Ne tirez pas sur le pianiste
Le commentaire modéré par le « webmaster » est devenu au fil du développement du Net un incontournable de l’interactivité .Un hôtel ou un service ne peut plus construire sa
présence sans son flot de réponses d’internautes anonymes. Un article de presse portant sur un sujet sensible ne manquera pas de soulever l’ire des habitués de la contestation ou les cris
d’orfraie des ronchons chroniques. Le commentaire est devenu au fil du Web.2, le champ préféré des adeptes de l’indignation .Cette interactivité a même trouvé pour la Presse ses passionnés.
Traqueur de fautes et d’erreurs, il ne lisent plus le fond mais survolent les textes pour en dénicher ce qu’ils pensent être des inexactitudes ou des textes à censurer. Qu’importe si le sens
nécessite une approche plus approfondie et nuancée. La perception d’une erreur possible ou d’une controverse l’emporte sur le fond. Plantu ose évoquer le populisme de Jean Luc Mélanchon, on
brandit les menaces .On évoque le délicat sujet d’Israël et comme une sentinelle qui sortirait du bois, c’est l’emportement .On pose le problème des retraites et c’est la révolution. Comment
peut-on passer dans le Journal « Le Monde » ce type d’écrit ! », »Vérifiez vos sources ! », je n’achèterais plus le journal ! ! .Une opinion ou
un angle d’attaque sur un sujet ne peut toujours prétendre connaître la longueur du pantalon de celui dont il parle .Les commentaires posent donc aux Rédacteurs en Chef des rubriques la question
de l’opportunité des choix éditoriaux et plus généralement posent aux rédactions le problème du contrôle citoyen proche de la censure totalitaire .
Ceux qui ont apprécié le dessin de Plantu n’ont pas pris la peine d’écrire en masse leur compréhension. Lorsque l’on analyse les commentaires laissés par les habitués de cette interactivité, rare
sont les propos qui prolongent l’article examiné .Chacun aujourd’hui a pu voir à la télé ou sur le net une réponse qu’il pense être sienne .Mais l’opinion des uns et des autres ne peut s’exprimer
que par rapport à ses propres conceptions morales et philosophiques. Il est donc vain de vouloir « commenter » ce qui ne peut relever du commentaire car dans sa définition classique le
commentaire est ce qui explique un autre texte. Le terme de commissaire politique serait plus approprié à cette nouvelle forme de censure .Sans commentaires, sans commentaire.
Igor deperraz