire avec des roches formant « un massif infiltrant autobloquant » dans le but « d’accompagner » le phénomène tout en le « maîtrisant ». Après moult réunions, cette solution est agréée par l’Etat qui autorise les propriétaires à effectuer les travaux à condition au préalable de nettoyer le lit asséché des poisons morts et de la végétation. Le 24 juillet 2012 l’eau coule à nouveau dans le lit asséché. Dans cette affaire, l’Etat n’a joué qu’un rôle d’arbitre et le coût de l’opération reste à la charge de l’Association syndicale de la Risle 2ème section, présidée par Philippe His. L’association apportera 10.000 € sur ses fonds propres et a reçu l’assurance d’une aide de 9.000 € du sénateur UMP Joël Bourdin prise sur sa réserve parlementaire. Reste à trouver encore quelques milliers d’euros pour acquitter une facture qui dépassera les 22.000 euros estimés initialement.

Un phénomène qui se reproduira tôt ou tard

Les documents anciens montrent que cette disparition de la Risle est récurrente. « La Risle perd en été presque toute son eau dans l’espace de deux petites lieues », peut-on lire dans l’Histoire de l’Académie royale des sciences de 1758. Sur la carte physique agricole et industrielle du département de l’Eure dressée au XIXème siècle la Risle est indiquée comme un cours d’eau temporaire sur un tronçon compris entre Noyer-en-Ouche et Fontaine-Roger. Plus récemment, le 23 juillet 2005, la rivière s’est retrouvée complètement asséchée sur le territoire de la commune de Grosley-sur-Risle. Tous ces témoignages montrent que ces pertes sont « saisonnières » et que leurs positions ne sont pas toujours « constantes ».
La Risle n’est pas la seule rivière de l’Eure à connaître de tels phénomènes. La Charentonne, l’Avre et l’Iton sont dans le même cas. Et pour ce dernier, la perte est totale durant six à dix mois de l’année sur environ huit kilomètres entre Villalet et Glisolles. Sur cette partie appelée le Sec-Iton, les riverains ont construit dans le passé des petits canaux, des augets, pour tenter de détourner l’eau des bétoires mais sans beaucoup de succès.
Le phénomène est propre aux milieux karstiques, ces paysages calcaires truffés de cavités et au réseau hydrologique souterrain très dense. Il se reproduira tôt ou tard et l’homme ne dispose d’aucun moyen pour le prévenir.

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