
T’as cherché Marilyn ? T’as regardé les photos de tournage sur le Tumblr ?
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Coucou, cherche Marilyn si tu veux ; si tu veux pas, y’a des photos sur notre Tumblr :
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Coucou, tu sais déjà que tu peux toujours chercher (et accessoirement trouver) Marilyn Monroe alors je répète pas mais aujourd’hui c’est l’anniversaire de Vic, qui a beaucoup aidé pour KDO et qui est beau, et il devait faire un making-of mais je sais pas s’il va le faire car il est déçu par la[…]
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Bon en fait la sortie de La fille du 14 juillet en DVD a été retardée donc le clin d’oeil tombe à l’eau… Heureusement, au lieu de regarder le film, tu peux t’amuser à revoir tous les KDO pour chercher Marilyn Monroe, ou bien à checker notre Tumblr pour quelques exquises photos de tournage :
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Pas la peine de chercher Marilyn Monroe dans cet épisode, il n’ya que BOB DYLAN, BOB DYLAN BOB DYLAN – et pour voir des p’tites photos de tournage de l’épisode précédent :
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Hey, Marilyn Monroe, elle t’attend quelque part, des cadeaux plein les bras. Tu viens ou quoi ? Ou alors t’es trop occupé à mater notre Tumblr plein de photos de tournage ?
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Blablabla Marilyn Monroe, blablabla Tumblr :
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Est-ce utile de te rappeler que le super jeu concours KDO est toujours en cours, et que tes deux yeux doivent quêter grave Marilyn Monroe ? Sinon, tu peux voir des photos de tournage sympas :
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Je rappelle à ceux qui ont trouvé Marilyn Monroe qu’il ne faut pas le dire en commentaire mais le signaler par mail à lunecile@gmail.com ; merci ! À part ça, quelques nouvelles photos sur le Tumblr, avec toujours plus de spoilers :
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Bon, je vais pas te mentir : elle est apparue, Marilyn Monroe, ça y est. Quand ça ? À triompher sans gloire on triomphe sans danger, mon p’tit gars, je vais pas tout te faire. Tu veux plus gagner des cadeaux ou quoi ? Sinon, tu peux regarder des photos de tournage sur le Tumblr Lunécile[…]
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Si j’étais toi, je regarderai attentivement chez le disquaire, il pourrait y avoir Marilyn Monroe. Et toujours plus de photos de tournages (with spoilers in them) sur notre Tumblr :
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Merci à Drew Bolduc pour la musique 😀 Tu connais Marilyn Monroe ? Je dis ça car il faut que tu la trouves. Sinon, tu peux aller voir des photos de tournage sur notre Tumblr (attention aux spoilers) :
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Tu as trouvé Marilyn Monroe ? Si t’en as marre de chercher, va faire un tour sur notre Tumblr, y’a des photos de tournages, suffit de cliquer sur la photo : (attention dedans y’a du spoil pour tous ceux qui n’ont pas vu les épisodes 1 à 6)
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Il y a un an jour pour jour, Quibé nous faisait un joligolri dessin de Noël. Cette année, c’est mieux, tu peux gagner entre autres un patrègolri patrèdeNoël joli dessin de Quibé – alors cherche Marilyn Monroe !
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Dans cet épisode, micro-événement dans la sphère Lunécile, on a pu utiliser, avec son aimable autorisation, une musique composée par Drew Bolduc, dont on avait chanté les louanges dans notre dernier Chez Troma en date. Thanks, Drew ! La BU va fermer dans cinq minutes, on a pas le temps de[…]
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Tiens, mais ce serait pas Marilyn Monroe là ?
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Tu as pensé à chercher Marilyn Monroe pour gagner des cadeaux ?
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N’oublie pas de chercher Marilyn Monroe pour gagner des cadeaux !
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1er décembre, 1er épisode de KDO. C’est comme tu veux, on l’a mis sur Dailymotion et sur Youtube, comme ça tu choisis. On espère que t’y prendras à peu près autant de plaisir qu’on en a pris à le tourner. Et n’oublie pas de chercher Marilyn Monroe pour gagner des cadeaux !
Bientôt, KDO

Eh p’tit lecteur, te souviens-tu de notre Calendrier de l’Avent 2012 ? Il nous semble que ça t’avait bien plu. Du coup on a décidé de remettre le couvert et du coup on a décidé de mettre la barre un peu plus haut. Le Calendrier de l’Avent 2013 Lunécile, ce sera une web-série, ce sera KDO. KDO[…]
Pigeon – Histoire vraie

Ça fait longtemps qu’on a pas publié de nouvelle sur Lunécile mais là y’a une jolie occaz : ce petit textounet a remporté le deuxième prix au concours de nouvelles 2013 de la médiathèque Amikuze. La contrainte principale était la suivante : « La nouvelle doit prendre comme point de départ le[…]
La Vie d’Adèle c’est pas mal

Crois pas, cher lecteur, que c’est parce qu’on publie depuis quelques poignées de semaine grosso modo un article tous les mois que cet article mensuel est beurré ferme, avec la tranche d’un peigne fin. Quand on publie rien, c’est qu’on écrit rien ; on est pas trop du genre stockeurs, à garder[…]
La Vie d’Adèle c’est pas mal
Crois pas, cher lecteur, que c’est parce qu’on publie depuis quelques poignées de semaine grosso modo un article tous les mois que cet article mensuel est beurré ferme, avec la tranche d’un peigne fin. Quand on publie rien, c’est qu’on écrit rien ; on est pas trop du genre stockeurs, à garder sous le coude pour peaufiner. C’est nous qui à la fin chanterons maintenant. La preuve : cette petite discussion à trois ou quatre paires de mains – celle de Robin, Jean-David, Lune et moi – sur La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (au début je voulais faire une astuce genre La Vie d’Abdel mais Robin m’a signalé que ledit Adbel avait prévu de titrer ainsi son making-of et je préfère laisser au cinéaste christique du cinéma français la primauté de la blague, il en a plus besoin que moi) est particulièrement bordélique.

Gibet : Robin, un avis sur Kechiche en général ? Partons de là.
Robin : J’ai pas d’avis vraiment poussé sur l’œuvre de Kechiche, j’ai pas vu tous ses films. Mais son image, à travers ses interventions, elle m’énerve. J’aime pas le fait qu’il se pose en espèce de victime d’un système, qui pourtant, l’encense à chacun de ses films. La presse, les Césars, à chaque fois il rafle tout et il se permet de se plaindre encore et toujours. Il trouve le moyen d’engueuler Léa Seydoux pour ses liens avec les productions cinématographiques alors qu’il l’a pourtant engagé. Bref, le personnage m’est assez antipathique, pour tout dire. Qu’il arrête de faire le malheureux, de se la jouer rebelle du système, et qu’il se rende enfin compte qu’il en fait partie, et fort heureusement pour lui, sinon il pourrait pas faire ses films où il jouit d’une très grande liberté.
Jean-David : Je suis plutôt d’accord sur l’homme en lui même ; la tribune qu’il vient de faire paraître sur le site de Rue89, après s’être expliqué longuement dans un certain nombre de revues, dont Les Cahiers du cinéma avec un dossier très bien fait, apparaît vraiment inutile ; pourquoi en rajouter ? Il se pose en tant que victime alors qu’il a déjà la chance de faire des films, et pas n’importe lesquels. Pour ce qui est de l’œuvre elle-même, à part La Vénus Noire qui m’a semblé un peu moins personnel et attirant, je respecte beaucoup. Il a le chic pour trouver des interprètes de talent, il arrive généralement bien à filmer des micro-phénomènes de société et il porte une attention particulière au cadre, ce qui n’est pas déplaisant.
Robin : Dans son attitude, il y a aussi ce côté vengeur masqué du cinéma français face aux gros vilains américains, ce côté puriste d’un cinéma dépouillé de tous artifices qui m’agace un peu (on le retrouve dans La Vie d’Adèle, à travers le personnage du comédien qui joue dans des productions Hollywoodiennes)… ça m’agace car ça correspond à une vision très archétypale de la production cinématographique qui est datée et qui ne trouve pas de vérification dans la réalité.
Gibet : Pour ce qui est de l’américanophobie, dans le film, je l’ai pas trouvé gênante du tout, c’est vraiment ténu, et amené de manière ludique (et je trouve pas que ce soit injuste comme pic, Robin). Mais bon, contrairement à vous, j’ai jamais vraiment écouté ce que raconte Kechiche en interview (j’avais maté une interview de lui sur Youtube et j’avais trouvé ça chiant et creux, alors j’ai pas cherché à approfondir), ce qui me rend peut-être moins attentif à certains aspects comme ceux-là… En tout cas, je trouve que si on entre pas dans le film déjà méfiant, y’a pas de risque qu’on soit dérangé par ces 45 secondes de dialogue.
Jean-David : On lui a beaucoup reproché cette américanophobie c’est vrai et lui-même se décrit souvent comme un ambassadeur désigné du cinéma à la française ; il l’est certainement un peu à travers sa francophonie et les prix qu’il a pu recevoir mais pas plus que d’autres effectivement. Par ailleurs son statut est tout de même assez unique. Au-delà de ce qu’il peut représenter, les conditions de ses tournages sont vraiment exceptionnelles. Pour La Vie d’Adèle il a fait 750 heures de rushes (lui dit 250, ce qui est déjà pas mal). C’est un luxe que peu de cinéastes peuvent se permettre.
Robin : Oui, d’ailleurs, Adèle Exarchopoulos a indiqué que parfois elle était filmée en train de dormir ou manger en dehors des prises, ce qui montre un peu l’envergure de son ambition, de son implication dans le projet, de sa farouche envie de capter tous les moments qu’il juge importants pour son œuvre. Mais au final, sur les centaines d’heures de rushes, une quinzaine seulement était exploitable au montage.
Jean-David : J’aime beaucoup son désir de cinéma que l’on peut entrevoir à travers cette quête inexorable. C’est ce que j’essaye de retenir de toutes ces heures de rushes gaspillées (il a confié en interview qu’il ne ferait sans doute qu’un clap pour son prochain film). Au final ce qui ressort de toutes ces interviews et de la vision du film c’est qu’il y a l’homme d’un côté et son œuvre de l’autre, je me trompe ?

