Le Front de Gauche demande un débat public avec les socialistes, pour clarifier les positions face à la crise.

Nationalisations: le
débat à reculons des socialistes et l’offensive du Front de Gauche sur cette question.

L’embarras de la
gauche face à la crise économique actuelle est clair, notamment les nationalisations, et, au-delà, le contrôle public, des grands secteurs de l’économie. Car la tourmente dans laquelle les
banques sont prises, et notamment les banques françaises,  fait resurgir ce débat. Entre partisans de Martine Aubry et partisans de François Hollande,
les fusils à tirer dans les coins sont même sortis.

Cette gêne
socialiste vient de loin. C’est la conséquence de la plus spectaculaire des volte-face que la gauche ait commises au cours de ces trois dernières décennies. En 1981, les nationalisations sont en
effet la mesure phare des 110 propositions du Parti socialiste, dans le prolongement du Programme commun, conclu avec le Parti communiste.. La loi du 13 février 1982 engage le plus vaste plan de
nationalisations que la France ait connu depuis la Libération, touchant les fleurons de l’industrie (Thomson, Saint-Gobain,, Rhône-Poulenc, Pechiney-Ugine-Kuhlmann, Sacilor, Usinor), ou encore de
la banque et de la finance (Paribas, Suez, CIC, Crédit du Nord, Crédit commercial de France, Banque Rothschild, Banque Worms, Banque La Hénin…).

Mais quelques années
plus tard, brutal reniement. Dans une logique libérale, la gauche bafoue ses engagements et poursuit les privatisations initiées par la droite en 1986, elle privatise plus et plus vite que la
droite ne l’avait fait jusque-là. De 1997 à 2002, le gouvernement de Lionel Jospin (dont Martine Aubry est l’une des figures éminentes), épaulé par le Parti socialiste (dont François Hollande est
le premier secrétaire), privatise à marche forcée. France Télécom, qui devait rester à « 100% public » – Lionel Jospin s’y était engagé –, est ainsi offert aux appétits privés. Le
ministre des finances, Laurent Fabius,  à quelques semaines de l’élection présidentielle, donne le coup d’envoi de l’une des privatisations les plus
sulfureuses, celle des autoroutes. Et il préconise au même moment l’ouverture du capital d’un autre service public, celui d’EDF, Dominique Strauss-Kahn allant de son côté jusqu’à suggérer une
véritable privatisation.

De cette folle dérive
libérale, qui a contribué au retentissant échec lors de la présidentielle de 2002, on pouvait donc penser que la gauche socialiste avait désormais tiré le
bilan.

 Le Front de gauche, dans le programme qu’il vient de dévoiler, préconise la création d’un « pôle financier public », mais en matière de nationalisation,
il va bien au-delà en de nombreux domaines de l’économie.  « Nous défendons résolument le droit inaliénable à l’eau comme bien commun de
l’humanité en engageant un processus d’appropriation sociale de la gestion de l’eau et de l’assainissement
», est-il ainsi affirmé. Et plus loin : « Notre programme prévoit l’extension
de la propriété publique par le développement des services publics. Il promeut de nouvelles appropriations sociales par la nationalisation de grands leviers de l’action économique, industrielle
et financière.
» c’est donc énergique.

Sous l’effet de la
crise : le débat sur les nationalisations est de retour, ou à tout le moins, le débat sur le contrôle public. A une réserve près toutefois, et qui est de taille : deux des principaux candidats
aux primaires socialistes, Martine Aubry et François Hollande, n’ont guère montré d’entrain pour y participer et pour faire entendre leurs propres suggestions. Dés lors l’offre de débats publics
sur cette question faite par le front de gauche au parti socialiste prend tout son sens, pour éclairer le débat à gauche.

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