Ce matin, dès 6 heures, je me suis rendu au Marché d’Intérêt National (MIN) de Rouen. À l’aube, au pied du pont Flaubert, les lumières proviennent du boulevard, ainsi que des phares des véhicules qui l’éclairent. Un peu plus loin, sur l’autre rive de la Seine, on aperçoit les grues des docks du port. On pénètre dans ce lieu par un portique aussi haut que large, qui filtre les allées et venues des camions – j’apprendrai dans la matinée qu’environ dix mille véhicules chaque année fréquentent le MIN.
C’est parti pour plus de quatre heures de visite rythmée par la découverte des différentes haltes et leurs infrastructures logistiques, les rencontres avec les grossistes, les discussions avec des acheteurs. C’est le meilleur des guides qui m’accompagne : le directeur du MIN, Dominique Haug, aussi passionné que précis dans ses explications.
Le MIN est au cœur de notre territoire et y occupe un espace important – vingt hectares, dont deux et demi sur la commune de Canteleu depuis le début des années 2000, et 55 000 m2 de surface construite. Pourtant, le lieu est encore trop peu connu des citoyens puisque dédié aux professionnels, même si les visites, scolaires notamment, s’y multiplient.
Historiquement, le MIN de Rouen a entamé son activité en 1969, s’inscrivant dans la volonté de la puissance publique, dès les années 1950, de structurer en réseau les marchés d’intérêt national dans les régions de forte production et les principaux centres de consommation. Les Marchés de Gros en France comptent 20 sites, dont Rungis est le vaisseau amiral en quelque sorte. Ce réseau, qui allie qualité, proximité et traçabilité, contribue et même garantit la pluralité de la distribution alimentaire des produits frais en circuit court, reliant production et distribution, développement économique et aménagement du territoire. Comme ses homologues, le MIN de Rouen promeut les produits issus de l’agriculture raisonnée et biologique.
Le MIN de Rouen, me précise son directeur, regroupe une cinquantaine d’entreprises, dont une majorité de producteurs régionaux, et représente 820 emplois. Le chiffre d’affaires – 270 millions d’euros – a doublé en quinze ans.
Le jour se lève à mesure que nous arpentons les voies qui relient les différents bâtiments et pavillons. C’est d’abord le Pavillon de la marée, avec les produits de la mer où, à 6h30, les achats et les ventes s’achèvent. Quatre entreprises y sont installées, qui emploient une centaine de personnes. C’est l’occasion de faire le point, avec les entrepreneurs présents, des travaux de modernisation en projet avec, notamment, un quai d’approvisionnement. Puis, nous nous rendons à l’espace appelé Floremandie, où se fait la vente de fleurs fraiches ou coupées et des produits de l’horticulture. Là aussi, la discussion avec les professionnels est instructive, qu’il s’agisse de la conjoncture, des aléas climatiques, des attentes des consommateurs.
Après un passage au Carreau des Halles, la brasserie-restaurant à l’entrée du MIN, pour un café-croissant et une discussion, documents à l’appui, sur les perspectives de développement de la structure et les investissements nécessaires, nous poursuivons la visite en nous rendant aux trois imposantes halles dédiées au négoce de fruits et légumes, activité traditionnelle, historique, de la place rouennaise où s’approvisionnent les cours des halles notamment. Là, l’activité commence et le temps fort aura lieu entre midi et 14 heures. Les échanges avec les professionnels sont vraiment utiles. De façon directe, concrète, nous abordons les enjeux auxquels ils sont confrontés : l’adaptation aux variations du climat, donc aux habitudes de consommation, les difficultés de trésorerie et la question du respect effectif des délais de paiement, le défi des métiers en tension, les perspectives de développement au sein de filières, pour le bio par exemple, ou à l’export. Parmi les innovations du MIN : la vente de bananes – 15 000 tonnes proviennent chaque année de Guadeloupe et de Martinique – et la nouvelle murisserie.
Le jour est là, la douceur aussi quand, sur le coup de 10 heures, nous achevons notre parcours par le pavillon des viandes. C’est le plus récent des bâtiments construits qui, pour 85 % de son activité, approvisionne les restaurants scolaires et collectifs du territoire. La chaine de traçabilité des produits nous est minutieusement décrite, avec le label Normandie Viandes Héritage.
Au final, plus de quatre heures passionnantes où l’on découvre, chez tous nos interlocuteurs, la passion de la production, des savoir faire régionaux, du travail bien fait, de la qualité et de la proximité