Robin : Je sais pas trop si on peut dire ça comme ça. Dans La Vie d’Adèle, on retrouve beaucoup de Kechiche. Il a une vraie patte, une vraie approche personnelle de ses personnages … On retrouve beaucoup son côté obsessionnel : sa façon de filmer les bouches en train de manger, ce geste de mastication si présent déjà dans La Graine et le Mulet… C’est sans doute pour ça que j’ai pas énormément apprécié les scènes de sexe, car il y a un voyeurisme, une intrusion très poussée qui peut être un peu gênante. Pour moi les deux, l’homme et l’œuvre, se répondent sans cesse à travers les images.
Jean-David : Oui, mais l’œuvre est apprécié alors que l’homme est mis au pilori.
Robin : Mais ça c’est sans doute parce que son image médiatique est ternie par son propre surjeu des situations. Il pousse beaucoup trop loin sa victimisation, et peut-être aussi parce qu’il a du mal à accepter un son de cloche différent. Je peux aussi, dans une mesure, le comprendre quand on voit comment il a été encensé à Cannes par ses propres actrices. C’est rigolo d’ailleurs que ce soit l’une des incarnations du cinéma qu’il déteste, Spielberg, qui ait présidé le Jury qui lui a remis la palme, même si, pour autant que je sacheLa Vie d’Adèle n’était le choix n°1 de Spielberg.
Jean-David : Je suis d’accord pourtant sur cette continuité entre l’homme et ses œuvres. Ou peut-être plus encore entre les œuvres elles-mêmes.La Vie d’Adèle est tirée d’une BD, certes, mais elle est aussi constituée en partie d’idées tirées d’un préquel de L’Esquive (toute la partie où Adèle est prof). L’utilisation du gros plan aussi est très intéressante à regarder dans ses films. Son chef opérateur a déclaré que le gros plan devenait de plus en plus naturel au fil des films jusqu’à devenir omniprésent pendant le tournage de La Vie d’Adèle.
Robin : Sur La Vie d’Adèle, j’ai adoré la façon dont il a abordé ses personnages. On a là un film sans filtre, brut, et qui du coup devient très intime, ce qui est renforcé comme tu le soulignes par l’utilisation systématique du gros plan. Le film doit une grande part de sa réussite à l’alchimie entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui forment un duo tout en complicité et sensualité. Le regard posé par Kechiche sur le visage et le corps des deux femmes est particulièrement puissant et évocateur.
Jean-David : Oui ! On comprend pourquoi Spielberg a remis non pas une mais trois palmes d’or. J’ai rarement vu d’interprétation aussi poussée et aussi puissante que celle qui nous est livrée ici. Alliée à ce choix de cadrage, c’est dévastateur. Paradoxalement, comme tu le soulignais tout à l’heure, les scènes de sexe sont ce qui nous paraît le moins intime, on a juste envie de tuer le monteur qui n’a pas essayé de les couper malgré tout. Comparé à tout ces fluides (larmes, morve …) qui ravagent le visage d’Adèle, elles font pâles figures.
Robin : Oui, et en plus elles sont introduites de telle sorte qu’elles donnent au film un côté rébarbatif (Adèle va chez les parents d’Emma/Sexe/Emma va chez les parents d’Adèle/Sexe)… Je préfère retenir deux scènes vraiment marquantes. D’abord lorsqu’Adèle va dans un bar gay puis dans un bar lesbien. On a cette transition fabuleuse de couleur entre le bleu et le jaune, et puis, cette petite Adèle qui découvre un monde un peu étrange, un peu végétal, avec toutes ces belles plantes lesbiennes qui la déshabillent du regard. Se mêlent sur les expressions d’Adèle à la fois de la surprise, de la curiosité et de l’appréhension. C’est une véritable expérience existentielle pour elle et tout ça nous est livré de façon très intime et colorée. J’ai également apprécié la scène du premier baiser échangé pour sa simplicité et son efficacité. Les deux femmes sont au sein d’une nature accueillante et protectrice, et leur visage est filmé de plus en plus près, de plus en plus alterné, jusqu’à ce bisou qui se passe dans un bruissement de vent dans les arbres. C’est très simple, mais incroyablement fort sur le plan des émotions et diaboliquement efficace. Pas besoin de plus.
Jean-David : Tu pointes deux très belles scènes en effet ! J’aime aussi la scène de dispute pour son côté répétitif.

Gibet : Pour ce qui est des scènes de sexe, je comprends pas trop ce qui vous dérange, honnêtement. Je les ai trouvées intenses, en totale adéquation avec la démarche générale de Kechiche (ça ressemble d’une certaine manière au génial montage parallèle de la fin de La Graine et le Mulet), et même assez érotiques (Lune vous en dira tant). Je ne sais pas quel était le but de Kechiche quand il a décidé de les garder (peut-être même que ce que je vais dire va à l’inverse de son intention – il n’empêche que c’est là), mais je trouve que ça entre joliment en contradiction avec ce que dit le galeriste à la fête organisée chez Emma et Adèle : l’orgasme féminin serait mystique, surpuissant, incompréhensible aux yeux des malheureux mâles. Ces scènes de cul montrent qu’en fait le plaisir féminin est hyper concret, et même trivial, Kechiche ne filme que l’effort et l’épuisement du corps vers le plaisir. Peut-être que vous aimez pas ça car ça manque de poésie, mais c’est justement en ça que c’est fort, et beau. Toute l’énergie est concentrée dans les corps, et plus rien d’autre n’existe. C’est comme ça quand on baise non ? Par ailleurs, c’est assez malvenu de la part de l’auteure de la BD de dire que ces séquences ne sont pas réalistes : à partir du moment où une scène de cul parvient à échapper à la codification pornographique (c’est le cas ici : les deux persos font l’amour pour eux-mêmes et non pas pour l’excitation d’un potentiel spectateur viril), comment peut-on dire qu’une scène de cul n’est pas réaliste ? En disant ça, l’auteure de la BD considère que sa façon de faire l’amour est la façon de faire l’amour. Concrètement, il y a au monde à peu près autant de façons de niquer que de combinaisons possibles d’individus, et peut-être encore plus de façons de représenter ces façons.
Lune : Pour moi, ça s’insère bien dans le film, et en plus dans ce genre de relations, basées sur une attirance pour quelqu’un qui ne vit pas dans le même monde, ça ne peut vivoter que s’il y a du désir physique très fort et le désir physique très fort c’est à peu près ça oui, des corps qui s’agitent frénétiquement. J’ai du mal à imaginer qu’on puisse être choqué à moins d’être très innocent. Personnellement j’ai regardé ça la bouche grande ouverte et c’est les images les plus stimulantes érotiquement que j’aie jamais vu. Ça m’a semblé très juste et très puissant. Après je me suis beaucoup identifiée à Adèle dans la première partie du film (surtout la période lycée : mêmes problématiques d’identité sexuelle, je lui ressemblais un peu, j’ai aussi une voix grave et tendance à parler comme une bouseuse, le sexe avec le garçon me rappelle des moments de la même époque, je voulais être instit, j’avais aussi zéro culture, je suis amoureuse de Léa Seydoux – bref Adèle qui grandit c’est un chemin que j’aurais tout à fait pu emprunter) donc peut-être que ça me fait avoir une perspective toute différente.
Gibet : Dans le même sens, je sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai eu l’impression que ce couple lesbien était une forme d’aboutissement dans le cinéma de Kechiche, qui est fasciné par les figures féminines puissantes. J’avais parfois l’impression de sentir l’émerveillement de Kechiche à pouvoir filmer une intrigue sentimentale en ayant autant dans le champ que dans le contrechamp une de ces figures. Les scènes de sexe fonctionnent un peu aussi sur cet émerveillement. Le travail sur le bouli d’Adèle est hyper révélateur à ce sujet. L’actrice précise que pour se préparer Kechiche lui a simplement dit de faire beaucoup de sport et de manger beaucoup. Je suis certain que c’était pour qu’elle se forme un gros bouli dodu et délicieux. Quand Kechiche filme la visite au musée, il se concentre sur les culs abondants des statues féminines. Il veut poser Adèle comme la digne héritière de ces meufs. Le cul d’Adèle, c’est le troisième personnage principal. Ce corps excroissant va de pair avec l’intériorité d’Adèle, qui n’est pas la cérébrale absolue dont Emma rêve : elle kiffe la vibz, bouffer, danser, baiser.
Robin : Je regrette que la physionomie féminine n’ait pas été plus mise en avant. On distingue finalement assez mal le corps des deux filles. Ce qu’on voit, c’est un hybride formé à partir des deux corps, une créature étrange.
Gibet : Mais Emma n’est pas définie par son corps, on s’en fiche. Même sa beauté, elle est plus aérienne, moins ancrée dans le corps. Elles sont distinguées corporellement : Adèle a un corps ogre qui avale tout, et Emma a un corps accessoire qui se laisse avaler.

Jean-David : Globalement, je trouve que l’évolution du personnage d’Adèle est particulièrement fascinante. Je ne me suis presque pas rendu compte de tous les changements qu’elle opère dans sa manière d’être. Et à la fin j’ai réalisé qu’elle était passée de lycéenne à jeune adulte. Le traitement du temps est particulièrement bien géré et efficace !
Robin : Absolument, on a l’impression que l’histoire d’amour est beaucoup plus courte que le temps dans lequel on l’insère. C’est parce qu’on a aussi, pour chaque scène, une étape clef de la relation entre les deux personnages. Du coup de foudre jusqu’aux premières retrouvailles après la rupture, plusieurs années s’écoulent. Mais du coup, cette passion qui se déroule un peu en dehors du temps n’en devient que plus vivace. Ceci dit le film est inégal, notamment dans la peinture sociale qu’il développe. On voit bien qu’Adèle (classe moyenne, pavillon de banlieue) et Emma (artiste bobo) viennent de deux milieux culturels différents. Autant dans la scène du vernissage des tableaux d’Emma c’est particulièrement bien joué, très fin, avec Adèle perdue au milieu de conversations spécieusement intelligentes, autant c’est un peu lourdingue lors des scènes de repas chez les parents respectifs (le « on a acheté les meilleures huîtres de la ville » face à « c’est bien d’avoir un homme qui assure avec soi quand on est peintre »)… Je sais pas comment tu le perçois.
Jean-David : Je suis tout à fait d’accord. Pour moi le film a du mal à cause de scènes inégales d’une part et d’autre part à cause de sa longueur qui rend ses procédés les plus intéressants un peu lourds sur le fin (le gros plan par exemple peut devenir un obstacle à la vision du spectateur alors qu’il était une plongée dans l’inimité des personnages). Pour les scènes inégales je pointerais, comme toi, les grosses ficelles liées aux classes sociales mais aussi les parallèles établis avec la littérature au début du film. Les livres étudiés en classe qui se font le miroir de l’intériorité du personnage c’est quand même du vu et revu, cela manque de finesse… Il a utilisé les mêmes procédés que dans L’Esquive sans penser une seconde qu’on les avait déjà vus et que ça n’a plus la même portée. Ça m’a fait penser à La Belle Personne d’Honoré, c’est plus ou moins les mêmes références et le même procédé.
Gibet : Par rapport aux grosses ficelles sociales, je vois totalement ce que vous voulez dire, mais en même temps c’est assumé, les deux scènes de dîner sont explicitement mises en parallèle, donc c’est volontairement schématisé. Et pour autant ça n’est pas posé de manière pesante, ce sont des moments de comédie. Encore une fois, vous oubliez de dire que c’est ludique. Le portrait, en plus, est pas totalement à côté de la plaque. Bien sûr, ce sont des stéréotypes, mais dans tout stéréotype, il y a un fond de vérité, une certaine efficacité dans la lecture le réel. Par exemple, ici, j’ai été conquis quand le père ou beau-père d’Adèle se met à parler de « débouchés ». C’est un mot que j’ai entendu un milliard de fois dans la bouche de gens comme ça, et que je n’avais jamais entendu en fiction. Je regrette quand même que le rire dans la salle ait été consensuel : les gens dans la salle se sont empressés de se moquer des parents beaufs vaguement homophobes, mais n’ont pas esquissé le moindre sourire devant la mollesse bobo des parents d’Emma (ce que, pourtant, Kechiche livre au rire de la même manière). Et puis aussi c’est l’essence du film : c’est par ce schéma social que Kechiche explique le sentiment et l’échec du sentiment. Emma séduit Adèle car elle est en dehors de sa caste (et inversement), mais également le couple ne peut pas tenir car les deux persos ont conditionné leurs attentes en fonction d’où ils viennent. Ça rappelle un roman que Kechiche ne cite pas, La maison du chat qui pelote de Balzac, où ce bon vieil Honoré explique – et démontre par le récit – qu’il faut jamais marier une meuf roturière à un artiste. J’aime pas énormément cette vision du monde, mais c’est tout le temps là dans le film, y compris dans vos scènes favorites. Donc voilà : soit on décide que mater un film c’est s’offrir à une vision du monde différente, soit non, mais faut être cohérent les petits gars. Enfin, par rapport aux bouquins étudiés en classe, encore une fois j’ai reçu ça sous l’angle du ludique. C’est impossible que Kechiche réutilise le procédé en pensant qu’on va pas se rendre compte que c’est pareil que dans L’Esquive. En plus c’est encore une œuvre de Marivaux ! C’est forcément un clin d’œil, pour déclencher une complicité, faire coucou vous êtes bien chez moi maintenant le film va commencer. Je trouve ça d’autant plus amusant que dans les deux cas l’œuvre de Marivaux en question résonne jusque dans la forme. Dans L’Esquive, ils étudient une pièce de théâtre, et le film a une unité toute théâtrale. Ici, ils étudient un roman, et le film a une ampleur très romanesque. C’est comme si aussi Kechiche donnait discrètement les règles du jeu dès le début. La comparaison avec Honoré que tu as faite, JD, ne fonctionne pas tellement car les références dans La Belle personne sont pour la plupart décoratives.

