Avant la CREA, il y avait 4 communautés dont deux communautés d’agglomération rassemblées autour de leur ville-centre, Rouen et Elbeuf. Elles avaient donc logiquement pour nom Communauté d’agglomération de Rouen et Communauté d’agglomération d’Elbeuf.
Lors de la fusion, la CREA est née, le R, signifiant Rouen, le E, Elbeuf et le A, Austreberthe. Cependant, ce qui parait important aux yeux des décideurs est davantage l’acronyme que ce qu’il signifie. Ainsi afin de mettre en avant la CREA, les autorités effacent les noms de Rouen et d’Elbeuf. Si Elbeuf est une ville régionale importante, Rouen est une ville au moins nationale. Au cours de son histoire, ce fut longtemps la 2ème ville de France, le 1er port Français et une des plus grandes villes européennes. Vouloir aujourd’hui effacer Rouen pour promouvoir la CREA est une négation de l’histoire de notre ville.
Justement, il serait intéressant de parler d’histoire. Je suis en effet un fervent partisan de la fusion de Rouen avec ses communes (très peuplées) limitrophes. Mes arguments sont notamment de faire une grande ville d’au moins 300 000 habitants qui aurait pour but de réaliser des économies d’échelle (en tant que citoyen inquiet de la gestion de l’argent public), de diminuer les ségrégations sociales, de favoriser l’intérêt général des communes au profit de l »intérêt général.
Il faut également souligner l’argument historique. Les communes de banlieue sont nommées comme telles car elles constituent une extension de la ville-centre (Rouen). Elles n’auraient donc pas eu d’existence et de consistance sans la ville centre. Il faut donc logiquement que la ville-centre absorbe sa banlieue afin d’assurer une gestion globale.
Aujourd’hui nous souffrons de ces nombreuses et multiples communes qui constituent tant de frontières inutiles.
Est-ce que la CREA va dans le bon sens ?
A priori oui, car elle a réalisé le défi de fusionner les Communautés d’agglomération de Rouen et d’Elbeuf, ce qui semblait il y a encore quelques années comme peu réaliste. D’ailleurs, les « politiques » ont cette fois-ci eu un temps d’avance sur le monde économique puisque les CCI de Rouen et d’Elbeuf n’ont toujours pas fusionné… Pour la réunification de la Normandie, c’est le contraire.
Mais : la CREA refuse d’être le « Grand Rouen » à l’image d’un Grand Lille ou d’un Grand Toulouse. En effet en intégrant des territoires « ruraux » à l’ouest, la CREA devient un territoire au sein duquel la composante urbaine n’est plus la seule. Conséquence : une politique de transports en commun, de gestion des déchets à revoir, pour quel coût ?
La CREA est donc entre deux chaises : elle a échoué dans sa mission de faire un « grand Rouen » dense et solidaire (notion d’unité urbaine) dans lequel Elbeuf à toute sa place. Elle a également échoué dans sa mission de faire un « très grand Rouen » plus proche de la définition de l’aire urbaine de l’INSEE »dans lequel seraient intégrés à minima Barentin voire Louviers/Val de Reuil.
Donc si la CREA n’évolue pas vers l’une de ses deux orientations, elle se révèlera un arme de destruction rouennaise. La CREA doit évoluer et doit aussi changer de nom. La CREA n’est qu’une étape dans le paysage rouennais. Elle constitue donc un support intéressant, elle a contribué à faire tomber des frontières (notamment entre Rouen et Elbeuf). Elle ne doit donc pas se figer.