Le résultat du vote des
conseillers municipaux a donné à Bois-Guillaume :
- Pour : 21 voix
- Contre : 10 voix
- Abstention : 1 voix
- Absents : 1
Soit à peu près l’inverse du ratio exprimé dans les
urnes…
Je vous livre mon intervention de ce soir. Il est à noter que 6
conseillers municipaux du groupe majoritaire étaient absents ce soir (pour le
conseil municipal le plus important depuis la scission…) et qu’à part le
Maire, seul 1 conseiller municipal de son groupe a pris la parole… Triste
soirée donc pour l’idéal républicain et démocratique…
Mesdames, Messieurs, chers concitoyens, chers collègues, Monsieur le
Maire,
Nous devons voter ce soir pour ou contre une délibération qui entérinera ou
non ce projet de commune nouvelle formée par Bois-Guillaume et Bihorel.
A la suite d’un processus qui a duré deux ans, notre Conseil Municipal doit
se prononcer sur la suite à donner à la lumière du travail réalisé lors de
réunions municipales, des enseignements nés du débat public et résultats
exprimés lors de la consultation.
Je ne reviendrai pas sur les arguments pour ou contre le projet lui-même.
L’enjeu de ce soir va bien au-delà.
Je me permettrai de replacer le sens de notre vote par rapport à cette
délibération dans un contexte plus large, celui de la démocratie et de l’idéal
démocratique ainsi que du sens se l’engagement des élus républicains que nous
sommes tous ici, ce soir.
Au-delà de la faisabilité technique ou légale du projet qui, rappelons-le,
peuvent être suffisantes au regard de la loi pour poursuivre le processus,
c’est bien le sens de notre engagement, aux uns et aux autres, qui sera le
moteur de notre choix. Nous avons été élus et siégeons au Conseil Municipal
pour servir la population de notre territoire en recherchant le bien commun.
Nous n’avons pas été élus pour diriger la Ville contre ses habitants.
Nous devons donc ce soir nous déterminer par rapport à ce projet en
respectant le processus du débat public jusqu’à son terme, c’est-à-dire en
incluant dans notre réflexion le choix de nos concitoyens tel qu’exprimé par
les urnes. La victoire du NON dans ce scrutin ne fait aucun doute. Certes, la
participation lors d’un vote organisé le dernier dimanche de juin a été
relativement faible à Bois-Guillaume mais n’a pas non plus été négligeable.
Que ce résultat nous plaise ou non, nous devons, élus de la République, en
tenir compte car, en démocratie, on ne donne pas la parole aux citoyens pour
l’annuler d’un trait de plume ou la balayer d’un revers de main. En effet,
c’est bien à la lumière du vote exprimé dimanche 26 juin que nous devons ce
soir nous prononcer individuellement et collectivement. Notre avis qui lui,
n’est pas consultatif, mais décisionnel, ne doit pas oublier le vote exprimé
par nos voisins. Nous sommes dépositaires de l’esprit démocratique vis-à-vis
d’eux également.
Il serait intolérable vis-à-vis de la morale républicaine et de l’idéal
démocratique de confisquer aujourd’hui le score sans appel tel que nos
concitoyens l’ont exprimé en remplissant leur devoir civique. La publication
des résultats dans les deux communes en présentant les scores par rapport aux
inscrits et non aux suffrages exprimés est inédite dans notre Cinquième
République. Inédite mais pas républicaine. il conviendra de ne pas faire parler
ceux qui ne se sont pas exprimés par les urnes, à savoir les abstentionnistes.
Alors qu’à gauche, à droite ou au centre de l’échiquier politique chacun sait
qu’il n’est pas propriétaire de « ses » voix, n’annexez pas les non
votants. Car si ceux-ci ne se sont pas montrés hostiles au projet, ils ne l’ont
pas soutenu non plus. Les abstentionnistes, en n’allant pas voter, délèguent
mécaniquement aux électeurs le soin de décider pour eux.
De même, nous avons pu entendre ces derniers temps des arguments qui
touchent aux votes émis lors de référendums. Ainsi, selon une doxa locale, ce
seraient de toute façon les partisans du NON qui se déplaceraient plus
facilement lors de ce type d’exercice démocratique : FAUX, sur 9
référendums nationaux organisés sous la Cinquième République, le NON ne l’a
emporté qu’à deux reprises (en 1969 sur la régionalisation et la réforme du
Sénat et en 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen).
Par ailleurs, en 1988 lors du référendum sur le statut de la Nouvelle
Calédonie ou en 2000 à propos du quinquennat, l’abstention s’était élevée
respectivement à 63% et à près de 70%. Pourtant, notre République n’avait pas
annulé les résultats pour faible participation…
Nous devons donc ce soir choisir si oui ou non les deux communes de
Bois-Guillaume et de Bihorel lieront leur destin dans une commune nouvelle.
Alors que cette proposition n’était pas dans les programmes électoraux des deux
maires élus en 2008 à la majorité relative et non absolue, alors que les règles
du jeu ont changé entre temps par la loi, il nous reste, il vous reste, la
possibilité de lever toutes les ambiguïtés d’un projet mal né dès le début du
processus (souvenez-vous de la première réunion au Chapitre) et rejeté à la fin
par la vox populi.
Monsieur le Maire, chers collègues, je vais conclure en vous disant que,
finalement, je n’aimerais pas être à votre place ce soir avec le poids de ce
vote qui repose sur vos épaules à assumer.
Personnellement, je me suis engagé, et je n’ai pas été le seul, à soutenir
comme élu le respect de la parole des citoyens qui se sont exprimés lors de la
consultation et ceci quel que soit le résultat sorti des urnes. Je voterai donc
en accord avec mes engagements et avec ma conscience.
Parce que nous sommes d’abord républicains, nous devons nous battre dans
notre action d’élus contre l’abstention et non l’utiliser pour nos propres
fins. Parce que nous sommes avant tout démocrates, nous devons respecter l’avis
émis par nos concitoyens de Bois-Guillaume mais aussi par les citoyens de
Bihorel dans les urnes le 26 juin.
Si nous ne le faisons pas, la commune nouvelle lancée en janvier prochain
resterait à tout jamais entachée d’une suspicion démocratique liée à son
origine.
Je n’ose imaginer, chers collègues, que nous puissions, que vous puissiez
rester dans l’histoire de Bois-Guillaume comme le Conseil Municipal qui aura
ignoré l’expression du peuple et qu’ainsi le poids de ce vote reste à jamais
pour vous un fardeau…
Merci de votre attention.
- Voir également le billet de
Claude Taleb, élu municipal à Bihorel.