Robin : Pour conclure, je dirais que même si l’ensemble est convaincant, et même si on comprend l’ambition du réalisateur de montrer une évolution à travers un spectre de séquences très étendu, on peut quand même dire que le film aurait pu être élagué d’une bonne demi-heure. Et ça moi, je l’interprète un peu comme ça : le réalisateur n’a pas entièrement confiance, ni en lui, ni en le public.
Jean-David : Raccourcir ou faire deux parties vraiment distinctes ? Parce qu’il y a quelques scènes annoncées dans les bonus que j’aurais bien vu sur grand écran moi… Mais on est d’accord, tel quel, il est un peu hybride.
Robin : Non le chapitrage des films moi je trouve ça gonflant. Et puis, en plus, je pense que les distributeurs auraient pas été très chauds pour un tel film en deux parties. Apparemment ils ont tourné une scène de sexe avec Adèle et deux hommes mais elle n’a pas été gardée, je sais pas si elle sera en bonus. (J’ESPERE QU’ELLE LE SERA).
Jean-David : Adèle parle d’une scène de dispute aussi où ses parents dans le film découvre qu’elle est homo juste après le dîner en famille qu’on voit dans la film. A priori elles sont nues face aux parents et tout le monde se tape dessus. La scène la plus intense à tourner selon elles. J’aimerais bien y jeter un œil.
Robin : Bah justement cette scène je suis content qu’elle soit pas dans le cut cinéma parce que je trouve qu’on tomberait dans un truc de société un peu plombant pour le dynamisme du film.
Jean-David : Oui, dans le cadre du film certainement ; mais seule, comme moment de cinéma ça doit être assez classe.
Gibet : Je suis d’accord avec vous pour dire que c’est inégal, mais je suis pas vraiment d’accord sur ce qui est bon ou pas bon. À mon sens, ce qui fait que le film est inégal, c’est qu’il est trop long, que Kechiche ne sait pas comment conclure (là où L’Esquive et La Graine et le Mulet – j’ai pas vu les autres – savaient très bien s’arrêter pile poil quand il fallait, sans diluer leurs propos ou enjeux). Ici, je trouve que l’intensité monte progressivement jusqu’à la rupture et qu’ensuite y’a plus grand-chose. À la limite, nous montrer Adèle et Emma dans le bar, pourquoi pas, y’a un côté Parapluies de Cherbourg qui fonctionne assez bien. Mais ensuite ? C’est après la rupture que j’ai commencé à m’ennuyer, et à m’ennuyer de plus en plus au fur et à mesure que ça avançait. Tout était dit avant.
Robin : Sinon on le répète les deux actrices sont incroyables. Vraiment. Adèle Exarchopoulos, c’est une nana toute jeune, mais putain, elle dégage un de ces charmes mystiques. Elle a une vraie présence, une aura qui se renforce quand elle a Léa Seydoux à ses côtés. Je suis curieux de voir comment elle va être dans ses prochains films.
Jean-David : Je me demande si ça aura eu un impact dans la manière de jouer de Léa Seydoux. Et Adèle on devrait la revoir très bientôt, avec un peu de chance.
Robin : Elle me fait penser à ces filles de lycée un peu barrées et fascinantes. Celles qui sont toujours flanquées de gentils garçons très amoureux.
Gibet : Robin…
Robin : Oui ? C’EST QUOI LE PROBLÈME ?
Gibet : Rien. Je désapprouvais pour la forme.

Marilyn Monroe – De l’autre côté du miroir / Arrêt d’autobus

Avant que d’entrer dans le vif du sujet, laisse-moi te faire un petit bilan marilynesque de ces tumultueuses semaines aux internets instables. – J’ai vu Les Désaxés mais j’ai décidé de ne pas écrire dessus pour l’instant, pour la simple raison que je n’ai pas bien pigé les enjeux. Au mieux, le[…]
Marilyn Monroe – De l’autre côté du miroir / Arrêt d’autobus
Avant que d’entrer dans le vif du sujet, laisse-moi te faire un petit bilan marilynesque de ces tumultueuses semaines aux internets instables.
– J’ai vu Les Désaxés mais j’ai décidé de ne pas écrire dessus pour l’instant, pour la simple raison que je n’ai pas bien pigé les enjeux. Au mieux, le film est théoriquement passionnant mais concrètement chiant. Au pire, je te laisse deviner. Partout je lis que l’interprétation de Clark Gable est merveilleuse, que lui-même trouvait que c’était son meilleur rôle avant que le vent l’emporte, mais je l’ai trouvé faux pendant la moitié du truc. En revanche, Marilyn Monroe est parfaite dans le rôle de cette elle-même mise à nu. Je t’en parle en long et en large dès que je réussis à le revoir dans des meilleures conditions, par exemple pas par le biais d’un DVD recadré n’importe comment.
– J’ai trouvé un bout de bouquin qui m’aurait bien aidé pour décrire ce qui me dérangeait dans le dispositif littéraire choisi par Stéphanie Des Horts dans Le Secret de Rita H. – souviens-toi, c’est un je qui décrit ce qui lui arrive en direct live – et il est trop tard pour retoucher, avançons vers le phare matelots, mais j’ai quand même envie de citer, ça pourra te servir – mettons qu’un oncle t’enlève, te tient captif dans sa cave pendant quelques années, tu te chopes un Stockholm évidemment, tu explores sa psyché, tu te rends compte que ce qui l’a rendu méchant c’est le fait qu’il n’a jamais compris ce qu’avaient ses potes contre les romans à la première personne du singulier, tu lui expliques, tout est réglé – ça vient des Essais sur le roman de Michel Butor :
« Cet oubli, cette oblitération, chez les grands artisans du monologue intérieur, a l’immense inconvénient de camoufler un problème encore plus grave, celui du langage lui-même. En effet, on suppose chez le personnage narrateur un langage articulé là où d’habitude il n’y en pas. Il est tout différent de voir une chaise, et de prononcer soi-même le mot « chaise », et la prononciation de ce mot n’implique pas du tout nécessairement l’apparition grammaticale de la première personne ; la vision articulée, si j’ose dire, la vision reprise et informée par le mot, peut en rester au niveau « Il y a une chaise » sans atteindre le « Je vois une chaise ». C’est toute cette dynamique de la conscience et de la prise de conscience, de l’accession au langage, dont il est impossible de rendre compte. »
Et plus loin, dans le même sens :
« Le « je » nous fait entrer à l’intérieur, mais cela risque d’être un intérieur fermé comme le cabinet noir dans lequel un photographe développe ses clichés. Ce personnage ne peut nous dire ce qu’il sait de lui-même. »
Si tu sais pas quoi faire, c’est dimanche aprèm et t’as déjà vu ce zode de Walker Texas Walker, je te conseille la lecture des chapitres Philosophie de l’ameublement et Individu et groupe dans le roman.

