Irlande – France : Le jour des saigneurs !

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Tournoi dominical …

Un match du tournoi un dimanche après-midi, c’est comme des amuse-gueule en fin de repas, une incongruité absurde, un je-ne-sais-quoi qui cloche, un manque de savoir vivre ! Mais il en est du rugby comme de tout le reste dans ce monde, tout doit se plier aux désideratas de la télévision !

C’est ainsi que j’ai organisé mon repos dominical en fonction de cette borne incontournable : coup d’envoi à seize heures. Le repas expédié sans prendre le temps d’ouvrir une autre bouteille pour ne pas perdre de vue l’écran aux moments décisifs, une promenade digestive forcément en bord de Loire exécutée au pas de charge et aux quatre coups du clocher voisin, plutôt que d’aller aux vêpres, je m’installais devant mon petit écran (formule adaptée à la réalité contrairement à de nombreux foyers qui ont opté pour le gigantisme télévisuel).

La veille, je n’ai pas voulu souffrir en regardant la fringante et néanmoins perfide Albion qui a retrouvé ce dynamisme qui en fait un incontournable favori du Tournoi et un candidat hélas beaucoup plus sérieux que notre quinze national à la prochaine et lointaine Coupe du Monde. Par contre, j’ai regardé d’un œil discret, le nez sur le clavier, la rencontre Écosse – Pays de Galles. Comment nos amis en kilt ont-ils pu mettre trois essais aux Français en étant aussi peu inspirés ?

Je m’installe juste à temps pour les hymnes, ce passage que l’on juge encore nécessaire pour flatter l’honneur patriotique et confirmer à chaque fois que le Français est, contrairement à nos amis d’Outre-Manche un bien piètre chanteur. Des chœurs écossais à vous tirer des larmes, à la foule anglaise clamant fièrement sa supériorité en passant par la ferveur irlandaise, nous sommes parfaitement minables quand nous entonnons, jamais à l’unisson, notre chant guerrier et cocardier !

Les Irlandais ont beau être à quasi-faillite, la fédération de rugby a les moyens de disposer d’un stade, qui plus est couvert, à l’abri des mauvaises surprises de la météorologie et du consortium du Stade de France, machine à faire des profits sur le dos de la Fédération Française de Rugby.

L’entame prouve le bien fondé de mes inquiétudes concernant la défense tricolore, deux actions vertes, deux essais dont un refusé. L’après-midi promet d’être chaude et il faudra que les Français cessent de cumuler les bêtises comme cette relance absurde et ce coup d’envoi directement en touche. Il ne suffit pas d’avoir une mêlée conquérante pour se sortir de tels guêpiers !

La France réagit comme il se doit avec son monstre à seize pattes. Puis ils se lancent dans du jeu large- large qui leur permet d’obtenir une pénalité convertie par Parra. Entre temps, les joueurs prennent la balle sans vitesse et ne semblent pas en mesure d’inquiéter la défense adverse. De l’autre côté, les prises de balle sont tranchantes. Je reste inquiet !

C’est à coup de pénalités que la France revient dans les clous. Il y a du mieux dans la prise de balle mais les transmissions sont médiocres et le danger inexistant pour l’instant. Le « French flair » a pris un vilain coup dans le nez depuis quelques temps ! Gardons espoir, il y a quelques talents incontestables dans cette équipe ! Il y a aussi d’insigne faiblesse avec des ballons perdus en cours de route qui sont autant de munitions offertes à l’adversaire heureusement indiscipliné..

En fin de première période une nouvelle déferlante irlandaise va à dame. Il y a de la détermination dans l’attaque de la ligne quand du côté Français on récite des lancements où les avants pour l’instant ne servent que de leurres. Ce jeu ne s’appuie pas sur nos qualités habituelles. Il y a un manque d’imagination et de spontanéité qui m’attriste vraiment.

