Situation de la presse normande: Hubert Wulfranc écrit à Xavier Bertrand, ministre du travail

Le 23 février 2012, Monsieur Xavier BERTRAND, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, 127 rue de Grenelle, 75007 Paris.
Monsieur le Ministre, La presse écrite nationale et locale est confrontée à une crise profonde liée à une baisse continue de la diffusion ainsi qu’à la diminution des revenus publicitaires dont une partie significative est désormais captée par les médias en ligne. Cette crise est amplifiée par une baisse de qualité rédactionnelle liée à la situation précaire des salariés de la presse écrite, à l’inadaptation des dispositifs de soutien à la presse ainsi qu’au phénomène de concentration du secteur entre les mains de quelques grands groupes industriels vivant principalement de la commande publique (Bouygues, Lagardère, Dassault…) lesquels formatent ainsi les contenus.

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Photo prise lors du meeting de soutien aux salariés de Paris-Normandie, vendredi 24 février à Déville. On y reconnait Céline Brulin, Julien Dugnol, Michèle Ernis, conseillers régionaux et Jean-Paul Lecoq Député, Thierry Foucaud Sénateur pour le Front de Gauche

En effet, depuis les années 1990/2000, des plans d’économies successifs ont été pris par la direction du groupe qui ont affecté la qLe pôle normand du groupe Hersant (Société Normande de Presse d’Edition et d’Impression), qui regroupe notamment les quotidiens Paris Normandie, Le Havre Libre, Le Havre Presse et les journaux du 7ème jour Liberté Dimanche et Le Havre Dimanche, est également touché de plein fouet par la crise du secteur. L’absence d’investissements sur l’outil productif empêchant d’imprimer autre chose que des journaux, l’effondrement des recettes tirées des titres d’annonces gratuites concurrencés par les médias en ligne, le versement de « management fees » exorbitants au groupe Hersant Médias propriétaire, la baisse des revenus publicitaires liée à la crise économique, des acquisitions par un endettement massif de titres disparates éloignés les uns des autres, sans synergie, ont fini de faire exploser le déficit de la S.N.P.E.I. Exclu de l’accord de rapprochement entre le groupe Hersant Média et le groupe Rossel éditeur de la Voix du Nord, qui prévoit avec l’aide de l’Etat, un abandon de créances de 50 millions d’euros, le pôle normand de GHM vient d’annoncer qu’il déposerait son bilan. Alors que 320 salariés sont menacés de perdre leurs emplois, Philippe Hersant continue pourtant d’investir en rachetant 25 % des parts détenues par l’actionnariat familial dans les journaux suisses du groupe GHM, tout en se portant acquéreur, véritable pied de nez aux salariés, du golf de Nantilly.L’existence d’une presse quotidienne locale payante en Haute-Normandie est aujourd’hui menacée, or il y a une place réelle pour ce média si des moyens réels lui sont attribués pour se moderniser. Cette réorganisation nécessite non pas un énième plan de restructuration qui se traduirait par des licenciements mais au contraire par un réinvestissement sur l’outil productif ainsi que sur les hommes qui font et fabriquent les journaux.En effet, depuis les années 1990/2000, des plans d’économies successifs ont été pris par la direction du groupe qui ont affecté la qualité du journal expliquant une partie de la perte du lectorat. Des postes de journalistes de terrain ont été supprimés et des rédactions locales fermées enclenchant une spirale infernale. Devenu moins pertinent et moins réactif, le journal a perdu des lecteurs donc des recettes et des annonceurs… Les organisations syndicales présentes à la SNPEI, Silpac CGT et Syndicat National des Journalistes, défendent des propositions à même de rétablir la situation du pôle normand de presse sans licenciement. En premier lieu, il s’agit d’obtenir de Philippe Hersant, propriétaire du groupe GHM, les moyens financiers indispensables à la réorganisation de la SNPEI, qu’il préfère actuellement investir en Suisse après avoir délaissé son pôle normand qui lui a permis de constituer sa fortune. En deuxième lieu, rompre la ligne éditoriale actuelle des journaux faite de consensus mou trop tourné vers le fait divers, sans véritable prise de position et trop éloignée de la diversité des territoires fautes de journalistes professionnels en nombre suffisant. L’achat de nouvelles rotatives permettrait par ailleurs de développer les offres éditoriales avec des suppléments gratuits, mais aussi des cahiers thématiques payants, de multiplier également les éditions locales pour mieux prendre en compte l’information de proximité. Enfin, les organisations syndicales proposent de développer des sites Internet complémentaires au support papier et non en concurrence de celui-ci, n’opposant pas les modèles économiques. Un journal n’est pas un produit banal, chaque citoyen a droit d’accéder à une information de qualité respectant le pluralisme d’opinions, qui nécessite des moyens humains, notamment en terme de journalisme d’investigation car il en va du devenir de la démocratie.
Aussi, je vous demanderais, Monsieur le Ministre, de bien vouloir user de l’ensemble des moyens de négociation dont dispose l’Etat, notamment au travers du Comité Interministériel de Restructuration Industrielle, afin qu’une solution pérenne préservant les emplois et le droit à l’information puisse être trouvée rapidement. Dans l’attente de vous lire, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma parfaite considération. Fait le 23 février 2012.
Par ailleurs, Hubert Wulfranc a écrit à Frédéric Mitterrant, ministre de la culture et informé par courrier le syndicat CGT et le SNJ de son initiative

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