Butor n’en était pas un
– J’ai poursuivi ma lecture de la série BD Pin-Up de Yann & Berthet, et étendu la plongée jusque dans le spin-off, Les Exploits de Poison Ivy : bilan mitigé. Le tome 9 de Pin-Up retombe dans les pires travers de la saga, intrigue alambiquée – parce qu’elle a trop d’ennemis à Vegas, Dottie s’exile à Hawaï où elle gagne sa vie en chassant le serpent ; mais ses ennemis vegasiens n’ont pas dit leur dernier mot, et ils lui envoient une brune bien coriace bien vénère pour la retrouver et la faire mourir dans les plus atroces souffrances ; parallèlement, un vieux jap cinglé crée une pension paradisiaque où les indigènes tatoués peuvent vivre, à condition qu’ils se laissent écorcher à leur mort ; parallèlement, une dizaine de persos secondaires font des trucs tels que mourir ou être des obstacles (toutes ces sous-intrigues sont bouclées en dix cases à la fin) – et des dialogues pourris – ici c’est la comparaison filée entre le serpent et l’homme qui prime, le tome s’appelle Venin (c’est thématique bitch !), florilège :
« Un serpent est constitué principalement d’une tête au bout d’une queue. Si on y réfléchit bien, le reptile et l’homme partagent de nombreux autres points communs. On ne peut jamais leur faire confiance et ils frappent toujours quand on s’y attend le moins. La différence principale entre le serpent et l’homme, c’est que le venin du premier peut vous rapporter gros si vous allez le vendre dans le laboratoire du second. »
« Méfiez-vous d’elle. C’est une vipère. Et comme tous les serpents, elle change régulièrement de peau. »
« C’est étrange. Où que j’aille, dès qu’on évoque le paradis, il y a rapidement un serpent qui pointe le bout de son nez. »
Autre manifestation du talent de Yann et Berthet pour la métaphore :
« Vous, les femmes occidentales, vous êtes si compliqués… Pourquoi choisir entre un ananas appétissant et une mangue succulente ? Les deux ont des saveurs si… différentes. »
La ponctuation est authentique, je précise ! Ils ont vraiment collé trois petits points entre si et différentes ! Ils ont osé ! Tiens, eh bah puisqu’on se permet tout, voilà : ils ont osé !!!
Le tome 10, par contre, est le meilleur de la série. Après un début très très laborieux (Dottie, au volant, parle toute seule pour délivrer les infos utiles au lecteur !!!, genre Yann et Berthet ont dû entendre que pour faire une bonne scène d’exposition, il fallait savoir lier le statique et le dynamique, alors ils font ça dans une bagnole qui roule à balle ET ILS SONT FIERS LES TYPES ils font dire à Hitchcock que c’est une « excellente entrée en matière » !!!), on entre dans une enquête fièrement menée, qui fait sourire par sa malicieuse insolence. Yann et Berthet s’amusent à insulter la team Hitchcock avec un plaisir non dissimulée. Le champ lexical du gros lard pervers, Alfred se le mange tout entier en 50 pages. Pareil pour Alma et le voc de la mégère apprivoisée et pour Grace Kelly et les clashs anti-meuf bonne frigide sans talent. Yann et Berthet surexcités vont jusqu’à descendre les films du maître, les qualifiant volontiers de navets. C’est un peu casse-gueule comme parti-pris, parce que, bon, 75% de Pin-Up c’est du navet en serre, sans la moitié de l’inspiration du plus mauvais des Hitchcock, mais disons que la morale est sauve : c’est Hitchcock qui gagne et twiste à la fin, et on sent que derrière tout ça, les deux zigs sont admiratifs. Par exemple, l’avatar de Grace Kelly s’appelle Grace MacGuffin, et ce personnage a précisément la fonction dans le récit d’un MacGuffin tel que l’a défini Hitchcock (si tu sais pas c’est quoi, je ne saurais que trop te conseiller Google). C’est méta-mimi. Plus tôt dans la saga, si mes souvenirs sont bons (et ils ne le sont probablement pas), dans le tome 3, Dottie s’arrêtait au Bates Motel où Norman, inévitablement, la matait sous la douche. Méta-mimi aussi, non ? On se dit en fermant le bouquinet que Yann et Berthet auraient dû commencer par là, par les aventures de Dottie détective privée, et de ne jamais rien faire que ça, un tome une enquête à la Tintin, et je suis content puisque la fin de ce tome annonce qu’ils vont rester là-dessus pour un moment.
Les Exploits de Poison Ivy, à part ça, c’est cool. C’est bon enfant, et les refs sont bien calées. Le second tome est faiblard, mais le premier qui se la joue comic book et le troisième pastiche d’Astérix sentent très bon.

– Mon Tumblr, Par hasard Marilyn, continue, à un rythme moins intense qu’auparavant, et j’ai dépassé les 300 billets y’a pas très longtemps. Dans la foulée, j’ai découvert un beau blog – c’est pas un blog critique, mais plutôt un blog de collectionneuse / admiratrice – en grande partie consacrée à Marilyn : Crazy for you. Je n’ai pas encore tout exploré, mais j’ai pu voir que sur certains sujets, l’auteure parvient à atteindre une précision que je ne croyais même pas possible. On en aurait pas su davantage sur le tournage de Les hommes préfèrent les blondes si Marilyn Monroe avait eu un compte Twitter où elle aurait relaté minute après minute ce qui se passait sur le set. Amen !
Marilyn, de l’autre côté du miroir, Christian de Metter, 2009
Y’a un gros souci qui plombe cette (à part ça) belle BD : la bulle n’est pas du tout pensée. Metter adopte au dessin un style brumeux crasseux imprécis qui fonctionne très bien en soi, et pose d’emblée une ambiance parfaite pour le récit qu’il a choisi. Hélas, il a décidé – ou Casterman a décidé, j’en sais rien – de foutre des bulles rectangulaires, blanches immaculées, supposément rajoutées avec Paint, avec une police d’écriture qu’on dirait du Comic sans MS majuscule. Autant dire que l’oeil coince. Je te signale que ça paraît tellement plaqué que j’étais persuadé en lisant le truc que c’était une BD américaine traduite en français, et qu’ils avaient galéré à reproduire les bulles originelles, et que du coup ils avaient conçu ça la larme à l’oeil, en priant Dieu de pardonner je t’en supplie reconnais les tiens, et que du coup j’étais paré à te coller les planches VO pour te montrer à quel point ils avaient foiré leur machin – C’EST UNE BD FRANCO-BELGE. Ça veut dire que vraiment ils ont eu le choix de faire des bulles belles ou des bulles laides, et ils ont délibérément sélectionné, un cocktail à la main, les orteils en éventail brisé, CETTE BULLE-LÀ :
Ce qui à mes yeux revient à faire ça :
Ça dérange doublement parce que ne pas penser la bulle comme un élément essentiel de la page, un élément qu’il faudrait intégrer harmonieusement dans la composition, ça fait un peu comme si, paradoxalement, Casterman et compagnie prenait l’art BD par-dessus la jambe ALLEZ HOP GÉRARD METS-LEUR DES CARRÉS ON S’EN BRANLE.
La prouesse du bouquin est de progressivement nous faire oublier ce gros point noir, par un récit classique mais habile. On est dans du fantastique au sens élémentaire du terme, on voit des trucs bizarres dans un contexte réaliste, et la fin laisse un doute irréductible, entre une hypothèse merveilleuse (tout ceci a vraiment eu lieu) et une hypothèse rationnelle (en fait c’était le bruit du vent dans les branches !). Ce qui fonctionne très bien ici, c’est que la mise en place du cadre réaliste est très soignée, et que l’irruption du chelou est putain d’inattendue (en somme je t’ai tout gâché). Pendant une bonne trentaine de pages, on a simplement le perso principal, Norman, qui galère, qui doit écrire un article mais n’y arrive pas, qui oublie l’anniv de sa mère, qui croise son idole Truman Capote par hasard dans un zinc… Cette impression de réalisme est renforcée évidemment par le fait que ce petit perso rencontre des personnalités qui ont vraiment existé, qui parlent d’événements qui ont vraiment eu lieu, dans une ville dans laquelle ils ont vraiment évolué. Tant et si bien que lorsqu’on se retrouve dans une sorte de manoir hantée avec Norman et Marilyn, on est à fond avec eux, on les connaît, c’est nos potes. Comme j’ai déjà dit plein de fois (mais surtout ici), y’a rien de mieux pour introduire un genre que de commencer par totalement autre chose, et de faire émerger le genre dans ce totalement autre chose. Ça marche aussi avec Shaun of the Dead par exemple.
L’artifice marche d’autant mieux que le livre est astucieusement foutu. Dans le péritexte, on ne nous dit pas qu’on va être confronté aux limites du réel, que le paranormal va nous retourner la zizette. Au contraire, on joue l’ambiguïté. Le sous-titre, De l’autre côté du miroir, est une charmante trouvaille : moi je m’attendais à un énième récit d’exploration de l’intériorité de Marilyn, on va aller au-delà du mythe, attente renforcée par des premières pages où le perso principal rappelle le jeune zouave de My week with Marilyn – en fait, il faut prendre ce titre plus littéralement, avec tout ce qu’il contient d’évocation à Lewis Carroll.
D’ailleurs, ça me dérangerait pas que Metter se mette à parler exclusivement de Marilyn Monroe dans un album futur car le portrait qu’il en fait ici est tout à fait convaincant. Visuellement, on sent qu’il a bossé à partir de photos et captures d’écran car les faciès et attitudes sont toutes justes. On apprécie aussi qu’il ne soit pas dans la sublimation perpétuelle : comme le trait est mouvant, parfois Marilyn est belle, parfois elle est banale, parfois son corps est érotisé, parfois c’est le corps honnête d’une meuf de trente ans qui a passé sa vie à perdre et reprendre des kilos. Psychologiquement, Metter en fait une femme pleine de gaieté et d’humour, pleine d’une assurance qu’on sent fragile sans qu’il nous fasse assister à un moment où l’assurance s’écroule. Sa Marilyn n’est pas une grande intellectuelle, elle fonctionne à l’instinct, et c’est sain : pas mal de projets ont échoué parce qu’ils ont essayé de nous faire croire à une Marilyn intello. En vrai on s’en fiche, ça n’est pas déterminant, même si je comprends qu’on puisse avoir envie d’aller à l’encontre de l’image de la gourdasse. Mais à quoi bon quand on a rien d’autre pour appuyer la démo qu’un carnet où Monroe note sans conviction des recettes de poulet rôti ? Qu’elle soit teubé ou Prix Nobel, Marilyn n’en est pas moins une actrice géniale.
Pour finir avec cet autre côté du miroir, trois remarques :
– À deux reprises, Christian de Metter fait chanter sa Marilyn. La première fois, c’est My heart belongs to daddy. La seconde, Let my people go down, un gospel. Dans les deux cas, on meurt d’envie que l’image s’anime, que le son sorte des pages. En attendant, on fait le travail nous-mêmes. C’est fort de parvenir à déclencher par la BD un si fort désir de musique et/ou de cinéma.
– Christian de Metter sait très bien moduler les différentes appréciations qu’on peut avoir de Marilyn Monroe. On a des paroles de gendushowbiz :
« Audrey est trop sage pour ce rôle mais je crains qu’ils ne veuillent édulcorer mon roman. (…) Holly, c’est toi. Enfin, c’est plutôt moi mais c’est toi aussi. Son sens de la liberté, ce côté un peu pute, un peu folle. C’est une sorte de geisha newyorkaise qui n’appartient à rien ni personne, même pas elle-même. »
Mais on a aussi des paroles de spectateur éclairé :
« Certains l’aiment chaud ? Vous y êtes géniale ! Wilder, c’est pour vous, c’est votre auteur ! »
Et des paroles de spectateur pas éclairé :
« La vraie est plus grande au cinéma. (…) Continuez à faire des chouettes films qui nous font bien rire. »
– À un moment, Norman raconte une blague cool à Marilyn. La voici :
« Le type rentre chez lui et à nouveau cette voix qui lui parle et lui redit la même chose : « Abandonne ton job, vends ta voiture, vide ton compte en banque, et pars à Las Vegas pour jouer le 9. » Ça dure une semaine, tous les soires la même voix, le même message. Il finit par être sûr que Dieu lui parle. Il démissionne, vend tous ses effets personnels, prend son argent et se rend à Las Vegas. Aussitôt arrivé, il se rue au casino et s’empresse de jouer à la roulette. À ce moment-là, la voix resurgit et dit à l’homme : « Mets tout ton argent que le 9… » Il s’exécute, un peu nerveux quand même. La roulette tourne, la boule ralentit, s’immobilise… sur le 13. Et la voix dit : « Merde… ». »
Arrêt d’autobus, Joshua Logan, 1956
Arrêt d’autobus, peut-être est-ce dû à son titre en trad littérale ratée, m’a laissé avec un drôle de goût dans la bouche. Comme si j’avais léché l’aisselle de l’Amérique des 50s. Je t’explique : c’est l’histoire d’un bouseux qui sort pour la première fois de son trou pour faire un rodéo, et son pote un peu moins bouseux lui dit « eh bah c’est l’occaz de te trouver une meuf bonne », et le bouseux est tout heureux, mais il a jamais eu à dragouiller dans sa ferme, alors il se comporte avec sa convoitise qui veut pas de lui (Chérie, jouée par tu sais qui) comme avec un bœuf – littéralement, genre quand elle veut se tailler il la chope avec un lasso et la ramène à lui. J’ai trouvé ça d’une violence d’abord symbolique puis concrète assez extrême, d’autant plus que le ton, qui doit te paraître un peu pouet pouet farcesque à la seule lecture du synopsis, est en fait plutôt sérieux. À partir de là, j’étais tendu : soit les types punissaient leur bouseux et je pouvais me dire « ok bon ça va », soit les types sortaient un happy-end de nulle part et c’était absolument scandaleux – on serait dans ce cas au-delà de la rape culture que les poilues condamnent à tour de bras poilus, où le viol est excusé, on serait carrément dans l’apologie du viol puisque ça montrerait que c’est pas un souci de capturer la meuf que tu veux pécho jusqu’à ce qu’elle laisse faire.
Je suis méga-embarrassé car la fin c’est un mélange des deux. Le bouseux se mange une rouste sévère, il est calmé, demande pardon à tous les gens qu’il a ennuyés, et Chérie se laisse emporter. Ça m’embête. C’est comme si la fin de Breaking Bad, c’était Walter White qui amène un bouquet de fleurs à Skyler et hop tout est arrangé. Il y a rédemption mais en même temps cette rédemption m’a l’air ridicule proportionnellement à la quantité de violence dont a fait preuve le bouseux. Mais il y a rédemption. Mais c’est pas suffisant. Mais quand même il est puni. Mais c’est minuscule. Mais PUTAIN ÇA M’EMMERDE CE FILM
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C’est à chier. Hollywood à cette époque se sentait toujours obligé de bricoler un happy end en dépit de toute cohérence psychologique, et parfois même sans résoudre vraiment les problèmes de ses persos. Il aurait fallu, pour que ça fonctionne, que la rédemption soit amorcée plus tôt. Pas qu’il y ait 1h15 de violence, 10 de pardon, et 5 minutes de finalement on s’aime. C’est non seulement mauvais moralement, mais en plus mauvais narrativement. |
C’est génial. Mon souci c’est que je ne pardonne pas aux personnages d’être moins éduqués que moi. Chérie aussi, c’est une bouseuse. Une bouseuse américaine des 50s. Ça ne paraît pas si étrange qu’elle succombe à un type qui la violente puis lui dit « non j’ai appris, maintenant je vais être doux ». Il faut envisager ça, comme le dit bien la jaquette du DVD, sous l’angle du portrait sans concession des petites gens d’Amérique profonde. |
Ce dont je suis sûr en revanche, au sortir de ce long, c’est des talents d’actrice de Marilyn Monroe. Elle s’abandonne comme à son habitude à son perso, mais ça surprend car ça n’est pas son perso habituel (c’est la même chose d’ailleurs pour Les Désaxés). Elle va loin dans la non-mise en valeur d’elle-même. Elle adopte un accent pourri, elle s’enlaidit par des robes défraîchies et un maquillage pâlot qui lui file à côté d’autres actrices aux joues roses l’air d’une tuberculeuse en fin de course, et surtout elle fait semblant d’être mauvaise dans ce qu’elle fait. Chérie est aussi une actrice. Mais elle joue mal, chante mal, danse mal. Et ça n’est pas farcesquement joué, ça n’est pas Lina Lamont dans Chantons sous la pluie. Simplement, quand Chérie doit tenir la note en fin de phrase, sa voix s’étiole. Quand elle esquisse un pas de danse, elle y met du cœur, mais c’est trop kitsch pour éblouir. Ça m’a permis de me rendre compte que le génie de Marilyn actrice – et par extension de la plupart des acteurs et actrices que j’aime – c’était de tout jouer au premier degré, sans manifester de malice supérieure d’une façon ou d’une autre. Si tu vois pas ce que je veux dire, compare le jeu de Will Ferrell dans n’importe lequel de ses bons films et celui de disons… Franck Dubosq dans Disco. Marilyn Monroe a choisi son camp.
Challenge séries – Doctor Who

