Le poil en débat pudique
Si la barbe n’a plus vraiment la côte aujourd’hui, sauf dans certaines communautés religieuses,
la moustache quant à elle refait surface. Depuis ce jour de 2003 où un tatoueur de l’Ohio a lancé la
mode, on la trouve aujourd’hui partout. La barbe de trois jours à la Gainsbourg met à mal l’industrie du rasoir. On nous avertit déjà qu’à ce rythme des plans sociaux vont mettre dans la rue des
milliers de personnes. Refuseront ils alors la création d’une éco taxe sur les barbus ?
C’est que le poil est aussi un muscle horripilateur qui nous prévient de la présence d’un acarien qui se hérisse lors de certaines émotions
fortes. Chez l’homme le poil est plus ou moins dru selon sa durée de vie. Les poils du pubis par exemple sont plus souples, car leur durée de vie est longue ,18 mois … Les boutiques spécialisées
ont fait de l’épilation un secteur florissant et l’on imagine moins chez les femmes le retour de la mode de la moustache fleurissante.
Le poil est chargé de sacré chez les sadous en Inde comme chez les juifs orthodoxes. Karl Marx a fait de la barbe généreuse une marque
indélébile de l’intellectuel de gauche. Selon les époques, le barbu a été porteur de radicalité ou de passivité. Depuis Napoléon 3, la moustache est un symbole reconnaissable d’autorité. Dans la maréchaussée et il n’est pas rare de croiser sur les routes de Navarre, un authentique gendarme se lissant la
moustache en surveillant d’un œil averti la chaussée.
Si l’on entre par effraction, dans l’intimité des Français, sans pour autant soulever le tablier
de sapeur qui donna lieu à une célèbre réplique dans le film de Jeunet « Amélie Poulain », on sait combien les poils de barbe au fond du lavabo répugnent les fidèles compagnes du
sapeur.
Le poil n’est pas que l’érotisation de nos représentations, il est aussi l’objet d’un grand débat politique. Cette polémique secoue la philosophie depuis la controverse entre le monde antique romain qui interdisait la barbe et les Grecs qui la valorisaient.
Tous à poil ou sans poil, la question est bien de savoir pourquoi l’humanité a toujours hésité entre le poil et son effacement. Entre la
savane et la forêt, entre l’animalité et l’humanité. À moins que contrairement à ce que certain pensent, il n’y ait pas de frontière entre l’animalité et l’humanité . L’homme n’est qu’un grand
singe qui s’ignore.
Igor Deperraz