Pour suivre l’actualité rouennaise régulièrement depuis quelques années maintenant, je me suis rendu compte à quel point l’agglomération rouennaise est bien trop complexe pour favoriser un climat d’investissement et de développement.
Ce billet est en deux parties : la première, ci-dessous est liée aux structures territoriales et la seconde à la géographie de l’agglomération.
1ère Partie :
Rouen est un peu à l’image de la France, un enchevêtrement de structures décisionnelles qui finalement rendent impossibles une prise de décision claire, simple et rapide.
Il faut tout d’abord replacer Rouen dans son agglomération : une commune d’un peu plus de 20km2 avec 111 000 habitants au dernier recensement. Rien d’important au premier abord, Le Mans ou Perpignan sont des communes plus peuplées.
Maintenant, il est intéressant de comptabiliser les communes adjacentes de celle de Rouen (1er et 2nd niveaux) :
– près de 30 000 habitants : 2 communes (Sotteville et Saint-Etienne)
– plus de 20 000 hab : 4 communes
– plus ou près de 10 000 habitants : 7 communes
J’ignore dans ce décompte les communes de plus ou moins 5 000 habitants et les communes d’Elbeuf appartenant pourtant à la même unité urbaine selon l’INSEE.
Conclusion : la commune de Rouen représente moins d’1/4 de la population de son unité urbaine. L’unité urbaine de représente ici la ville en tant que continuité territoriale. Celle de Rouen compte 465 000 habitants au dernier recensement soit la 12ème ville France, dépassant largement Rennes, Montpellier et même très largement Strasbourg (sans compter la population frontalière allemande).
Bien sûr ce n’est qu’un début de décryptage de l’agglomération de Rouen… Mais regardons maintenant quelques autres villes et agglomérations :
–> Le Havre : commune 180 000 habitants et agglomération : 240 000 habitants. Conclusion, la ville-centre représente 75% de la population de l’agglomération
–>Reims : commune : 185 000 habitants et agglomération : 220 000 habitants : Conclusion : la ville centre représente 85% de la population de l’agglomération
A une autre échelle :
–> Toulouse : ville centre 445 000 habitants et agglomération 750 000 habitants : Conclusion : la ville centre représente 60% de l’agglomération
Que faut-il en conclure ?
1. Rouen est souvent citée à l’échelle de sa commune et non de son agglomération. L’agglomération est donc constamment sous classée et ne bénéficie pas d’une « médiatisation » à l’échelle de son agglomération:
- Rennes et Montpellier, agglomération pourtant moins peuplées mais communes de plus de 200 000 habitants bénéficient d’une médiatisation à l’échelle de leur commune, donc double que Rouen.
- Rouen est pour la plupart des étudiant parisiens que j’ai côtoyé durant mes études à Rouen une ville de 100 000 habitants au milieu d’une agglomération de 300 000 habitants tout au plus. La plupart ont été étonné que je leur annonce que l’agglomération était plus importante que celle de Rennes ou Montpellier. Ils pensaient même que Le Havre (agglomération) était plus peuplé que Rouen. En effet, on s’arrête bien trop souvent à la commune centre pour classer les villes alors que la chose est un peu plus complexe. Rouen et le Havre sont à ce titre des contre-exemples flagrants, puisque la première est diluée dans son agglomération alors que la seconde a absorbé son agglomération.
2. La commune de Rouen ne peut pas supporter à elle seule les investissement nécessaires à une agglomération de son envergure. Conclusion : les communes alentours protégeant leur petit territoires rechignent à investir et rien n’est fait à l’échelle de l’agglomération pour permettre son développement en tant que métropole :
– pas de palais des congrès
– pas de gare d’agglomération
– pas de périphérique
– pas assez de transports en commun structurants (type métro+ tramway)
– pas de communication nationale à l’échelle de l’agglomération
– pas de grand club sportif fédérant l’agglomération
3. La conséquence principale est liée au processus de décision. La ville de Rouen est consciente de la place son agglomération dans la France mais n’a pas de moyen de mettre en oeuvre un processus de métropolisation, puisque la majeure partie de la population et des entreprises est installée hors du territoire de la commune centre. Il y a certes la CREA. Cette structure permet de mutualiser les moyens à la l’échelle de l’agglomération et de financer des projets communs. Cependant, la CREA, structure intercommunale dont le nom ne signifie rien n’a pas pour ambition aujourd’hui de placer Rouen dans un contexte de métropolisation :
- Toute décision engageant l’agglomération doit être prise pratiquement à l’unanimité. Une commune de 1 000 habitants peut faire échouer un projet engageant près d’un million d’habitants…
- Aucune commune ne veut perdre la main sur ces rentrées fiscales, surtout en ces temps de disettes. Ainsi une petite commune accueillant une grosse structure industrielle et récoltant plus d’impôts que nécessaires gardera ses propres recettes fiscales au dépend de projets communs. Pas de système de péréquation en vue…
- Tout projet est obligatoirement un financement dont avec un grand nombre de participant (Etat, région, département, agglomération et communes) dont chacun a des exigences propres pouvant ainsi dénaturer le projet ou encore renchérir son coût.
4. Rouen ne peut pas assumer son statut de capitale régionale (en particulier de la Normandie dans son ensemble) car son agglomération fonctionne à l’encontre des intérêts de sa ville-centre.
- Le maire de Sotteville-les-Rouen a quand même eu l’ardeur de défendre un projet de gare d’agglomération dans sa commune (au seul motif du coût même s’il ne répond pas aux besoins) à l’encontre d’un projet dans la ville-centre devant pourtant faire l’objet d’un consensus.
- A titre d’exemple, la commune de Petit-Couronne bénéficiant jusqu’à peu de mannes financières issues de l’industrie a pu financé des installations sportives d’envergure dont les tarifs sont 50% plus élevés pour les habitants issus de l’extérieur de la commune. Demain les rentrées fiscales seront moindres suite à la fermeture au moins partielle de la raffinerie Petroplus mais aucun mécanisme de solidaritéseront mis en place faut d’avoir partagé avant. Il n’y a pas de solidarité dans l’agglomération rouennaise.