Mise à jour importante dans notre Challenge séries : En commun The Black Adder (20/27) Doctor Who (102/102) Fawlty Towers (0/12) Firefly (0/15) Friday Night Lights (3/76) Freaks and Geeks (2/18) Gilmore Girls (0/153) Red Dwarf (6/52) Six Feet Under (0/63) Lune Avatar, le dernier maître de l’air[…]
Challenge séries – Doctor Who
Mise à jour importante dans notre Challenge séries :
En commun
The Black Adder (20/27)
Doctor Who (102/102)
Fawlty Towers (0/12)
Firefly (0/15)
Friday Night Lights (3/76)
Freaks and Geeks (2/18)
Gilmore Girls (0/153)
Red Dwarf (6/52)
Six Feet Under (0/63)
Lune
Avatar, le dernier maître de l’air (61/61)
Twin Peaks (2/30)
Veronica Mars (0/64)
Gibet
Angel (22/110)
The Comeback (13/13)
Old Christine (47/88)
OUI, on est venus à bout de Doctor Who ! On en a déjà parlé ici, ici et ici, ah et aussi ici (par contre on n’en a pas parlé là). On va tenter aujourd’hui, accroche-toi, de faire le bilan.

Gibet : Je dois avouer que je sais pas trop par où commencer. Ton ressenti général ?
Lune : Hum c’est une série très inégale donc c’est difficile d’avoir un ressenti général. J’ai l’impression que quand on a découvert avec Rose et Nine c’était une autre série. Il y a des épisodes géniaux, émouvants, drôles, bien rythmés, et d’autres creux et artificiels, surtout pendant l’ère Moffat. Mais même devant les pires épisodes, je passe un bon moment devant Doctor Who. Y’a toujours quelque chose pour rattraper les épisodes. En général, c’est le Docteur, mais pas toujours (et c’est encore vrai surtout pour l’ère Moffat, c’était pas sympa de gâcher Matt Smith).
Gibet : Oui t’as pas tort. Autant y’a des séries où le changement de showrunner ne se ressentira pas du tout, autant là ça tranche sec entre Davies et Moffat. Du coup, je te propose ensuite d’en parler séparément. Par contre, pour en revenir au ressenti général, moi, j’ai passé pas mal de mauvais moments devant Doctor Who, et si tu n’avais pas été là, ou qu’il n’y avait pas eu le Challenge séries, je pense que j’aurais arrêté assez vite, ou sauté un paquet d’épisodes. Pour les gens comme moi qui n’ont pas d’inclination particulière pour la SF, je pense que la série est vraiment trop inégale pour valoir le détour. Ceci dit, je ne suis pas en train de rejeter la série en bloc. J’y ai quelquefois passé d’excellents moments, et je respecte profondément cet univers, tout comme je respecte n’importe quel univers fictionnel aussi dense, vaste et long (d’ailleurs, j’ai jeté un œil aux Classics et ça m’amuse pas mal). C’est juste que le ratio de bon et de mauvais penche sérieusement vers le mauvais. Sur sept saisons, j’en ai vraiment apprécié trois, voire deux et demi.
Lune : Oui t’as raison quand tu dis que ça vaut pas forcément le détour, ça doit même être très pénible à regarder pour ceux qui n’aiment la SF, surtout la SF cheap, mais c’est un peu un incontournable pour les fans de SF, et c’est un produit culturel assez important.
DOCTOR WHO SOUS RUSSELL T. DAVIES
Gibet : C’est bien. C’est la plupart du temps très moche, mais très conscient de ça et donc jamais en train de flamber, à tenter de faire des trucs spectaculaires grillés d’avance. C’est loin d’être parfait aussi, mais je trouve que l’inégalité de ces quatre premières saisons de Davies font sens par rapport au propos général : c’est le bordel, on sait jamais sur quoi on va tomber, un épisode génial peut succéder à un épisode tout pourri, on peut choper un très beau moment au milieu d’un épisode de merde et inversement, ou un très bon épisode au milieu d’une saison pas terrible et aussi inversement, parfois la série va être très soucieuse de continuité (les gens qui fuient de Londres au bout de quelques catastrophes de Noël, Big Ben en travaux…) et parfois absolument pas (les théories de voyages temporels qui se contredisent…) – mais justement, Davies fait tout le temps dire à ses deux Docteurs que le bordel c’est bien, que c’est ça qui fait que l’espèce humaine est si attachante, alors ça confère une espèce d’unité au truc. C’est le bordel, mais le bordel, c’est pas si mal. Et c’est vrai que c’est amusant de regarder une série imprévisible.
Lune : Sous l’ère T. Davies on a trois saisons avec David Tennant qui est génial et qui fait vraiment décoller la série. Malgré tout l’amour que j’ai pour Christopher Eccleston, on peut difficilement le préférer à David Tennant (même si certains le font et que je vais m’attirer les foudres de la communauté, diantre – car c’est aussi ça Doctor Who, une grande communauté qui s’aime et s’engueule pour savoir si c’est Nine ou Ten ou Eleven le meilleur docteur : personnellement je trouve que le travail de David Tennant est incomparable, surtout puisque qu’il se permettait de dire à Russell T. Davies c’est nul ton truc viens on fait ça plutôt et que quand une série repose autant sur le personnage principal c’est important qu’il y ait du dialogue acteur-show runner, mais malgré tout ça, mon coeur bat plus fort pour Matt Smith. C’est peut-être parce que Moffat a passé son temps à érotiser le Docteur plutôt que d’écrire des bonnes histoires et paf fin de la digression).
Gibet : Je n’ai pas tellement de préférence par rapport aux interprètes, je trouve que les trois sont très bons, qu’ils arrivent à faire une proposition solide avec chacun leur sensibilité. Malgré tout, je préfère forcément les 9 et 10 parce que leur écriture est tenue, y’a des arcs d’évolutions, et ils font toujours à peu près des trucs sensés. Ce que j’aime d’ailleurs dans l’ère Davies, c’est que peu importe la qualité de l’épisode, il y a la certitude de voir un Docteur admirable, qui fait plaisir à suivre. Ce n’est pas le cas chez Moffat, qui écrit assez souvent le Docteur comme d’autres écriraient Alf : en gros, un alien survolté qui fait beaucoup de bêtises mais on l’aime bien quand même. Je n’aime pas du tout cette version du Docteur goofy, et pourtant c’est vraiment ce que Moffat tient à nous offrir – dès le S05E01, avec la séquence du repas où le Docteur ne sait pas ce qu’il aime manger (son plat préféré c’est du poisson pané à la crème anglaise MDR), on est dans ce registre. C’est un peu mieux quand ils atténuent cet aspect pour en faire un Docteur clumsy qui s’en sort toujours en donnant l’impression qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Ça, c’est une proposition plutôt attachante, et il n’y a que quand le 11 est comme ça que j’arrive à l’apprécier. Il arrive aussi assez souvent que le 11 mente éhontément à ses compagnons ou aux gens qu’il rencontre ponctuellement dans chaque aventure, et ça n’est pas sain car ça n’est pas justifié par autre chose que « ah bin ça arrange Moffat ». Il y a un épisode de la saison 6 (je crois) où le Docteur cache pendant tout un épisode qu’il a compris depuis un moment ce qui cloche avec Amy. Et à la fin, hop, il sort son tournevis, et il révèle le truc. Et ça n’a pas d’autre intérêt en dehors du fait que ça fait cool. C’est n’importe quoi ! Qui a envie de suivre un type pareil ? Et quand je dis suivre, c’est autant pour les persos que les spectateurs. Un héros qui trompe tout le monde car son auteur ne sait pas ne pas faire le malin, moi je trouve ça très triste.
Lune : Je trouve ça difficile de parler des qualités de l’ère Russell T. Davies sans cracher immédiatement sur Moffat alors je sors les canines. Par exemple, tu dis que Doctor Who est une série assez bordélique et que c’est bien, et je me suis rendu compte rétrospectivement que malgré ce bordel on sait toujours où on en est et ce qui se passe. On est jamais enterrés sous des arcs pourris et faussement complexes comme on le sera sous l’ère Moffat, qui en plus sont ennuyeux. Moffat a l’art des arcs très alambiqués qui ne créent pas de mystère puisqu’en tant que spectateur on n’arrive pas à s’impliquer et s’intéresser. C’est pas du mystère si no one cares (c’est un poème, j’espère que t’aimes). C’est dommage parce qu’il se concentre plus là-dessus que sur l’évolution des relations de ses personnages. Sous l’ère T. Davies, les relations sont bien mieux gérées, et ça tient peut-être au fait que la sentimentalité est plus ponctuelle. Les relations sont du coup plus simples à faire évoluer et les moments où le Docteur montre ce qu’il ressent par rapport à ses compagnons en deviennent plus précieux (la final de la saison 2 oh là là). Par contre, Moffat a l’avantage sur T. Davies de n’avoir jamais fait une erreur de casting aussi grosse que Freema truc. Tu trouves pas qu’il gère du casting l’ami Moffat ? Mais au final, peut-être que T. Davies est plus fort même sur ce plan parce que mon épisode préférée de la série, (et le préféré d’un tas de gens), Blink, se trouve dans la saison avec Martha (Freema truc) que je déteste déteste déteste. C’est très fort de réussir à nous montrer un épisode si bien foutu qui ne pâtit pas de la lourdinguitude de Martha.
Gibet : C’est drôle car pour montrer que Davies est fort, tu cites un épisode écrit par Moffat hihi.
Lune : Oui c’est T. Davies qui a mis son tampon « approuvé par le chef » dessus alors ça compte. Et Moffat a écrit un tas d’épisodes très bien quand T. Davies était le chef, c’est un bon scénariste sur le court terme, pour un épisode fermé.
Gibet :Je ne sais pas trop quoi dire par rapport au casting. Pour avoir vu Freema Agyeman dans un ou deux autres trucs, je sais que c’est pas une mauvaise actrice dans l’absolu. Donc Davies a bien des failles d’écriture lui aussi. Si Freema est mauvaise en Martha, c’est que le perso est vraiment inconsistant (qu’est-ce qui la définit ? elle est amoureuse du Docteur point barre). Mais Moffat c’est pas mieux, car c’est tous ses persos qui sont comme ça.
Lune : Du coup, ça serait plausible de croire que c’est Moffat qui a eu l’idée de Martha HEIN QUOI non je suis pas de mauvaise foi.
DOCTOR WHO SOUS STEVEN MOFFAT
Gibet : Je vais être court sur Moffat car en fait on a déjà tout dit en négatif. Pour résumer ce que je pense, j’ai une bonne citation d’Edgar Allan Poe, qui parle des jeux de l’esprit en général, mais qui peut s’appliquer exclusivement à la fiction de divertissement. Aussi s’il y en a qui bitent rien aux échecs, c’est un bon argumentaire pour faire genre vous êtes quand même malin :