C’est la mi-temps, je me sers un vieil Armagnac pour me prouver encore que la France est capable de nous offrir des produits de caractère ; pas comme ce spectacle insipide qui laisse l’équipe tricolore à flot grâce uniquement à son jeu au pied. L’imagination aurait-elle traversé la Manche ? Sur les pubs que nous inflige ce service public qui n’est jamais à la hauteur en matière de rugby, les joueurs améliorent l’ordinaire en se faisant homme sandwichs, et oublient de rester conquérants sur le pré.

Le sélectionneur national a l’air passablement excédé. Il n’est pas content de sa défense, de son attaque et de ses joueurs. Faut-il aussi jeter le baigneur avec l’eau du bain ? Il y a dans cette attitude quelque chose de choquant qui n’atteste pas de cette sérénité dont on se plait à parler pour la façade sans doute.

Notre jeu reste hémiplégique. Les avants jouent entre eux, les trois quart également et les actions conjointes restent lettre morte. Les gros oublient de fixer par des mauls qu’ils doivent être largement en mesure de réaliser, les trois quarts se content d’écarter le jeu sans chercher à éliminer leur vis à vis par un contre un décisif. Même nos commentateurs soporifiques parlent de jeu décousu, c’est vous dire si c’est grave !

Morgan Parra dans un silence de cathédrale qui n’inspire jamais le public franchouillard, parvient malgré tout à obtenir l’égalisation. C’est le moment que choisi notre sélectionneur pour faire entrer en jeu une carte vermeille. Sur le renvoi, la France balbutie et tend le bâton pour se faire battre. Quand on ne maîtrise pas ces moments clé, c’est le signe évident que quelque chose ne va pas dans ce collectif.

L’homme du Néandertal à queue de cheval fait son entrée. Les mouches changent alors d’âne sur un éclair individuel et une grosse faute défensive au centre du terrain. Un essai qui donne de l’air sans changer vraiment la donne pour la prochaine échéance et l’objectif plus lointain. Qu’importe la manière et le contenu, le résultat seul compte dans cette seconde division mondiale.

Les bulldozers continuent à épuiser les hommes au trèfle. Encore une possibilité de points sans génie qui déclenche une Marseillaise de mauvais aloi ; c’est le premier échec du canonnier clermontois. N’a t-on, dans ce pays, pas un autre chant pour exprimer la liesse populaire ? Heureusement, les fautes succèdent aux fautes dans le camp des verts dépassés par la puissance français et le buteur rattrape son erreur.. Mais ce bras de fer génère ennui et médiocrité.

Les Verts font le siège de la ligne d’en-but. Une séquence qui fait des dégâts considérables et permet aux Irlandais de marquer leur troisième essai en quatre incursions dans nos vingt deux mètres. Il y a un vrai problème de défense et de gestion du jeu.
La victoire sera peut-être au bout du suspens mais que d’inquiétudes !

Des joueurs d’expérience entrent sur le terrain pour commettre une erreur de débutant. Les Verts, de rage, n’en profitent pas et galvaudent sans doute la balle de match. Il reste le suspens à défaut du spectacle et les dernières minutes sont chargées d’indécision du résultat. Une interminable action française montre la stérilité des bleus qui perdent la balle et voient le vent du boulet passer de près sur le contre terrible. La chance a choisi son vainqueur …

Les commentateurs vont se féliciter d’une victoire qui soulève bien plus d’interrogations que de certitudes. Le chauvin y trouvera son compte, le technicien s’est ennuyé souvent, exaspéré parfois, indigné de certaines lacunes individuelles et inquiété de ce qu’il a vu et qui n’inspire pas à l’optimisme lorsqu’il faudra affronter des équipes de la première division mondiale.

J’ai écrit ce billet en situation de direct. Je n’en ai rien changé et il reflète la réalité au fur et à mesure du déroulement de cette rencontre.

Directement vôtre

source : http://www.lepost.fr

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