« De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique, se complaît dans les exercices qui provoquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l’opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel. (…) Je prends donc cette occasion de proclamer que la haute puissance de la réflexion est bien plus activement et plus profitablement exploitée par le modeste jeu de dames que par toute la laborieuse futilité des échecs. Dans ce dernier jeu, où les pièces sont douées de mouvements divers et bizarres, et représentent des valeurs diverses et variées, la complexité est prise — erreur fort commune — pour de la profondeur. L’attention y est puissamment mise en jeu. Si elle se relâche d’un instant, on commet une erreur, d’où il résulte une perte ou une défaite. Comme les mouvements possibles sont, non-seulement variés, mais inégaux en puissance, les chances de pareilles erreurs sont très-multipliées ; et dans neuf cas sur dix, c’est le joueur le plus attentif qui gagne et non pas le plus habile. Dans les dames, au contraire, où le mouvement est simple dans son espèce et ne subit que peu de variations, les probabilités d’inadvertance sont beaucoup moindres, et l’attention n’étant pas absolument et entièrement accaparée, tous les avantages remportés par chacun des joueurs ne peuvent être remportés que par une perspicacité supérieure.
Pour laisser là ces abstractions, supposons un jeu de dames où la totalité des pièces soit réduite à quatre dames, et où naturellement il n’y ait pas lieu de s’attendre à des étourderies. Il est évident qu’ici la victoire ne peut être décidée, — les deux parties étant absolument égales, — que par une tactique habile, résultat de quelque puissant effort de l’intellect. Privé des ressources ordinaires, l’analyste entre dans l’esprit de son adversaire, s’identifie avec lui, et souvent découvre d’un seul coup d’œil l’unique moyen — un moyen quelquefois absurdement simple — de l’attirer dans une faute ou de le précipiter dans un faux calcul. »
T’en penses quoi ?
Lune : Je pense que c’est une bonne manière de montrer que ceux qui font les petits malins ne sont que des flambeurs, et je comprends d’autant plus que je gère plutôt niveau règles complexes et gymnastique mathématique et que je vois bien que c’est du vide. Par contre je te soupçonne de toujours pas avoir digéré mes multiples victoires aux jeux de société dues au fait que tu piges que dalle aux règles. Mais oui c’est une bonne manière d’illustrer la différence entre T. Davies, l’efficace joueur de dames, et Moffat, le tricheur aux échecs.
Gibet : D’une, je m’en fiche car une fois j’ai fini une grille de Démineurs en 9 secondes. BAM. De deux, pour filer la métaphore, Moffat est d’autant plus casse-bonbons que c’est le genre joueur d’échecs qui quand il en a marre de perdre balance « Ah mais au fait j’ai le droit de faire ça ! – Ah bon ? – Ouais ouais fais-moi confiance ! – Ah bah t’as gagné du coup. – J’y avais pas pensé, mais oui du coup oui. » De trois, pour arrêter la métaphore, Sullivan Le Postec a écrit un excellent bilan sur ce qui ne marche pas dans le Doctor Who de Moffat – le seul moyen de faire mieux sur cette thématique, ça serait de choper Moffat dans un coin pour lui faire rendre des comptes. Une équipe sauvage vénère le prend à la sortie de la cantine : « Hi Steven. WHY DO YOU SUCK ? ».
TOPS ET FLOPS
Lune
Compagnon préféré : Donna Noble parce qu’elle a des balls, qu’elle a pas de relation amoureuse avec le Docteur (même Rory aurait bien envie de se le taper), qu’elle est drôle et que la manière dont se clôt sa relation avec le Docteur est la plus touchante des clôtures de relations compagnons/Docteur.
Saison préférée : la 4 parce qu’il y a Donna Noble.
Réplique préférée : « Okay then. That’s what I’ll do. I’ll tell you a story. Can you hear them? All these people who lived in terror of you and your judgment. All these people whose ancestors devoted themselves, sacrificed themselves to you. Can you hear them singing? Oh you like to think you’re a god. But you’re not a god. You’re just a parasite. Eat now with jealousy and envy and longing for the lives of others. You feed on them. On the memory of love and loss and birth and death and joy and sorrow, so… so come on then. Take mine. Take my memories. But I hope you’re got a big a big appetite. Because I’ve lived a long life. And I’ve seen a few things. I walked away from the last great Time War. I marked the passing of the Time Lords. I saw the birth of the universe and watched as time ran out, moment by moment, until nothing remained. No time, no space. Just me! I walked in universes where the laws of physics were devised by the mind of a madman! And I watched universes freeze and creation burn! I have seen things you wouldn’t believe! I have lost things you will never understand! And I know things, secrets that must never be told, knowledge that must never be spoken! Knowledge that will make parasite gods blaze! So come on then! Take it! Take it all, baby! Have it! You have it all! »
TOP
5. S02E04 The Girl In The Fireplace : c’est un petit épisode enchanteur avec le Docteur qui roule une pelle à Madame de Pompadour. Joli, léger et triste.
4. S04E09 Silence in the Library / S04E10 Forest of the Dead : le « Donna Noble has been saved » a trotté dans ma tête un long moment. J’aime cet épisode pour ses décors, cette immense librairie vide a un charisme très particulier. Et aussi c’est la première rencontre du Docteur avec River Song, qui m’avait pas mal intriguée, même si ça ne s’est pas révélé être un perso que j’affectionne énormément.
3. S01E12 Bad Wolf / S01E13 The Parting of Ways : c’est le climax de la saison 1, c’est efficace, et je voulais mettre un épisode avec Nine dans mon top 5.
2. S05E14 A Christmas Carol : une très jolie adaptation de Dickens, avec des poissons mignons qui nagent dans l’air et qui réagissent à la musique.
1. S03E10 Blink : c’est pas un choix très original. C’est un épisode efficace et simple, où on ne voit pas tant que ça le Docteur. C’est beau de nous foutre la trouille avec des statues, n’importe quelle statue.
FLOP
4. S03E01 Smith and Jones : épisode de présentation de Martha, où on s’ennuie gentiment.
3. S06E08 Let’s Kill Hitler : tentative désespérée de rendre River Song cool.
2. S04E05 The Poison Sky : comme si une Martha suffisait pas, la voilà qui se dégote un clone.
1. S05E07 Amy’s Choice : le Docteur et ses potes arrêtent pas de s’endormir et ils savent pas ce qui est un rêve et ce qui l’est pas et y’a du danger de mort imminent et on s’en fiche.
Comme j’ai que 4 épisodes dans mon flop, j’en rajoute un à mon top :
6. S07E07 The Rings of Akhaten : épisode poétique et musical, avec une tirade de Eleven pas mal du tout.
Gibet
Compagnon préféré : Donna Noble parce que c’est la seule à tenir tête au Docteur, et à lui dire ta gueule quand il dit de la merde et calmos quand il fait nawak (c’est une meuf comme ça qu’il faudrait à Moffat en fait).
Saison préférée : la 1 ou la 4 car c’est les plus équilibrées en terme de qualité à mon sens.
Réplique préférée : une des premières, « Lot of planets have a north » et une des dernières, « The name you choose, it’s like a promise you make. »
TOP
5. S01E07 The Long Game : parce que Davies y trouve le seul moyen de rendre Le Maillon Faible intéressant.
4. S05E14 A Christmas Carol : une belle réécriture du roman de Dickens, qui sait être fidèle tout en ménageant un tas de surprises à qui connaît le récit par cœur, avec un 11 tout clumsy comme on l’aime.
3. S02E10 Love & Monsters : les trois premiers de mon Top 5 sont des épisodes très économiques, dans tous les sens du terme – ici, un nerd fasciné par le Docteur fait un vidéoblog, on voit le Docteur seulement deux minutes à la fin, et il nous avait même pas manqué.
2. S03E10 Blink : on ne peut pas faire plus simple comme règle de jeu DON’T BLINK, c’est tout, DON’T PUTAIN DE BLINK. Et on s’amuse comme des petits fous.
1. S04E08 Midnight : des gens qui répètent les phrases des autres en mode perroquet, ça coûte pas cher mais ça peut faire grave flipper, quand on prend la peine de faire durer le truc. Prends note, réal de film d’horreur fauché.
FLOP
5. S05E11 The Lodger : le Docteur joue au foot lol
4. S03E08 Human Nature / S03E09 The Family of Blood : pour se planquer d’un danger très dangereux qu’il anéantira en 5 secondes à la fin de ce double-épisode, le Docteur devient humain – on se coltine donc les moues connasses de Martha pendant deux heures, dans une intrigue alambiquée qui n’a pas lieu d’être, INSUPPORTABLE. On s’en fiche de voir ce que serait le Docteur s’il était humain puisqu’il l’est pas et qu’en plus ça le rend plus chiant qu’un mur gris.
3. S05E04 The Time of Angels / S05E04 Flesh and Stone : pour modérer l’enthousiasme général envers Blink, il faut souligner que Moffat a quand même grave pourri son idée géniale par la suite. Ici, il rajoute des règles au jeu, et le jeu n’a plus aucun intérêt.
2. S07E05 The Angels Take Manhattan : la même chose, avec encore une autre couche de règles à la con, et il essaie de nous faire pleurer sur le départ « définitif » – c’est définitif car il l’a décidé, sinon ils sont juste envoyés dans le passé, je vois pas trop où est le souci puisqu’on est dans une série où on peut voyager dans le temps – d’Amy et Rory. NON.
1. La saison 6 : c’était nul, et j’ai rien compris. Même sur une promesse aussi primaire que Let’s kill Hitler, Moffat se plante.
LE NOM DE LA FIN
Gibet : Est-ce que tu regarderas la suite, Lune ? Est-ce que t’es impatiente à cette idée ?
Lune : Bien sûr que je regarderai la suite, et je suis impatiente, mais je redoute un peu aussi. Qu’est-ce que ça donne, Matt Smith et David Tennant sous Moffat ? Cet épisode anniversaire a intérêt à être plus réussi que The Name of the Doctor, le final de la saison 7, parce que je commence à saturer. Et je suis très curieuse de voir ce que ça va donner avec Capaldi pour la saison 8.
Gibet : Un peu pareil. D’une part parce que la deuxième moitié de la saison 7 était correcte et d’autre part parce qu’il va se passer plein de choses avec John Hurt en Dark Doctor, l’épisode anniversaire avec Smith et Tennant et le passage de Smith à Capaldi… En gros je materai ça pour les acteurs. Cela dit, s’il s’avère que la saison 8 est aussi mal branlée que les trois précédentes, tu vas vite te retrouver à regarder ça toute seule. Moffat, je te donne trois épisodes. Fais-moi rêver.
Marilyn Monroe – Pin-Up / Sept ans de réflexion

J’avais la dernière fois entrepris d’élargir Marilyn, je poursuis cette fois-ci la démarche en traitant un concept que je suis contraint d’utiliser à quasi-chacun de mes articles de la rubrique : la pin-up ! Et comme je suis pas crevard, je vais t’en montrer des jolies entre deux logorrhées que[…]
Marilyn Monroe – Pin-Up / Sept ans de réflexion
J’avais la dernière fois entrepris d’élargir Marilyn, je poursuis cette fois-ci la démarche en traitant un concept que je suis contraint d’utiliser à quasi-chacun de mes articles de la rubrique : la pin-up ! Et comme je suis pas crevard, je vais t’en montrer des jolies entre deux logorrhées que tu liras pas.

Pin-Up, Berthet & Yann, en cours de publication
Comme chacun sait, il ne faut pas vendre la charrue avant les bœufs – les lots, ça part mieux sur Leboncoin, vends une dalle, t’auras que dalle, vends cents dalles, t’auras cent balles. La sagesse populaire me rappelle ainsi qu’avant de me lancer dans la tritique de Pin-Up la série de bédés, je dois te parler de Pin-Up le mémoire sans images, puisque je n’aurais pas lu celle-là si je n’avais pas lu celui-ci.
Il y a quelques mois, je trébuchais sur ce mémoire : La pin-up et ses filles, histoire d’un archétype érotique par Camille Favre. C’est un pas mal mémoire. Un mémoire honnête qui fait son travail sans tambour ni lessive. C’est satisfaisant factuellement sans pisser très loin en terme de problématisation. En bref, c’est un mémoire cultivé mais pas intelligent. Du coup, je sais pas trop si je te le conseille. Oui si tu t’intéresses au sujet et que tu n’as jamais rien lu dessus. Non si tu veux une réflexion abyssale. Oui si tu cherches un truc gratos à lire. Non si tu veux voir de la donze dénudée car Mémoire Online, même pas Dieu sait pourquoi, n’a pas jugé judicieux de joindre les illustrations à la parole. Vers le milieu, Camille Favre s’arrête sur Pin-Up de Yann et Berthet, en soulignant la qualité du travail de reconstitution. Naturellement, dès que j’ai eu fini Pin-Up le mémoire, j’ai enchaîné avec Pin-Up la BD.

Pin-Up de Yann et Berthet – dont je n’ai lu que les 8 premiers tomes (j’ignorais à vrai dire qu’il y avait une suite) – raconte les aventures de Dottie, lovely rousse américaine, en quatre trilogies, la première se passant dans les 40s pendant la Guerre du Pacifique, la seconde dans les 50s / 60s pendant la Guerre froide, la troisième dans les 70s pendant la Guerre du Vietnam, et enfin la quatrième dans les 40s à la fin de la Seconde guerre mondiale. Si je devais pitcher tout ça brièvement, je dirais que ce sont simplement les tribulations à travers l’Histoire d’une meuf bonne aux States. Le projet de Yann et Berthet devait en effet se réduire à cette exploration des possibilités de vie qu’avaient une belle débrouillarde ni trop conne ni très maline dans ce décor et à cette époque. Un projet qui, en soi, aurait pu être passionnant.
Pin-Up a deux belles qualités :
1) Comme le disait Camille, le boulot de reconstitution est irréprochable ; c’est très documenté, très rigoureux, très respectueux de ce que pouvait être la BD ou le porn à ces différentes époques. Le meilleur exemple de cette démarche apparaît dans la première trilogie : les types s’éclatent à pasticher les comic strips de guerre de type Male Call, en inventant des nouveaux gags, et sans aseptiser le ton particulièrement raciste, sexiste, surviril d’origine (ils ont tellement kiffé faire ça qu’ils ont carrément créé un spin-off tout entier consacré aux exploits de l’héroïne de la BD que les persos lisent dans Pin-Up, Poison Ivy). Ainsi Pin-Up de Yanébertè fonctionne très bien comme illustration de Pin-Up de Camifavr. Ça raconte la même chose, mais avec des dessins et des bulles.
2) L’image, sans être d’une inventivité folle (on reste dans du classique franco-belge à tous les niveaux, dessin, couleurs, découpage), est pas trop mal troussée – oui, je veux dire par là que Yann ou Berthet dessine très bien les femmes à poil.

Au-delà de ces deux trois trucs, hélas, on s’emmerde. L’intrigue s’encombre perpétuellement de persos stéréotypés boulets dont on se fout totalement, et donc de sous-intrigues mollassonnes, quand on a juste envie de suivre Dottie. Dans la trilogue Guerre froide, c’est encore pire car ils essaient de faire un grand scénar d’espionnage, et ça produit un gros machin alambiqué et tordu auquel on comprend rien et dont, encore une fois, on se branle royalement. C’est tellement mauvais que j’ai failli m’arrêter au milieu de cette seconde trilogie.
Le fond n’est pas beaucoup plus fin. Que ce soit dans sa manière d’enclencher les intrigues ou dans sa vision du monde, Pin-Up est trop systématique. À chaque fois que Dottie rencontre quelqu’un, il a un rapport avec la grande Histoire. À CHAQUE FOIS. Comme si on faisait une BD sur toi dans 50 ans, et que quand tu sortais dans la rue, tu rencontrais successivement un fils de Barack Obama, une cousine de James Cameron, l’héritier de Marcel Proust et, bien entendu, tu tomberais grave amoureux de quelqu’un qui devrait partir canaliser une guerre civile au Moyen-Orient. Plus douloureux encore, la mise en scène de la guerre des sexes est ridicule : nous avons d’un côté les hommes, tous tarés tyranniques prêts à tout pour baiser leur convoitise, et de l’autre les femmes, qui sont soit naïves soit blasées, selon la connaissance qu’elles ont du monde. Là où on voit le mieux que Yann et Berthet ne manient pas bien ces enjeux, c’est quand ils font recours à un personnage de lesbienne. Dans Pin-Up, on devient lesbienne parce qu’on en a marre des hommes ! Et dans Pin-Up, quand on est lesbienne, on accroche au dessus du canap dans le salon un tableau avec deux meufs nues plantureuses qui se font des cunis ! En fait, Pin-Up déçoit car les auteurs ne prennent pas du tout de distance par rapport à l’esthétique pin-up ; au contraire, ils plongent dedans, les quatre pieds dans le plat sans ôter les chaussettes, et y participent activement.
Et comme ça suffit pas, on doit en surplus se coltiner des dialogues lourdingues tels que :
Milton : C’est trop drôle ! Grâce à mon métier, je rencontre des dizaines de petites oies blanches qui feraient n’importe quoi pour poser pour le grand Milton… Ah ! Ah ! Ah ! … Et il fallait que Pygmalion s’entiche de sa créature ! Ou plutôt de son modèle.
Dottie : Pygmalion ?
Milton : Oui… Le sculpteur de l’antiquité qui s’éprit de Galatée, son chef-d’oeuvre. Il supplia Aphrodite de donner la vie à sa belle statue… Bref, le mec qui tombe fou amoureux de sa créature. Moi, ma créature, c’est Poison Ivy. Mais je me fiche bien de cette vamp de papier glacé ! C’est son modèle de chair et d’os que je veux !… Et je vous aurai !
Rien que le « Ah ! Ah ! Ah ! » est condamnable, mais s’il y avait que ça… C’est l’archétype du dialogue mille fois trop explicatif qui induit que le lecteur est un abruti monumental. Note qu’en plus ils s’encombrent de la référence à Pygmalion alors qu’elle ne sert strictement à rien dans cette situation. Ça aurait suffit :
Milton : Quelle ironie ! Toutes les femmes me veulent mais la seule que je veux ne veut pas de moi… Je vous aurai, salope.
Cela dit, tout ça – du moins tout ce qui relève de l’intrigue et du dialogue – tend à s’améliorer au fil des albums. Les meilleurs tomes, parmi ceux que j’ai lus, sont les plus récents, ceux qui se passent à Vegas. L’intrigue y est sobre et centrée presqu’exclusivement sur Dottie, et les dialogues, après être passés dans la trilogie Guerre froide par un immonde argot franglais (« Oh my God ! Je ne mettrai plus les pieds dans ton atelier, suck my dick, Milton ! »), sont enfin clairs et fluides.
Comme pour le mémoire, je ne sais pas trop si j’ai envie de te conseiller cette lecture. Oui si tu t’intéresses au sujet et que tu n’as jamais rien lu dessus. Non si tu veux une réflexion abyssale. Oui si tu veux voir de la donze dénudée. Non si tu cherches un truc gratos à lire.

(par Jooles)
Sept ans de réflexion, Billy Wilder, 1953
Je n’ai pas très envie de m’attarder sur la qualité du film en soi – sache que je le trouve excellent, que c’est un de mes films favoris, que je pense que tout le monde devrait le voir pour tomber amoureux de Marilyn – j’ai plutôt envie de m’arrêter quelques instants sur le geste génial qu’y accomplit Wilder.
Dans Sept ans de réflexion, Wilder met tout son génie au service de la sacralisation de Marilyn Monroe. Comment s’y prend-il ? Il en fait une parfaite incarnation (je suis littéral ici : incarner c’est donner une chair, un corps réel) de la pin-up classique, habituellement cantonnée aux imagettes plates, aux dessins dont on ne peut palper que le papelard. JE PEUX LE PROUVER ! Mate avant tout la définition efficace que nous offre Camifavr dans les premières pages de son mémoire.com :
« Dans les recherches menées l’année dernière, nous avons tenté de définir ce qu’est une « pin-up classique ». En premier lieu, elle est le portrait d’une jeune femme occidentale, présentant un élément thématique ou évoquant implicitement une histoire. Elle porte généralement une tenue légère qui révèle des formes avantageuses. La pin-up se découvre par mégarde, faux mouvement ou accident. Ces mises en scène dont la crédibilité importe peu, permettent d’érotiser la femme sans en faire un sujet sexuel actif (qui veut ou désire) tout en lui conservant fraîcheur et naïveté.
La pin-up est également fixée dans des normes corporelles précises et permanentes, sa plastique est idéale, « améliorée » : seins en obus, jambes interminables, taille de guêpe, fesses hautes. Nous voyons aussi se construire cette image autour d’accessoires usuels de séduction : bas, porte-jarretelles, talons, avec une mise en valeur des attributs sexuels évocateurs : les jambes, les fesses, les seins. Les références à une certaine tradition artistique érotique sont nombreuses : scène de bain, miroir et orientalisme.
(…) L’homme est absent de l’image, il est plutôt en position de voyeur malgré lui. L’humour et la légèreté, très présents dans cette imagerie, permettent de déculpabiliser le spectateur et lui offrent alors une excitation, sous forme d’invitation sexuelle innocente. »
C’est noté ? Maintenant analysons la première apparition de Marilyn, qui pour commencer, dans ce film, n’a pas de nom – on l’appelle, dans les scénar et générique, The Girl. Avec cette appellation, on est déjà en plein dedans. Wilder a pu choisir de la nommer The Girl pour simplement dire « cette fille-là, cette girl-next-door banale que je distingue des autres car elle est next-door » ou au contraire pour faire d’elle The Girl par excellence (de la même façon que Sherlock Holmes fait d’Irène Adler « The Woman ») ; l’esthétique de la pin-up, c’est ça, c’est un perpétuel voyage entre du quotidien pragmatique (on surprend une p’tite dame qui laisse paraître ses culottes en étendant son linge) et du fantasme pur (cette p’tite dame est loin d’avoir la carrure de tes authentiques voisines, rien à voir avec Rosette la veuve maigrelette de 60 balais ou Michelle la trentenaire qu’on surnomme affectueusement Bas de Buffet, c’est du corps féminin idéalisé, sans substance concrète, parfois même impossible physiologiquement). Quand ça c’est posé, une question insoluble apparaît : qu’est-ce qui titille dans la pin-up, le fait que ce soit une beauté incroyable qui fasse des trucs banals ou bien le fait que dans cette situation banale la beauté puisse paraître ?

The Girl est avant toute chose une silhouette, une silhouette particulièrement suggestive du fait qu’elle apparaît en ombre chinoise à travers la porte. Comme la silhouette est déformée, mais qu’on y distingue une tête au-dessus d’un corps plein de formes, on est immédiatement appelé à imaginer le modèle réel qui produit l’ombre, d’autant plus qu’à ce moment Wilder fout en bande-son une zuzic qui invite à l’amour. La forme qu’on distingue à travers la porte n’étant pas très claire, chacun peut imaginer la pépée de ses rêves. En somme, The Girl, avant toute chose, est un fantasme pur sur lequel le spectateur peut projeter tout ce qu’il veut. La pin-up de papier, elle aussi, est une page blanche où chacun peut s’écrire. Elle n’a pas de passé, pas d’intériorité. Si le gars qui zieute a envie d’imaginer que la fille habite dans son quartier et qu’elle aime les gars dans son genre, il peut, s’il préfère se dire que c’est une infirmière au repos qu’il rencontrera un jour s’il tombe malade, c’est tout aussi permis. Le génie de Wilder est peut-être aussi là : il réussit à construire un personnage à partir d’un archétype visuel volontairement vide.

Comme la pin-up, The Girl est maladroite et tête en l’air, sans que ce soit un calcul de fausse ingénue. Dès sa première réplique, elle confesse un oubli (celui de ses clefs). Sa première action (monter les escaliers), elle la rate.


Comme dans l’esthétique pin-up, la maladresse permet de sexualiser le corps. On a vu les conséquences qu’engendraient le fait que The Girl ne puisse pas ouvrir la porte d’elle-même (le perso masculin sort sa tête pour voir qui est à la porte et tombe – et nous avec lui – sur la silhouette fantasme / fantôme). Quelques secondes après, le coinçage du fil la fait se cambrer, accentuant sa poitrine explosive et son bouli mastoc, lesquels n’ont pas besoin de cela pour qu’on les voie puisque la lady est affublée d’une petite robe qui la colle de près. Le fil, en plus, structure l’image et attire l’œil vers le fessier, le surligne mieux qu’un Stabilo Boss. Plus tard, The Girl toute nue fera tomber un plant de tomate, se coincera l’orteil dans le robinet de la baignoire, rhabillée elle tombera plusieurs fois de manière évidemment à mettre en valeur son corps, etc, etc.
Comme dans l’esthétique pin-up, The Girl fait tout ceci dans la plus immaculée des innocences. The Girl n’a pas conscience de son pouvoir sexuel, ni même, plus généralement, connaissance de la notion de sexe. Mais il faut aller plus loin pour réellement s’en rendre compte. Et je ne vais pas pouvoir d’ailleurs être exhaustif. En toute innocence, The Girl dit des choses du genre :

et














ou encore






et caetera ! Tu me crois maintenant ? The Girl = incarnation de la pin-up classique, on est d’accord ?
Revenons à un souci que j’ai soulevé tout à l’heure : comment est-il possible qu’on s’attache à un personnage qui par définition se doit d’être vide ? Je crois avoir trouvé réponse en m’attardant sur une autre tentative (ratée) d’incarnation de la pin-up. À la même époque, des réals comme Irving Klaw produisaient des films mettant en scène Bettie Page ou Lili St Cyr dans des situations de pin-up (je te renvoie à Teaserama si tu vois pas de quoi je parle). Nonchalamment, les filles en question, par exemple, se lèvent au petit matin et s’habillent pour sortir. Étrangement, l’artifice ne fonctionne qu’un laps de temps très limité ; très vite, au lieu d’être émoustillé, on s’ennuie. Ce qui rend Sept ans de réflexion passionnant, c’est que le spectateur est inclus dans le film via le personnage masculin. Richard Sherman (c’est son nom, je l’avais pas dit, mais on s’en fiche, il pourrait s’appeler A Man) a l’occasion unique de capturer une pin-up et d’en apprendre plus sur elle. Une bonne partie du dispositif, en ce sens, relève de l’interview : Sherman creuse en posant des questions à The Girl, et le procédé est ludique dans la mesure où il les pose en même temps qu’elles nous viennent à l’esprit, et réagit de la même manière que nous aux réponses de The Girl. Les Teasarama n’incarnent pas la pin-up, ils se contentent de la mettre en mouvement. C’est très primitif : on est censé s’émerveiller de ce que la pin-up couramment fixe se mette à se mouvoir, de la même manière que les premiers spectateurs de cinéma du XIXème siècle étaient bouché bée face à ces sortes de photos animées.
Aussi, la pruderie du cinéma hollywoodien des 50s, grignoté par le Code Hayes, est bénéfique à Sept ans de réflexion. Les Teaserama, qui étaient tournés en dehors des circuits aseptisés, sont plus libres mais cette liberté les condamne à l’inefficacité. Qu’on puisse tout montrer, et que le « tout montrer » soit le seul sujet du film, anéantit l’esthétique pin-up. Les Bettie et les Lili ont beau ne pas nous lancer un regard pour donner l’impression qu’elles ne se savent pas observer, il n’y a que leur effeuillage à voir. L’effeuillage, par là, est sacralisé. Ce n’est plus l’irruption de l’érotique dans le quotidien, c’est l’irruption de rien du tout dans rien du tout. Dans Sept ans de réflexion, quand le corps de The Girl est dévoilé, c’est toujours pris dans un flux d’autre chose, souvent un flux de paroles, qui annexe le geste (par exemple, The Girl qui soulève gentiment son chemisier pour s’aérer en racontant ses histoires de baignoire). On ne croit pas dans l’innocence de Lili St Cyr car il n’y a qu’elle qui se déshabille et la caméra mais on croit dans l’innocence de The Girl car il y a tout un dispositif fictionnel extrêmement sophistiqué pour nous y faire croire.
Donc, surtout, dans Sept ans de réflexion, il y a un récit. The Girl est intéressante aussi en ce qu’elle tend ce récit. Sherman succombera-t-il, succombera-t-il pas ? Quel sera son effet sur lui au bout du compte ? Ça fonctionne car la créature idéale est confrontée à un humain tout à fait terre-à-terre, un personnage concret dont est curieux de voir l’évolution. Tu remarqueras que la structure de Sept ans de réflexion annonce celle des films de Manic Pixie Dream Girl – une jolie fille excentrique tornade la vie d’un gars coincé puis disparaît aussi sec. Je te laisse réfléchir à ça (trouve ci-joint le meilleur gif du monde pour t’aider à méditer) : la pin-up, dans le fond, est l’ancêtre de la manic pixie dream girl.